CouvLNAD

« Le Négus a disparu » est le 12e épisode de la série « Les enquêtes du Professeur » publié en 1946-47 au sein de la « Collection l’Indice » des Éditions Populaires Monégasques.

La série est formatée en fascicules 16 pages à l’écriture dense correspondant à des textes allant de 8 à 11 000 mots.

L’auteur de certains textes est René Byzance et si la plupart des titres ne sont pas signés, on ne doute pas que l’auteur en soit le même.

La série comprend 15 épisodes que je lis dans le désordre en fonction des titres que je trouve (et ils sont difficiles à trouver). Celui-ci est mon avant-dernière lecture en attendant de trouver le seul épisode qui me manque encore.

LE NÉGUS A DISPARU

Au bar « Au Rendez-vous des copains », tous les soirs, les mêmes personnes se réunissent pour taper la belote jusqu’au bout de la nuit.

Aussi, lorsque l’un d’eux surnommé le Négus fait des infidélités au groupe, sans prévenir, le journaliste de la bande ne tarde pas écrire un article dans le journal qui l’emploie, titré : « Le Négus a disparu ».

Malgré la banalité de l’histoire, devant l’oisiveté ambiante des criminels, le célèbre inspecteur Gonzague GAVEAU alias « Le Professeur » est chargé de l’enquête.

Mais le policier est tellement exceptionnel que, face à lui, même le cas le plus insipide se mue en « affaire sensationnelle » !...

« Négus » est un titre de la noblesse éthiopienne, équivalent à celui de Roi, et qui est donné à un personnage de l’histoire tant pour son apparence physique que pour sa vêture plus sophistiquée que la moyenne dans un milieu très populaire que peut-être un bar.

D’ailleurs, dans le bistrot, tous les habitués ont un surnom. Le Négus, donc, un homme dont on ne connaît pas réellement la vie ; Le Menteur, un journaliste à la dérive ; Le Crack, un bookmaker, trafiquant notoire ; « Vingt-Deux », un vendeur à la sauvette ; La Bonbonne, un ancien boxeur ; Vénus, l’hideuse servante... Puis, il y a Adeline et Symian, les tenanciers.

Tout ce petit monde se croise et se décroise à la fin de la soirée, après des parties de belotes quotidiennes.

Mais un jour l’un d’eux vient à manquer : Le Négus.

Très vite, Le Menteur trouve la disparition suspecte et profite pour écrire un article titré « Le Négus a disparu ». Mais Symian apprécie peu que l’on mette le feu des projecteurs sur son établissement au risque d’y attirer la flicaille... et c’est justement ce qui arrive avec le débarquement de Gonzague Gaveau sur les lieux. 

Après un interrogatoire général succinct, le policier est attiré par le regard louche (dans les deux sens du terme) de Vénus sur la trappe de la cave et décide d’aller visiter les entrailles du bistrot. Dans un tonneau, il y découvre le cadavre du Négus. La véritable enquête commence alors.

Courte enquête, on le sait, ce format laisse peu de place pour une intrigue développée. D’ailleurs, l’auteur utilise déjà plus de 15 % de la place qui lui est impartie (9300 mots) pour présenter les différents protagonistes du récit (hormis Gonzague Gaveau que tout le monde connaît ou devrait connaître).

Mais, le lecteur assidu des textes de ce format (fascicules 16 pages denses ou 32 pages classiques) ne lit pas une telle histoire pour son intrigue. Ce qu’il recherche, c’est un récit pouvant se lire d’un trait, quand on n’a pas des heures à consacrer à sa lecture. Si, en plus, les personnages sont attachants et que la plume est alerte, alors, le lecteur a gagné le pompon.

C’est le cas, généralement, avec cette série qui vaut avant tout pour le style de l’auteur et pour Gonzague Gaveau, alias le Professeur, un inspecteur de police atypique et cynique.

L’humour est souvent présent dans les épisodes de la série, sans que cela soit un humour omniprésent et très prononcé. Généralement, il passe par les réflexions cyniques ou ironiques du personnage central, le policier, donc, ou par quelques descriptions savoureuses.

C’est encore le cas dans cet épisode où Gonzague Gaveau continue de se montrer sensible aux compliments et où l’auteur égratigne gentiment la population fréquentant quotidiennement les débits de boisson.

À part cela, pas grand-chose d’original ni dans l’histoire ni dans sa résolution. Le lecteur se doute rapidement (mais l’auteur l’y aide) qui est le meurtrier, et celui-ci, comme bien trop souvent dans les romans séries ou films, se dénonce en dévoilant un détail du crime qu’il n’est pas sensé connaître.

Cependant, l’ensemble se lit une nouvelle fois avec un grand plaisir, un plaisir un peu entamé par le fait de se dire (pour moi) que c’est peut-être la dernière fois que je rencontre Le Professeur... à moins que je ne mette la main sur le seul épisode qu’il me manque de la série.

Au final, encore et toujours un bon épisode qui se situe dans la moyenne d’une série plutôt homogène...