MJ5

« Le satyre de Villedieu » est le 5e épisode de la série « Marc Jordan » qui en compte plus d’une soixantaine et qui fût la toute première série fasciculaire policière à personnage récurrent française.

Ouf, une caractéristique un peu longue et que je dois détailler un peu !

En 1907, époque où fût édité le premier épisode de la série, le succès de l’importation de la série fasciculaire « Nick Carter », provenant des É.-U., fit naître un tas de clones, tant au niveau du personnage que, surtout, au niveau du format. Ce succès signa l’émergence du format fasciculaire de 32 pages, mais également celui du personnage de détective ou de policier. S’en suivirent moult déclinaisons provenant, essentiellement, d’Allemagne d’où l’importation, voire, l’invasion du Maître avait été lancée par les éditions Eichler. Les personnages policiers se succédèrent alors, tous sous le même format, ou presque, tous sous le même modèle, ou presque. Nat Pinkerton (un brin plus « western »), Ethel King (l’équivalent féminin de Nick Carter), Lord Lister, tous débarqués en France dans la foulée.

Mais, des séries du même acabit, nées de plumes françaises, il n’y avait point jusqu’à l’arrivée de Marc Jordan dont, d’ailleurs, l’auteur est demeuré inconnu (viendra quelques années plus tard la série « Miss Boston » d’Antonin Reschal).

Mais « Marc Jordan », en plus d’être la première série policière fasciculaire française est également la première immersion des éditions Ferenczi dans le domaine ce qui rend cette série encore plus intéressante d’un point de vue de l’« histoire de la littérature populaire » tant les éditions Ferenczi, par la suite, auront été omniprésentes dans le monde de la littérature fasciculaire jusqu’à la fin des années 50 et l’émergence du format livre de poche.

Il n’y a rien d’étonnant, donc, à ce que Marc Jordan soit un clone de Nick Carter, tant dans le fond que dans la forme si ce n’est que l’écriture ne souffre pas des approximations de traduction qui nuisaient quelque peu à la lecture des aventures de son homologue américain.

 

LE SATYRE DE LA VILLEDIEU

 

Le célèbre détective Marc JORDAN est demandé par un juge d’instruction pour enquêter sur le meurtre d’une fillette retrouvée étranglée au bord d’un bois.

 

Les indices et les témoignages pointent du doigt un suspect : le cousin de la victime.

 

Rapidement, Marc JORDAN est persuadé de l’innocence de celui que tout désigne comme coupable…

Marc Jordan, toujours sur les traces du comte Cazalès et de Pépita la Rouge, est appelé par un juge d’instruction pour l’aider sur une affaire criminelle. Une fillette a été étranglée et un chemineau a été arrêté, mais il semble bien innocent.

Marc Jordan accepte donc de s’occuper de l’affaire et se rend sur place pour enquêter. Très vite, de nouveaux soupçons se portent sur le cousin de la victime, un jeune homme bien sous tous rapports et qui va bientôt se marier avec une belle jeune femme de bonne famille. Mais le détective sent que tout sonne faux dans cette affaire et soupçonne que quelqu’un cherche à faire accuser le suspect.

Histoire plutôt simple, écriture facile, récit linéaire, rythme soutenu, tout est fait pour parfaire au plaisir de lecture... un peu trop, sans doute.

Bien évidemment, il faut remettre la série dans son contexte : les épisodes sont vite écrits, vite publiés, sont chargés de concurrencer ceux des Nick Carter, de fédérer un public plutôt jeune incité par les prix bas des fascicules à se jeter dessus...

Nul ne cherche donc à produire des textes de qualités (ce ne sera, en général, pas l’ambition de la littérature populaire même si elle regorge, malgré tout, d’excellents textes). Peut-être même que la série fut écrite à plusieurs mains ; nul ne le saura probablement jamais.

Malgré tout, ou pour cela, l’ensemble se lit d’une traite (il faut dire que le format s’y prête particulièrement : fascicule 32 pages de grande taille, contenant une vingtaine de milliers de mots).

Il est à noter que, bien que la 1re de couverture des titres indique que « chaque fascicule contient un récit complet » le ou les auteurs maintiennent tout de même un fil rouge de titre en titre, du moins, pour les premiers, qui est la chasse au comte Cazalès et à ses sbires.

Au final, pas une littérature de grande qualité, mais une série qui se suit sans déplaisir et qui est intéressante du point de vue de l’« Histoire de la littérature populaire »...