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Alfred Mortier est un auteur d’œuvres poétiques et théâtrales né à Baden-Baden en 1865, naturalisé français en 1900 et mort en 1937.

Sa seule incursion apparemment connue dans la littérature populaire est un recueil de nouvelles policières paru en 1937 et intitulé : « Les enquêtes de l’Inspecteur Mic. Mémoires d’un policier ».

LE COMPLICE

N’est-il pas drame plus classique que celui d’un homme se suicidant d’une balle dans la tête par dépit amoureux ? Que celui-ci soit bien plus âgé que la belle qu’il chérit et qu’il soit multimillionnaire quand son rival est jeune et désargenté n’y change rien !

Mais, dans un tel cas, si la police ne retrouve pas l’arme, le suicide se transforme immédiatement en homicide.

Et s’il faut chercher à qui le crime profite, le pauvre « fiancé » de la femme convoitée devient vite suspecté et tout aussi rapidement accusé, même s’il se défend du meurtre.

Heureusement pour les deux amants, l’inspecteur MIC est toujours prêt à résoudre les mystères impénétrables, même quand il est en vacances…

« Le complice » est la 7e et ultime histoire du recueil « Les enquêtes de l’inspecteur Mic. Mémoires d’un policier » signé Alfred Mortier.

J’ai déjà expliqué dans les précédentes chroniques sur les précédents titres que l’auteur avait réuni dans son recueil des nouvelles hétérogènes autour d’un même personnage, tout comme avait pu le faire auparavant un Jules Lermina avec les enquêtes de son détective « Maurice Parent ».

Effectivement, les 7 récits diffèrent par la taille (de 3000 à 15 000 mots), par la narration (1re ou 3e personne ou, parfois, alternance des deux), par la présence de l’inspecteur Mic (personnage principal apparaissant immédiatement ou personnage secondaire intervenant tardivement), mais également dans le sous-genre abordé du roman policier (aventures, crime en chambre close, erreur judiciaire...)

« Le complice » est la nouvelle la plus longue (presque 15 000 mots) et celle dans laquelle l’auteur s’amuse le plus à se mettre en scène.

Bien sûr, dès l’avant-propos, l’auteur tente, comme il en était la mode à l’époque, de se faire passer pour le confident et narrateur de son héros, tentant, par ce fait, de le faire passer pour personnage ayant réellement existé afin de rendre plus réelles ses aventures.

Si, jusque-là, l’auteur s’était contenté juste d’une présence par narration (c’était lui qui narrait les aventures dont il était le confident), s’octroyant un rôle très subalterne, dans cette ultime enquête, Alfred Mortier s’offre le rôle principal, celui du narrateur, certes, mais également celui qui vit l’aventure et celui qui influe sur son cours.

Car c’est lui qui, lors de vacances à côté de Compiègne, présente la jeune fille à son ami le peintre américain, un homme neurasthénique qui n’attend plus rien de la vie jusqu’à ce qu’il croise la jeune femme et en tombe éperdument amoureux. Il se remet à espérer, même s’il est plus âgé, pensant que sa richesse compensera.

Mais l’auteur sait, pour les avoir surpris, que la jeune fille est amoureuse de son jeune cousin, un poète et journaliste sans le sou.

C’est lui, également, qui surprend le jeune homme se rendant chez son riche rival et qui, l’apprenant aux policiers l’interrogeant, le rend suspect aux yeux de ceux-ci.

Et, enfin, c’est lui qui fera appel à l’inspecteur Mic, également en vacances dans les environs, pour prouver l’innocence du jeune homme...

Bref, si l’inspecteur Mic a le dernier mot, c’est Alfred Mortier qui tient le crachoir tout de long.

De plus, Alfred Mortier en profite pour se mettre un peu en scène, puisqu’il y parle de ses activités au théâtre, parlant d’une pièce qu’il a écrite qui rentre en répétition au Théâtre des Arts (sachant que plusieurs de ses pièces ont été jouées dans ce lieu). En rapprochant d’ailleurs les dates (le faux chèque signé par l’inspecteur Mic dans l’enquête de « La parure d’émeraudes » est daté du 26 mars 1935), on pourrait imaginer que l’auteur parle de la pièce « Le valet des deux maîtres » une de ses adaptations qui fût jouée le 3 mai 1935 dans ce théâtre (mais peu importe).

Au passage, l’auteur en profite pour revisiter des thèmes classiques du roman policier. Après le « crime en vase clos », c’est désormais le classique de l’homme innocent que tout accuse.

En véritable esthète du genre, alors que, rappelons-le, ce recueil est son unique incursion dans le genre policier, Alfred Mortier nous livre un récit dans lequel l’énigme principale est : où se trouve l’arme du crime ??? Question que l’on peut à nouveau relier au « crime en vase clos », car, si le suspect n’est pas coupable, qui a pu entrer et tuer le défunt ou, si c’est un suicide, comment a disparu l’arme ?

Et c’est autour de cette question somme toute importante que va se concentrer le final, tout le début du récit se contentant de mettre en place les éléments de l’affaire.

L’auteur, d’ailleurs, justifie sa concision finale, cette résolution de l’enquête qui constitue la part congrue du récit en spécifiant qu’il est pressé de livrer au lecteur la clé de l’énigme.

Au final, une ultime enquête qui clôt parfaitement cette série, ou ce recueil, très plaisant à lire, de par la disparité des récits autant que par la maîtrise de l’écriture de l’auteur, en général, et du genre policier de l’époque, en particulier.