CouvLCANB

Marcel Priollet est un des piliers de la littérature populaire française qu’il alimentât de ses très nombreux textes sentimentaux, d’aventures, policiers ou science-fiction pendant près d’un demi-siècle dès 1910.

Marcel Priollet, on se le rappelle (ou non), a écrit sous divers pseudonymes (René Valbreuse, Henry de Trémières, R.M. de Nizerolles, M.R. Noll...), mais c’est sous son nom que parurent les deux séries policières dont je suis friand : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs ».

Bon « faiseur » pendant plusieurs décennies, se contentant souvent d’apporter au lecteur ce qu’il cherchait et de s’inscrire dans la mouvance de son époque, l’auteur s’est aguerri à partir des années 1940 et a haussé son niveau.

« La croisière aux nuits blanches » est un texte édité dans la collection « Mon Roman Policier » des Éditions du Livre Moderne en 1942, mais je soupçonne, par son style et son histoire, d’être une réédition d’un titre écrit quelques années auparavant.

LA CROISIÈRE AUX NUITS BLANCHES

Dianah Love, jeune actrice de cinéma en vogue, fait la rencontre, au casino, du célèbre détective sud-américain Pablo Burke.

Un lien se tisse entre les deux personnalités et le manager de la starlette ne tarde pas à l’inviter en compagnie de l’enquêteur pour une croisière sur son yacht.

Un soir, l’impresario sort en hurlant de sa cabine. Son portefeuille bien garni a disparu d’un tiroir. L’effraction ne fait aucun doute.

Tandis que Pablo Burke se lance sur la piste du voleur, le maroquin est retrouvé dans la veste de son propriétaire...

Marcel Priollet, on le sait, notamment à partir des années 1940, maîtrisait parfaitement le récit court inhérent aux nombreuses collections de fascicules 32 pages à la vogue à l’époque.

Le fascicule 32 pages contraignait les auteurs à une concision certaine, n’offrant qu’une dizaine de milliers de mots à ceux-ci pour développer personnages et intrigues. Autant dire que la mission était impossible et que les intrigues, dans ce genre de récits, étaient très légères et les personnages, bien souvent, au mieux, qu’esquissés.

Cependant, l’auteur nous avait démontré, notamment à travers les deux séries policières citées plus haut, que dans des récits un peu moins ramassés (une vingtaine de milliers de mots), il s’épanouissait parfaitement et parvenait à intégrer tous les ingrédients d’une bonne histoire et à dépeindre suffisamment ses personnages.

Aussi, avec un texte de 25 000 mots environ (fascicule 96 pages), censé être écrit en 1942, le lecteur pouvait-il s’attendre à retrouver toutes les qualités de l’auteur dans un tel format à une telle époque.

Malheureusement, force est de reconnaître qu’il n’en est rien. Pire, ce texte qui est publié en 1942 a le goût de ceux écrits par l’auteur au moins une décennie auparavant.

Effectivement, on sait que Marcel Priollet était friand de textes sentimentaux, qu’il en a écrit un nombre incalculable et qu’il s’est fait connaître par une écriture dont la désuétude actuelle s’inscrit dans la littérature de son époque.

Pourtant, au début des années 1940, l’auteur évolue et parvient moderniser sa plume et à réduire l’aspect sentimental de ses textes policiers.

Mais là, il n’en est rien. « La croisière aux nuits blanches », qui est issue d’une collection policière, aurait tout aussi bien pu trôner au milieu d’une collection sentimentale tant la majorité du texte tend vers ce genre littéraire. L’aspect policier est réduit à sa portion congrue et, pire, ne tient qu’à travers une intrigue à laquelle il est très difficile de croire.

Certes, les auteurs actuels nous ont habitués à proposer des criminels qui se compliquaient fortement la vie pour, au final, un résultat assez simple à obtenir autrement. Mais si cet artifice peut tenir sur 600 pages, de par le rythme imposé par un auteur et le fait qu’à la fin du récit, le lecteur a un peu oublié toutes les circonvolutions narratives ayant abouti à une révélation surprenante, sur 25 000 mots, il est bien plus ardu de faire disparaître, dans l’esprit du lecteur, l’impression que, décidément, les criminels en font beaucoup pour un résultat qu’ils auraient pu obtenir assez facilement.

C’est à ce point vrai qu’au bout de 2 tiers du texte, le lecteur penserait le texte proche de se terminer (s’il ne restait pas tant de pages encore à lire) et sent que l’auteur est arrivé au bout de son histoire (au point même que j’ai pensé que le fascicule pouvait contenir deux textes différents l’un derrière l’autre comme cela arrive parfois). Mais Marcel Priollet relance la machine avec un nouveau retournement tient encore moins la route que le précédent et qui, en plus, devient redondant.

Mis à part cela on passera sur les personnages plus ou moins lisses, la plume qui retrouve sa désuétude des décennies précédentes (ce qui me laisse à penser que ce titre est en fait une réédition), pour ne pas retenir grand-chose de ce texte pour peu que l’on soit hermétique au genre sentimental.

Au final, un texte qui aurait plus sa place dans une collection sentimentale que policière et dont l’intrigue ne tient pas vraiment debout et est faussement compliquée par un auteur à la recherche d’un moyen pour noircir les pages à venir...