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Marcel Priollet, auteur majeur de la littérature populaire, est un écrivain que vous ne pouvez plus, désormais, ignorer, tant je vous en parle régulièrement.

Si l’homme a alimenté de sa plume prolifique, les collections de romans sentimentaux et d’aventures, il n’en a pas oublié, les collections policières qu’il abreuva de nombreux textes signé de ses différents pseudonymes (Henry de Trémières, R.M. de Nizerolles, M.R. Noll, René Valbreuse...) ou de son nom.

Parmi cette grande production, il est à noter deux séries policières avérées (je ne parle pas des titres reprenant un même personnage, mais étant disséminés au sein d’une même collection parmi d’autres titres d’autres auteurs) : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs » toutes deux parues aux éditions Tallandier.

Mais l’auteur a également fortement alimenté les nombreuses collections des éditions Ferenczi. C’est le cas avec « L’œil de la caméra » un titre paru dans la collection « Police » des éditions Ferenczi en 1941 (si tant est qu’il ne soit pas une réédition d’un autre titre).

L’ŒIL DE LA CAMÉRA

Visionnant un documentaire sur le lancement d’un navire projeté dans une salle de cinéma, le célèbre détective Ramsey SUCCESS est témoin, par écran interposé, d’un larcin commis par un pickpocket dans la poche d’un individu.

Grâce à sa perspicacité et avec l’aide d’une vieille et horrible Chinoise, il va réussir à identifier la victime.

L’homme, un orfèvre, raconte à l’enquêteur que le bijou dérobé, de grande valeur, appartenait à un client, et que son remboursement lui a causé sa ruine et son malheur.

Ramsey SUCCESS lui promet, alors, de retrouver l’objet et son voleur…

Ramsey Success, l’un des plus célèbres détectives américains, débarque dans une salle de cinéma afin de louer une séance pour lui tout seul. Il demande à ce qu’on lui projette un documentaire datant de quelques semaines sur le lancement d’un navire.

Sur l’écran, il voit un pickpocket dérober un objet dans la poche d’un individu portant une fillette sur ses épaules.

Grâce à des arrêts sur image, il parvient à se faire une idée du voleur et, à l’aide d’une vieille Chinoise capable de lire sur les lèvres, il obtient assez de renseignements pour retrouver l’homme lésé, un orfèvre.

Celui-ci lui apprend qu’il détenait un objet d’une forte valeur qu’il venait juste de faire expertiser pour le compte d’un client avant d’amener sa fille voir le bateau.

Obligé de rembourser le client, il a dû vendre son échoppe et ses meubles et est désormais ruiné.

Le détective lui promet de retrouver le voleur et l’objet et va se lancer dans son enquête.

Le format d’origine du texte est un fascicule 64 pages agrafées contenant environ 18 500 mots.

Nous avons déjà vu, dans les deux séries évoquées, que l’auteur maîtrise parfaitement ce format (plus que le format fasciculaire 32 pages d’environ 10 000 mots) et l’on s’attend à ce qu’il en soit encore le cas avec ce récit.

Pourtant, force est de constater certaines lacunes dans le récit.

La première est toute simple, basique, même, mais pourtant primordiale : comment et pourquoi le détective s’est-il intéressé à ce vol.

Puisque ce n’est pas le volé qui l’a embauché pour cela (étant donné qu’il le retrouve a posteriori), on est en droit de se demander ce qui a poussé un détective aussi célèbre et aussi occupé, à s’intéresser à un simple vol. Déjà, il a fallu qu’il en soit mis au courant. A-t-il vu le documentaire pour son plaisir et son œil expérimenté a de suite repéré le larcin ? Quelqu’un lui en a-t-il parlé ? Nul ne le sait puisque rien n’est dit à ce sujet.

Ensuite, tout un chacun se serait dit que le vol est anodin. Aucune plainte n’ayant été portée, le fait de voir quelqu’un glisser sa main dans la poche d’un autre individu ne suffit pas à mettre en place un tel déploiement d’énergie et de moyens (il loue la salle pour lui tout seul à deux reprises, fait appel à une tierce personne pour lire sur les lèvres) pour un larcin qui aurait pu n’avoir pour butin qu’une simple blague à tabac.

Mais, peu importe, Ramsey Success a décidé de résoudre ce crime anodin et il va s’en donner les moyens.

En presque 20 000 mots, Marcel Priollet nous avait habitués à mieux ciseler son intrigue à mieux cadenasser son récit et, surtout, à nous proposer une histoire un peu plus complexe que celle-ci et des personnages plus étoffés (voir les deux séries évoquées).

Car le récit pèche également par son héros dont l’auteur ne nous dit pas grand-chose si ce n’est qu’il est célèbre, adulé, courageux, perspicace... bref, la panoplie habituelle des héros de textes policiers de la littérature populaire des décennies précédentes.

Et c’est en cela que j’ai le sentiment que ce titre est en fait une réédition d’un titre écrit quelques années auparavant. En cherchant un peu dans la production de l’auteur sous tous ses pseudonymes, on trouve un titre en 1927, un récit de la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi nommé « L’écran révélateur » qui laisse penser que « L’œil de la caméra » serait une réédition de ce titre. À vérifier quand je trouverais ce titre.

Car, dans les années 1940 (surtout dans la seconde partie), l’auteur avait acquis des qualités qu’il n’avait pas forcément 10 ou 20 ans auparavant. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire des textes des deux époques.

Et là, on sent des faiblesses que l’on pensait à cette date, comblées, ressurgir.

L’intrigue faiblarde, les omissions volontaires ou forcées qui réduisent encore l’intérêt de l’intrigue, les personnages esquissés et sans aspérités.

De la plume, on retiendra également cet aspect un peu lisse qui caractérisait le style d’antan de l’auteur et renforce le sentiment un peu daté de l’ensemble.

Certes, 18 500 mots, voilà qui n’offre pas une latitude immense à un auteur, mais les épisodes de « Old Jeep et Marcassin », par exemple, n’atteignent même pas cette dimension (17 500 mots pour le premier épisode) et, pourtant, l’auteur parvient à nous offrir une intrigue maîtrisée (même si elle ne navigue pas dans les sommets du Thriller actuel), des personnages étoffés et un style appréciable.

Mais il ne faut pas réduire ce récit à ses défauts, et il faut le prendre pour ce qu’il est, un court roman d’aventures policières qui se lit agréablement même si on eut apprécié que l’auteur s’étende plus sur l’enquête que sur la découverte du crime via le procédé qui donne le titre à l’histoire.

Au final, un court roman qui, si ne rivalise pas avec les meilleurs de son auteur, se lit tout de même avec plaisir, et ce malgré un personnage un peu fade.