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« Le chef-d’œuvre du vol » est le 6e épisode de la série « Marc Jordan, exploits surprenants du plus grand détective français », la toute première série fasciculaire policière de la littérature populaire française, publiée à partir de 1907 par les cultissimes éditions Ferenczi, qui firent tant pour la littérature populaire en général et la littérature populaire policière en particulier.

Il faut savoir que « Marc Jordan » a été mise en place suite au succès des traductions des aventures de Nick Carter, une série américaine qui triomphait outre-Atlantique, mais également partout en Europe grâce à l’importation et la distribution effectuée par les Éditions allemandes Eichler et au système de traduction à la chaîne qui leur permettait d’inonder tous les pays européens.

Suite à ce succès, de nombreuses séries (pour beaucoup écrites par des plumes allemandes), ont été importées en France (Lord Lister, Ethel King...) et Marc Jordan est la réplique française à cette invasion.

Bien que le ou les auteurs de la série sont demeurés inconnus (certains évoquent le nom de Jules de Gastyne, mais ce nom n’a-t-il pas également été évoqué à propos de l’auteur de la série Marius Pégomas alors que celui-ci était mort depuis de nombreuses années quand la série a été éditée ???), on peut imaginer que ce peut-être Jean Petithuguenin, par exemple ou tout autre auteur-traducteur des autres séries du genre importées d’Allemagne ou des États-Unis.

Bref, tant dans la forme (fascicule 32 pages, environ 20 000 mots) que dans le fond (personnage de policier urbain fort, intelligent, entouré d’hommes de main fidèles, pourchassant un ennemi juré machiavélique tout en résolvant des enquêtes indépendantes, mais sur lesquelles planent l’ombre du némésis) Marc Jordan ressemble à son homologue américain Nick Carter, les approximations de traductions en moins (il faut dire que les traductions à l’emporte-pièce nuisaient quelque peu à la lecture de ces aventures).

LE CHEF-D’ŒUVRE DU VOL

Le célèbre détective Marc JORDAN est convoqué par le chef de la Sûreté pour le convier à enquêter sur un chef-d’œuvre de vol : un riche banquier allemand s’est fait dérober, la nuit, un million en billets de banque qu’il avait enfermé dans le coffre-fort installé dans sa chambre et dont la clé était cachée sous son oreiller.

Aucune trace d’effraction n’a été relevée ni sur la porte ou les fenêtres de la pièce ni sur celles de l’hôtel particulier.

Sur place, Marc JORDAN sent, sur l’oreiller, les effluves d’un narcotique… qui a dû être administré à la victime lors de son dîner, la veille au soir, chez sa maîtresse à qui était destiné l’argent…

Marc Jordan vient tout juste de résoudre l’affaire du « Satyre de Villedieu » qu’il est convoqué par le chef de la Sûreté pour enquêter sur l’audacieux cambriolage dont a été victime un banquier allemand ou autrichien.

Celui-ci, comptant offrir un million en billets de banque à sa maîtresse, avait enfermé cette somme dans le coffre-fort de sa chambre et, pendant qu’il dormait, quelqu’un a pénétré dans son hôtel et volé l’argent alors qu’il faut un mot de passe et que les clés se trouvaient sous son oreiller. Mais pire, aucune porte, pour arriver à la chambre, n’a été fracturée.

Très vite, en interrogeant le banquier, le détective constate que celui-ci est très naïf et mené par le bout du nez par sa maîtresse. Aussi, ne doute-t-il pas que cette dernière soit impliquée, ce dont il ne tarde pas à être certain.

Et voilà Marc Jordan reparti sur la piste du crime. Un vol incompréhensible suffit à lui faire oublier sa chasse au comte Cazalès bien que ce dernier se trouve derrière à peu près tous les crimes se déroulant dans le pays ces derniers temps.

Mais Marc Jordan s’amuse. De la naïveté du banquier, dans un premier temps, puis de la réaction de la maîtresse, de l’épouse... au fur et à mesure des révélations.

Mais si le détective a le sourire, il ne va pas pour autant éviter tous les dangers et c’est, au final, une affaire bien plus complexe qu’il n’y paraît qu’il va avoir à résoudre.

Ce 5e épisode est fidèle aux précédents, mettant en avant de l’action plus que de la réflexion (tout comme pour Nick Carter) et ce sera d’ailleurs, il me semble, le maître mot de la série complète. D’une part, parce que la taille des épisodes (20 000 mots) ne permet pas d’installer une intrigue complexe et de la résoudre dans un même épisode. Ensuite, parce que le principe d’une chasse, surtout sur une longue distance, n’offre pas de place à un grand suspens et une grande réflexion. Enfin, parce que le genre à la mode à l’époque était plus dirigé vers l’aventure et l’action que vers l’énigme et la réflexion (malgré le succès des Sherlock Holmes). Mais peut-être, et surtout, qu’il était plus rapide d’écrire du policier d’aventures que du policier à intrigues et que la rapidité était le maître-mot de la littérature populaire en général et de l’époque en particulier.

Il faut donc lire les aventures de Marc Jordan pour ce qu’elles sont, des aventures écrites rapidement, lues tout aussi rapidement, qui ne laisseront pas de traces dans l’esprit, mais qui occuperont agréablement, sans se prendre la tête, deux heures de votre vie (par épisode, soit plus de 130 heures si vous lisez l’intégralité de la série... pour peu que vous la trouviez, ce qui n’est pas évident).

Au final, un épisode dans la veine de la série, qui n’a d’autre ambition que de faire passer un bon moment et de donner envie de passer au suivant...