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Marcel Priollet, est-il encore besoin de vous le répéter depuis le temps que je m’acharne à vous parler de cet écrivain, était un auteur majeur de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle.

Depuis le début des années 1910 jusqu’à la fin des années 50, l’auteur a écrit, écrit et encore écrit pour de nombreuses collections, chez divers éditeurs, dans des genres aussi différents que les romans sentimentaux, ceux d’aventures, de sciences-fictions ou policiers.

C’est, comme toujours, à la production policière de l’auteur que je m’intéresserai puisque seul ce genre trouve grâce à mes yeux de lecteurs.

Si l’auteur a principalement œuvré dans des formats très courts (8 à 22 000 mots), par l’intermédiaire de fascicules de 32, 48 ou 64 pages, il a également, parfois, été confronté à des formats un peu plus longs, ce qui est le cas avec le titre d’aujourd’hui qui comprend un peu plus de 32 500 mots.

 

LE CHIEN EST DANS LE COUP

 

Dans une petite ville uniquement perturbée par une série de cambriolages mineurs, le directeur du Grand-Théâtre est retrouvé au petit matin, dans son lit, mort, égorgé par une arme rudimentaire. À ses côtés, Phu-Si, son fidèle danois.

 

Les policiers ne tardent pas à arrêter le coupable idéal, le mari d’une jeune actrice autour de laquelle tournait la victime.

 

Pourtant, le médecin légiste en est certain, le chien est dans le coup…

 

Je l’ai déjà dit, mais je le redis encore, un auteur, s’il veut me capter immédiatement, n’a rien d’autre à faire que de me proposer un titre dans le genre de celui-ci : « Le chien est dans le coup ».

Oui, un titre du genre « L’assassin n’a pas tué ! », « Le meurtrier avait des béquilles » ou « L’épistolier était chargé ! » a tout pour me séduire illico. Et l’on peut dire que Marcel Priollet s’y entendait en la matière.

Et quand je suis charmé de façon liminaire, il est plus difficile de me décevoir fortement par la suite.

« Le chien est dans le coup » a été édité, dans sa première version, en 1945 dans la collection « Carré d’As » des éditions SEG-ERF, dans la catégorie « As de Pique » qui devait représenter l’aspect policier de la collection (« As de Cœur » pour le sentimental, « As de Carreau » pour l’aventure et « As de Trèfle » pour le genre Cape et Épée dont la mode commençait à s’étioler fortement.).

Le format de l’ouvrage est un fascicule 128 pages (32 500 mots, donc).

Si vous suivez mes chroniques sur les ouvrages de Marcel Priollet, vous n’êtes plus sans savoir que le style et la plume de l’auteur ont bien varié au cours de sa carrière, cherchant toujours à s’adapter à son époque, tant dans le genre, l’ambiance et la façon d’écrire.

Cependant, vous n’ignorez pas, non plus, que je préfère les ouvrages écrits à la fin de sa carrière plutôt que ceux du début.

Pourquoi ? Parce que l’œuvre de Marcel Priollet a gagné en maturité au cours du temps, que l’écrivain a probablement moins cherché à rester dans les clous avec l’expérience et surtout, parce qu’en général, je préfère le style de la littérature populaire policière de la fin de la première moitié du XXe siècle à celle du début.

Mais vous savez également que Marcel Priollet, du moins à partir des années 40, maîtrisait parfaitement le format moyen court (formule malencontreuse pour évoquer les textes d’une vingtaine de milliers de mots) à ceux très courts (les textes de 10 000 mots et moins inhérents au format 32 pages des collections de l’époque).

Je n’ai pas été avare de compliments sur l’œuvre de la fin de vie de l’auteur, notamment de ses deux séries policières « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs » vous vantant la qualité première de Marcel Priollet qui était qu’il ne faisait pas passer son histoire après ses personnages ni l’inverse, qu’il n’oubliait pas de livrer une intrigue digne de ce nom, même dans des formats qui ne le permettent pas vraiment...

Du coup, j’étais assez impatient de me confronter à un texte un peu plus long que d’ordinaire, à un format plus proche du roman classique que du fascicule, afin de savoir ce que Marcel Priollet pouvait nous proposer.

Bon, comme je disais, quand le titre d’un ouvrage me fascine, il est plus difficile de me décevoir dans le texte... heureusement.

Non pas que « Le chien est dans le coup » soit un mauvais roman, même s’il demeure un court roman, mais parce que la qualité n’est pas proportionnelle à la taille de celui-ci.

Si Marcel Priollet, bien souvent, excellait dans la contrainte d’un texte d’une taille restreinte, force est de constater qu’il ne s’épanouit pas forcément quand il a plus de place.

Car « Le chien est dans le coup » souffre d’un léger défaut : son scénario.

S’il est toujours difficile de mettre en doute la crédibilité d’une intrigue vieille de 75 ans, alors que depuis le lecteur est nourri aux « Experts » dans toutes les grandes villes américaines, aux Thrillers de plus en plus pointus et techniques des auteurs de romans policiers actuels, et aux nombreux films et séries qui mettent en avant des enquêtes de plus en plus recherchées, on peut, par contre, remarquer quand un auteur de l’époque cherche à remplir un peu son récit afin de tenir le nombre de pages.

Et c’est un peu le cas avec ce texte. Car l’histoire est scindée en deux : l’enquête des policiers officiels, puis l’enquête du super policier venu de la capitale.

Et si cette dualité aurait pu s’expliquer par une volonté de proposer plusieurs points de vue, de complexifier une intrigue, de confronter deux façons de faire son métier de policier, ici, elle semble plutôt n’avoir d’autre but que de passer d’un format maîtrisé par l’auteur (20 000 mots) au format au-dessus (33 000 mots).

Car, si on a la curiosité, comme moi, de comptabiliser le nombre de mots consacré à cette seconde enquête, on constatera qu’elle fait environ 13 000 mots, justement la distance qui sépare la taille maîtrisée à celle de ce roman.

Comme si l’auteur avait écrit sa première partie puis, voyant qu’il n’atteindrait jamais la taille désirée, avait décidé de rajouter un super policier pour refaire l’enquête (ce qui n’est probablement pas le cas, mais on ne pourra pas le demander à l’auteur pour s’en assurer).

Mis à part cela, l’intrigue pêche un peu par la crédibilité de l’enquête liminaire, mais là encore, difficile de se rendre compte avec notre esprit de fin limier d’aujourd’hui, des conclusions des enquêteurs en papier d’hier.

En scindant les enquêtes et en multipliant les enquêteurs, Marcel Priollet se prive de la possibilité d’étoffer l’un des personnages, de l’esquisser au mieux, afin que le lecteur puisse s’y attacher. Et là, s’il est difficile de s’attacher aux deux policiers chargés préalablement de l’enquête tant ils sont déjà raillés par la Presse et qu’ils font preuve d’obstinations aveugles, il n’est pas plus simple de prendre en affection le super policier venu de Paris tant celui-ci, en débarquant aux deux tiers du récit, n’a plus le temps de nous charmer.

Et un roman sans personnage attachant est un roman qui fera moins frissonner ou sera moins exaltant en fonction du genre dans lequel il œuvre.

Ce sera donc le cas ici aussi. 

Malgré tout, Marcel Priollet fait le job, comme on dit, et livre un roman agréable à lire et qui, malgré la sensation de rajout, ne souffre pas trop de temps mort.

Puis, il reste le titre...

Au final, malgré la déception devant le fait que Marcel Priollet n’a pas haussé son niveau proportionnellement à la place qui était offerte à sa plume, il nous livre un roman qui, malgré ses défauts, offre un agréable moment de lecture... et, avec un bon titre !