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Marcel Priollet est l’un des principaux pourvoyeurs de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle qu’il alimenta, notamment à travers de nombreuses collections fasciculaires, de ses textes sentimentaux, d’aventures, policiers ou science-fiction...

Son œuvre débute en 1910 pour s’achever à la fin des années 1950.

Entre-temps, il eut une immense production sous divers pseudonymes (Henry de Trémières, René Valbreuse, M.R. Noll, R.M. de Nizerolles) ou sous son propre nom.

Il fut publié dans de nombreuses collections chez divers éditeurs (Ferenczi, Fayard, Tallandier) et captiva un public varié par ses séries sentimentales, d’aventures ou policières.

Dans ce dernier genre, on notera deux séries avérées, éditées au format fascicule 48 pages, aux éditions Tallandier dans la seconde moitié des années 1940 : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs ».

Mais auparavant, il abreuva les différentes collections policières des éditions Ferenczi (mais pas que) de ses innombrables textes policiers dont « Les treize perles roses » fait partie.

Si le texte sur lequel s’appuie cette chronique, a été publié en 1934 dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi, celui-ci, comme beaucoup dans cette collection, se trouve être en fait une réédition d’un texte éponyme datant de 1919 dans la collection « Le Roman Policier ».

LES TREIZE PERLES ROSES

Marc Guyenne, un jeune homme lassé d’une existence dénuée d’intérêt et dont il pense avoir déjà goûté tous les plaisirs, a pris la décision ferme de s’ôter sa vie.

Au sortir d’un dernier repas au restaurant, alors qu’il a choisi la manière d’en finir, il réalise qu’un client de l’auberge a échangé par distraction son chapeau avec le sien que seule la taille diffère.

Ne voulant quitter cette terre qu’après avoir restitué son bien à son propriétaire, il fait appel à un célèbre détective qui, malgré la futilité de l’affaire, accepte de l’aider d’autant que le couvre-chef recèle un bien curieux message codé.

Pour arriver à ses fins, Marc Guyenne va être confronté à un étrange mystère dont la résolution le détourne passagèrement de son funeste destin, sans se douter que son aventure lui apportera beaucoup plus encore…

Ce récit de 1934 a été publié en fascicule 64 pages contenant presque 18 000 mots, ce qui laisse entendre qu’il s’agit d’une version allongée de l’original qui devait s’étendre sur la moitié moins de mots si l’on s’en réfère aux autres titres de la collection « Le Roman Policier ».

Mais si le texte est plus long, l’intrique, l’ambiance, le style, sont sans nul doute les mêmes.

Marc Guyenne est un jeune homme de bonne famille désabusé de la vie. Il a connu toutes les joies d’une existence riche et n’a plus aucun but dans la vie.

C’est quand il a décidé quand et comment il mettrait fin à cette existence sans intérêt qu’il se rend compte qu’il a malencontreusement échangé son chapeau au restaurant qu’il vient de quitter. Se considérant comme un être bon et honnête, il refuse de quitter cette vie avec cette dette sur la tête et entreprend de retrouver le propriétaire du chapeau pour le lui rendre.

Pour ce faire, il finit par faire appel à un célèbre détective italien (puisque le jeune français se trouve alors en Italie) qui, à son grand étonnement, accepte cette affaire qui semble pourtant bien banale pour un homme habitué à des mystères bien plus intéressants.

Après quelques déductions, le détective parvient à trouver le nom du propriétaire, mais également un énigmatique message à l’intérieur du couvre-chef.

Bien décidé à rendre le chapeau avant d’aller se suicider, Marc se rend chez le propriétaire du chapeau, à l’heure indiquée par le détective et suite à une méprise, une femme lui lance depuis la fenêtre de l’étage de la maison de celui-ci, une boîte contenant une perle rose de prix.

Commence alors un mystère qui va prendre plus de place dans l’esprit du jeune homme que l’idée de mettre fin à sa vie et qui va déboucher sur une aventure extraordinaire.

Marcel Priollet use à nouveau des ingrédients qu’il a l’habitude d’incorporer dans ses textes policiers : du mystère, de l’aventure, des sentiments.

Et il faut reconnaître que les ingrédients sont plutôt habilement dosés dans un style moins désuet que ses textes de l’époque et confère un grand intérêt à cette histoire pourtant cousue de fil blanc.

Car, il faut bien admettre que l’intrigue n’est pas le point fort de l’histoire et que le lecteur habitué au genre, découvrira très rapidement, en s’aidant du titre, le pot aux roses et la signification du message codé découvert dans le chapeau.

À partir de là, il devinera aisément le nœud de l’histoire, tout comme le détective italien l’a fait. 

De même, il anticipera les évènements à venir et, connaissant le genre, l’auteur, et les textes de l’époque, la fin, également.

Pour autant, cela n’ôte rien au plaisir de lecture et, même, peut-être, cela lui rajoute-t-il un petit plus puisque le lecteur peut constater, chemin faisant, avec satisfaction, qu’il avait tout anticipé.

Et cela grâce à la plume de qualité de Marcel Priollet et son sens de la narration qui lui permettent de livrer une histoire basique sans que le lecteur s’en offusque.

De plus, les éléments ne sont pas sans rappeler d’autres, utilisés, plus tard, par des confrères, comme ce personnage qui ne tient pas à la vie et qui, alors qu’il a décidé de se suicider, se trouve face à un mystère qui va lui redonner le goût à la vie. On pensera, par exemple, à « La double mort de Barnabé Klein » de Rodolphe Bringer, en 1946 ou bien même, dans une autre mesure, « Marc Bigle » de Gustave Gailhard ou « L’énigme de la malle rouge » de H.J. Magog.

Certes, ces textes-ci avaient pour eux d’être plus consistants pour permettre à l’auteur de poser une intrigue plus complexe et des personnages plus étoffés, des qualités que ne peuvent avoir le court roman dont il est question aujourd’hui, mais on y trouve la même saveur dans cette histoire d’un homme sur lequel le mystère tombe par hasard, ce qui va révolutionner sa vie alors que rien ne le prédestinait à cela.

Au final, un bien bon petit texte, très agréable à lire, qui souffre moins que beaucoup d’autres de la désuétude des récits écrits par Marcel Priollet à l’époque.