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« Les enquêtes du Professeur » est une série de 15 titres initialement publiés en 1946 dans la collection « L’Indice » des Éditions Populaires Monégasques.

Si certains épisodes ne sont pas signés, certains le sont du pseudonyme de René Byzance, un probable alias de l’énigmatique écrivain Jean Buzancais.

D’après l’homogénéité de style de la série, on peut vraisemblablement penser que tous les titres ont été écrits par le même auteur.

La série fut publiée sous le format fascicule 16 pages, simple colonne, petits caractères, conférant une autonomie d’environ 9 000 mots à chaque récit.

Gonzague Gaveau, inspecteur de police, est surnommé « Le Professeur », car il a fait Sorbonne et travaille depuis de nombreuses années sur une thèse sur « Les variations de la lettre O dans les dialectes caucasiens »...

LE NOYÉ DU COURS MIRABEAU

Le corps du Doyen de la Faculté des Lettres d’Aix-en-Provence est retrouvé immergé dans la Fontaine du Roi René sur le Cours Mirabeau, au petit matin, par un garçon de café.

Chargé de l’enquête, l’inspecteur Gonzague GAVEAU alias « Le Professeur » apprend par le médecin légiste que, loin de s’être noyé, le vieil homme a été étranglé puis poignardé en plein cœur après son décès…

Mais si, pour le défunt, les apparences sont trompeuses dans sa mort, elles semblent l’avoir tout autant été durant sa vie…

Quel plaisir de retrouver la plume de René Byzance et, surtout, le Professeur, Gonzague Gaveau, dans une enquête aussi concise que savoureuse (9 000 mots au compteur).

Le doyen de la Faculté d’Aix-en-Provence est retrouvé mort, au petit matin, dans la fontaine du Cours Mirabeau.

L’inspecteur Gonzague Gaveau, ayant été muté sur sa demande à Marseille, pour fuir le tumulte parisien, est chargé de l’enquête. Cela lui permet, avec grand plaisir, d’échapper aux turpitudes marseillaises qui, pour être moins éloquentes que leurs homologues parisiennes, n’en sont pas moins nuisibles pour le repos.

Sur place, Le Professeur mène son enquête et découvre que le vieil homme tranquille n’a pas la vie de ses apparences. Marié avec une jeune femme aux mœurs légères, le bonhomme pourrait avoir des ennemis dans les nombreux amants de celle-ci, à moins que l’héritage ait tenté la mariée...

Mais si les suspects sont nombreux, jusqu’au commissaire de police local et autres magistrats, ce sont les aveux un peu précipités du jeune protégé du maître qui laissent Gonzague songeur.

On retrouve la plume de René Byzance et le léger cynisme dont sont empreints la plupart des titres de la série.

Si l’auteur n’est pas tendre avec son Professeur, il l’est encore moins avec la plupart des institutions qu’il égratigne l’air de rien de petites réflexions acerbes. Après avoir fustigé les comédiens et le bras de la justice en général, c’est autour des Lettrés de passer à la moulinette.

Certes, les attaques sont légères, voire, imperceptibles, mais réellement présentes pour n’être dû qu’au hasard d’une plume.

René Byzance avait pour habitude de moquer un peu Gonzague Gaveau et son orgueil d’être cultivé dans un monde rustre, et là, l’occasion lui est belle d’enfoncer le clou avec ce personnage de Doyen de Facultés que tout présente comme un être doux, chétif et voué à son métier alors que l’enquête commence à effriter l’image de façade.

Bien évidemment, en seulement 9 000 mots, René Byzance ou quelque soit l’auteur, n’aura pas eu le temps de poser une intrigue digne de ce nom, ni même d’établir une critique étayée sur les êtres de culture, et, d’ailleurs, le passé lettré de Gonzague Gaveau ne sera pas même évoqué ici, alors qu’il aurait pu offrir un mètre étalon servant de comparaison avec son homologue.

On regrettera également que Gonzague ne nous fasse pas part de ses réflexions parfois méprisantes dont il est pourtant si friand.

Cependant, l’ensemble est saupoudré de cet humour acerbe, même si cela reste léger, qui offre un supplément d’âme à la série.

Au final, même si moins drôle ou moins piquant que certains autres épisodes de la série, celui-ci s’avère conserver l’ambiance de celle-ci et un plaisir de lecture similaire aux précédents.