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Patrick Pécherot est un auteur et journaliste très proche des milieux syndicaux, né en 1953.

Ces rares informations (comme toujours, je m’intéresse à l’œuvre d’un auteur et non à sa vie sauf si la seconde peut permettre d’expliquer la première) afin de mieux cerner le récit en question.

Car son roman « Les brouillards de la Butte », premier Tome de « La trilogie Parisienne », s’ancre historiquement dans l’immédiat après première guerre mondiale et plus précisément sur l’affaire des séquestres et reventes d’usines de sidérurgie allemandes dans l’est de la France.

Les brouillards de la Butte :

Quatre copains de Montmartre, vaguement anars, vivant de petits boulots, s’associent pour cambrioler les maisons des bourgeois. Une nuit, ils dévalisent la maison du comte de Klercq et trouvent dans le coffre fort, en lieu et place de billets, un cadavre.

Le jeune héros de l’histoire, appelons-le Pipette, puisque c’est son surnom, est monté à la capitale dans le but de devenir poète. Pour survivre, il fait divers boulots, dont celui, moins recommandable que les autres, de cambrioleur en bande organisée.

Avec des amis de misère, il pénètre dans les maisons et embarque objets et coffre-fort (grâce à l’un d’entre eux qui est colosse de cirque).

Mais un soir, dans un coffre-fort embarqué depuis la demeure d’un notable, au lieu de trésor, c’est un cadavre que la bande découvre. De là, l’idée de certains, de faire chanter le propriétaire, sauf que les choses ne vont pas se dérouler comme prévu...

Patrick Pécherot, dans ce roman, comme les deux autres faisant partie de la Trilogie Parisienne (« Les brouillards de la Butte », « Belleville Barcelone », « Boulevard des branques ») cherche à mélanger plusieurs choses qui comptent à ses yeux.

D’abord, il a la volonté d’inventer la jeunesse de Nestor Burma, car, on le découvre en cours de lecture, le fameux Pipette n’est autre qu’une transposition dans le passé du personnage de Léo Malet.

Effectivement, fin connaisseur de l’œuvre de Malet, Patrick Pécherot incorpore, dans son histoire et dans son héros, des informations biographiques de Nestor Burma que Léo Malet a disséminé dans son œuvre.

Ainsi, Pipette est né à Montpellier, est monté à Paris dans le milieu des années 20, durant son adolescence (Burma est né le 7 mars 1909). Il fréquente les lieux emblématiques du Tout-Paris et prend fréquemment des coups sur la tronche... sans compter la fausse identité que prend Pipette et que je vous laisse découvrir en lisant ce roman.

Ensuite, l’auteur cherche à inscrire son récit dans une trame historique. Ici, l’affaire des séquestres d’usines allemandes après la Première Guerre mondiale.

Enfin, Pécherot, probablement pour faire plus vrai, ou, plus sûrement, pour se faire plaisir, incorpore dans son récit des lieux et des personnages ayant existé. Ainsi, André Breton, le poète, prend une part importante à ce récit et même au suivant. Mais les mentions aux acteurs, actrices, chanteurs, chanteuses et autres personnalités de l’époque sont nombreuses.

Et c’est peut-être cette triple direction du roman (et de la trilogie) qui en fait à la fois l’atout et le défaut.

Car, s’il est sympathique, notamment pour les lecteurs de Nestor Burma, de se faire une idée de la jeunesse de leur héros, même à travers les yeux d’un écrivain autre que Léo Malet, s’il est tout aussi agréable que des personnages ayant existé interviennent, que les personnages fréquentent des lieux mythiques et s’il est incontestablement intéressant et enrichissant que le roman informe et dénonce un évènement faisant partie de l’Histoire avec un grand « H », chacune des trois directions nuit aux deux autres tant on a l’impression que l’auteur refuse de choisir la véritable ligne directrice et que chaque point de vue semble vouloir tirer l’intérêt à lui au détriment des autres.

Du coup, du fait de la volonté d’introduire les personnages ayant participé à l’évènement historique (qu’ils soient fictifs ou non), et de vouloir faire participer des célébrités et des lieux de l’époque, l’auteur multiplie les personnages laissant peu de chance au lecteur de les maîtriser tous d’autant que les héros, à eux seuls, sont déjà nombreux (au moins quatre, plus André Breton). Difficile de rester concentré sur une histoire quand on doit faire un effort pour replacer tel ou tel personnage.

L’auteur, me semble-t-il, aurait dû choisir entre les deux volontés (célébrités ou personnages historiques).

Mais la plume de l’auteur n’est pas exempte de défauts. Non pas qu’elle soit terne, dénuée d’humour et irrespectueuse de l’univers de Nestor Burma, au contraire. C’est justement qu’elle est trop respectueuse du matériau d’origine.

Seulement, Pécherot occulte le fait que Léo Malet, écrivant à la première personne, ancre son style et son personnage dans le présent (même s’il écrit au passé simple). Que l’auteur use d’un langage argotique alors qu’il est déjà inscrit dans le langage écrit de l’immédiat après seconde guerre mondiale n’a alors rien d’étonnant.

Mais que Pécherot en fasse autant alors que son histoire se déroule 20 ans plus tôt, voilà qui me gêne un peu. Ceci dit, cela me gêne, car je suis habitué à lire des textes policiers datant de la première moitié du XXe siècle et que je sais très bien que les auteurs des années 1920-1930 n’utilisaient alors pas encore l’argot en littérature (même si celui-ci était déjà usité dans les rues depuis fort longtemps). Ce n’est pas avant le début des années 1940 que des auteurs s’y essayent.

Cependant, l’ensemble demeure intéressant, assez plaisant à lire, mais aurait gagné en qualité, à mon sens, en gommant au moins l’une des trois directions prises par l’auteur.

Au final, un premier opus plutôt sympathique, quoiqu’un peu confus à suivre de par la multiplication des personnages et des lieux et la volonté de relater un fait historique à travers la création de l’histoire de Nestor Burma avant qu’il ne devienne le détective de Léo Malet.