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Bill Disley est un reporter-détective né de la plume de l’énigmatique J.A. Flanigham ayant œuvré dans les années 40 au sein de collections éponymes. Le format de ses aventures était variable : 32/48/128 pages.

Depuis peu, OXYMORON Éditions réédite ces aventures au format numérique, se concentrant, dans un premier temps, sur les formats d’origine 32/48 pages ce qui donne un texte avoisinant entre 10 000 et 13 000 mots.

Bill Disley travaille au « Star Express », un journal londonien où il officie sous les ordres du gros Bob, son chef, et pour lequel il enquête afin d’offrir à ses nombreux lecteurs, les meilleurs articles qui soient.

Pour ce faire, il s’attache les services de Jeff, un ancien brigand, ancien boxeur, mais actuel accro au turf et au gin ainsi que de ceux de l’inspecteur Martin, de Scotland Yard, un policier respectueux des règles, mais qui est souvent amené à les contourner à cause de Bill.

L’ENLÈVEMENT DE MARGARET WILSON

L’enlèvement de Margaret Wilson, la fille du « Roi du Charbon », secoue Londres et toute l’Angleterre.

Bill DISLEY, le plus célèbre reporter du pays, enrage de n’avoir aucune piste à suivre et nulle ligne à offrir à ses lecteurs quand, un soir, il aperçoit la belle-mère de la disparue en conversation avec un bien étrange personnage arrivé très récemment de France…

L’enlèvement d’un riche homme d’affaires anglais fait sensation en Angleterre, mais, pour autant, les journalistes et les policiers n’ont pas grand-chose à se mettre sous la dent.

Cette fatalité fait enrager Bill Disley, le meilleur journaliste du pays (du moins, le mieux payé, dixit lui-même). Aussi, puisqu’il connaît de près la belle-mère de la disparue, il se rapproche d’elle afin de tirer quelque article d’interviews aussi vides d’informations qu’inintéressants.

Mais, un soir, alors que, pour se changer les idées, il se rend à une première, il surprend la femme du Roi du charbon en discussion avec un parvenu très récemment débarqué de France.

Le lendemain matin, Madame Wilson le fait mander pour lui apprendre, d’abord, que Sir Wislon a reçu une lettre de rançon et, qu’ensuite, son passé sulfureux et l’homme qu’elle a rencontré la veille ne sont pas pour rien dans la disparition de Margaret.

Bill Disley est enragé, le gros Bob est ennuyé, l’inspecteur Martin est énervé et Jeff, sur la paille à cause de ses pertes au turf, est viré de chez lui.

Rien ne va plus au pays du plus célèbre reporter-détective de toute l’Angleterre.

Il faut absolument trouver du grain à moudre, des mots à imprimer afin de satisfaire le lecteur et le gros Bob quitte à brasser du vent.

Mais la rencontre avec la belle-mère de la disparue va tout changer. Une piste va s’ouvrir, puis une autre : enfin, « ça démarre, ça démarre ».

Et ça démarre tellement bien que les enlèvements et les morts vont s’enchaîner à une vitesse incroyable, au point que Jeff ne saura plus où donner des poings, que Bill va se calfeutrer, et que la police, telle la cavalerie des westerns, va arriver après la bataille...

10e épisode de la toute récente collection regroupant les rééditions numériques des œuvres liminaires, « L’enlèvement de Margaret Wilson » ne fait que confirmer, pour ceux qui n’auraient pas lu les 9 premiers titres, Bill Disley, ses acolytes et son auteur nous offrent là des très courts romans policiers dont la saveur n’a d’égal que l’humour.

Un bon Bill Disley (mais en existe-t-il des mauvais ?) tout comme un bon San Antonio (mais en existe...) ne trouve d’égal quand la Sainte Trinité est réunie. Là-bas, San Antonio, Pinaud et Bérurier ; ici, Bill Disley, Jeff et l’inspecteur Martin.

Et cela tombe bien, car les trois sont présents. Bill, omniprésent (c’est normal, c’est lui qui tient la baraque), Martin, au départ, et Jeff à l’arrivée.

Chacun nous offre alors son petit moment de plaisir littéraire, qui par sa mauvaise humeur qui par sa naïveté brutale...

Comme à chaque fois, les dialogues sont savoureux et font naître des sourires de contentement aux lecteurs et l’intrigue, sans rivaliser avec les plus grands romans à suspens (rappelons que ce format très court ne permet pas de créer des intrigues échevelées), tient bien la route sans jamais faire preuve brutale de concision pour rester dans les clous du format.

J.A. Flanigham ou quelque soit l’auteur qui se cachait derrière ce pseudonyme, maîtrise parfaitement son sujet et son format, comme rares sont les auteurs à y être parvenus avant lui et encore moins depuis, puisque ce format de romans lapidaires a été depuis boudé par les auteurs et les éditeurs.

Maîtrise avant tout des personnages puisque Bill Disley fait du Bill Disley et Jeff, du Jeff, mais aussi de sa narration. Car il est ardu de parvenir à conter son histoire, à esquisser ses personnages, en 10 000 mots sans risquer de faire preuve de brusquerie. Aller droit au but, souvent, consiste à faire des coupes drastiques.

Mais l’auteur, lui, parvient à faire des élisions bien senties, sans que cela ne heurte la lecture ni le lecteur et cela renforce le plaisir de ce dernier car, jamais il n’a l’impression d’être face à un roman au rabais, car ramassé.

Ajoutons à cela la bonne humeur et l’humour manifestes sans être omniprésents et vous aurez tous les ingrédients d’une excellente lecture.

Au final, il pourrait être lassant de dire : « Encore un bon épisode et une bonne lecture » alors, à la place, je dirai : « Un excellent épisode et une excellente lecture » !