FAR

« Filles au rabais » est le 6e et ultime épisode de la série « Les dessous de l’Agence Garnier » signé de l’énigmatique J.A. Flanigham.

La série, publiée entre 1955 et 1956 dans le magazine « Miroir-Police », un magazine aussi éphémère que la série, est composée d’épisodes comprenant entre 22 et 25 000 mots et s’inspirant très fortement de la mode de l’époque du roman noir à l’américaine (comme toute la production de Flanigham ? probablement).

6 épisodes, 6 magazines et puis s’en vont. Dommage.

L’agence Garnier est une agence de détectives dirigée par Georges Garnier, alias Jo, le patron, et qui comprend Bernoux, alias « La fouine », comme homme de terrain et la belle Christiane, alias Cricri, la secrétaire. Pour l’occasion, un collaborateur fait son apparition. Aujourd’hui, ce sera le replet Mathieu qui sera chargé de filer un curieux individu.

Je ne reviendrai pas sur J.A. Flanigham et pour cause, on ne sait pas qui se cachait derrière ce pseudo, si ce n’est un autre pseudo, Raymond Gauthier. Mais pour me délecter depuis quelque temps des divers écrits de l’auteur, je sais qu’il s’agissait d’un écrivain de talent qui maîtrisait à la perfection le format très court (10 000 mots) (voir la série « Bill Disley, reporter détective » ou « Dick et Betty, aventuriers modernes ») ainsi que le format court (20 000 mots) et qu’il était très inspiré par le roman noir à l’américaine des années 1950 et qu’il excellait dans l’art de l’utilisation des incises et des indications scéniques dans ses dialogues.

FILLES AU RABAIS

Le détective Georges Garnier est embauché par un client pour comprendre l’inexplicable suicide de sa femme alors que le couple était heureux et amoureux.

Une rapide enquête révèle que la défunte devait avoir des revenus qu’elle cachait à son mari. Riche amant ? Prostitution ? Les pistes sont floues, mais le danger, réel…

Georges Garnier est embauché par un veuf éploré qui veut comprendre le suicide de sa femme alors que leur couple était heureux et amoureux. Jo ne tarde pas à découvrir que l’épouse cachait des choses à son naïf de mari et, notamment, des rentrées d’argent élevées. Le détective imagine que la défunte pratiquait le 5 à 7 tarifé et ne tarde pas à se mettre sur la piste d’un réseau de traite des blanches. Mais l’adversaire va s’avérer coriace et dangereux et tous les membres de l’agence vont devoir mettre la main à la pâte pour faire tomber le réseau, avec tous les dangers que cela implique.

Dernier épisode, donc, et comme tous les ultimes épisodes de séries que j’aime beaucoup, c’est avec un pincement au cœur que j’ai lu cette histoire. Pincement au cœur, car, même si je déplore l’image de la femme véhiculée par Flanigham en général et par « Les dessous de l’Agence Garnier », en particulier, j’apprécie tellement la plume de l’auteur et ses personnages sont si drôles et touchants, que c’est une séparation à regret qui s’opère avec le point final de cette aventure.

Car, bien que les personnages semblent tous plus ou moins superficiels, les fameuses incises dont je ne cesse de clamer l’importance parlent plus que de longues descriptions et apportent sur chacun d’entre eux une foultitude d’informations qui permettent de cerner leurs caractères et de se rendre compte qu’ils sont bien plus consistants qu’ils n’en avaient l’air.

Ainsi, si Bernoux apparaissait déjà comme un homme drôle, optimiste invétéré, mais cœur d’artichaut, Georges Garnier, qui pouvait passer pour un coureur de jupons intelligent et courageux, mais insensible et sans combat à mener, se révèle bien moins détaché que cela.

Et j’irais presque jusqu’à en dire autant de l’auteur et de sa vision de la femme. Car, si la femme, en général, ne sort toujours pas grandie de cette histoire, il nous démontre, et par la volonté de ses héros de détruire un réseau avilissant la femme, et par certains rôles féminins (du moins dans les deux derniers épisodes) que sa vision du sexe dit faible, n’est pas si noir que cela. Mais il le fait avec autant de maladresse (pour être gentil) que Georges Garnier lui-même qui, d’un côté, risque sa vie pour défendre les femmes, mais, d’un autre les traite d’une façon très machiste.

J.A. Flanigham nous livre là un épisode dans la veine des précédents, usant des mêmes qualités (incises, indications scéniques, maîtrise de la narration, des ellipses de temps, humour, personnages attachants, rythme...) et possédant les mêmes défauts qui peuvent se résumer dans le fait que les personnages même secondaires sont presque toujours beaux et attirants et que les femmes sont vénéneuses.

Au final, un bon épisode qui a pour défaut d’être le dernier. Heureusement, J.A. Flanigham a beaucoup écrit et je n’ai pas fini de me délecter de sa plume...