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« Les incendiaires de La Ciotat » est le 22e épisode de la série « Marius Pégomas », à l’origine une série au format fascicule de 32 pages, double colonne (environ 13 000 mots par titre) signée par l’énigmatique écrivain Pierre Yrondy et publiée par les éditions Baudinières en 1936.

Pierre Yrondy, difficile de cerner le bonhomme. Il est l’auteur de quelques pièces de théâtre, journaliste et, surtout, auteur de deux séries fasciculaires, l’une d’espionnage : « Thérèse Arnaud, espionne française » en 1934 et l’autre policière « Marius Pégomas, détective marseillais » en 1936.

LES INCENDIAIRES DE LA CIOTAT

En quinze jours, plusieurs incendies ont ravagé des bâtiments autour de La Ciotat.

Le célèbre détective marseillais Marius PÉGOMAS est mandaté par une des victimes pour trouver le pyromane.

En inspectant les décombres encore fumants de l’immeuble de sa cliente, Marius PÉGOMAS croise le commissaire Gilbodi, le policier chargé officiellement du dossier.

Chacun va faire une découverte au milieu des cendres qui orientera son enquête à l’opposé de celle de son rival…

Pierre Yrondy continue le virage déjà amorcé dans les précédents épisodes où l’on sent la volonté (peut-être suite aux retours critiques des lecteurs des premiers épisodes de la série) de proposer une intrigue, si ce n’est plus dense, du moins, plus explicite.

Effectivement, le début de la série péchait par un manque de clarté sur la façon dont Marius Pégomas découvrait le coupable et le mobile de celui-ci. L’espace voué à chaque épisode étant restreint (environ 13 000 mots), l’auteur ne pouvait développer l’excentricité de son personnage principal ainsi qu’une intrigue maîtrisée. Privilégiant le côté loufoque de Marius Pégomas et ses pitreries, Pierre Yrondy se voyait obligé de délaisser l’intrigue, se contentant, bien souvent, de faire arrêter le coupable sans que le lecteur ne connaisse le cheminement de pensée du détective ayant amené à cette arrestation. Si la frustration du lecteur était réelle, elle n’en était pas pour autant rédhibitoire tant l’excentricité de Marius Pégomas et son originalité emportaient l’adhésion et apportait son lot de sourires.

Puis vint le moment, à l’approche de la 20e enquête, où l’auteur, par volonté de satisfaire le lecteur, de faire mieux ou bien par simple égocentrisme, a privilégié son intrigue, du moins, le cheminement de la découverte de la vérité. Par manque de place, ou par volonté de rendre l’ensemble plus sérieux, il en a oublié l’essence même de cette série, les extravagances de Marius Pégomas, un détective capable de tout pour résoudre une affaire et usant des méthodes les plus controversées, mais, surtout, les plus fantasques.

Du coup, Pierre Yrondy, depuis quelques épisodes, nous livre des histoires qui s’inscrivent un peu plus dans le genre policier, mais qui délaissent en grande partie l’atout principal du personnage central et de la série et qui privent le lecteur de ses nombreux sourires que provoquaient les pitreries de Marius Pégomas.

Si l’effort est louable, le résultat est un peu décevant même si l’ensemble continue de se lire avec plaisir.

Dans cet épisode, Marius Pégomas est confronté à une affaire d’incendiaires qui, dans les environs de La Ciotat, font brûler divers bâtiments. Une fois encore, il se livre à une course contre la montre avec la police officielle, mais, à chaque fois, et, quel que soient le commissaire de police ou le juge avec qui il joute, il a affaire à un sombre idiot qui finit par incarcérer des innocents pendant que Marius Pégomas déniche les coupables.

Pour ce faire, il aura l’aide de son équipe au complet : le docteur Mercadier, Titin (le beau-frère), Flora (sa femme), Bouillabaisse (le mécano)...

D’un point de vue purement stylistique, tout comme on aura pu le noter dans la série « Thérèse Arnaud », l’auteur oublie parfois ses particularités de plume qui, si elles ne lui conféraient pas le statut de grand écrivain, la rendaient reconnaissable, identifiable et dont les efforts de propositions étaient louables : les métaphores hasardeuses, les ruptures de rythme par des changements de temps de narration ou par des phrases courtes souvent purgées de verbes.

Au final, même si on peut apprécier les efforts de l’auteur pour rectifier le tir, le vrai Marius Pégomas commence à se faire regretter. Pour autant, ne boudons pas notre plaisir, l’épisode reste agréable à lire...