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Dans tous les arts, les pourvoyeurs peuvent être classés dans différentes strates. Depuis les génies, jusqu’aux obscurs tâcherons en passant par les talentueux, les bons faiseurs, les honnêtes créateurs...

Henry Musnik, sous quelque pseudo qu’il puisse s’être caché, est à ranger, au mieux, dans les bons faiseurs. De ceux qu’au cinéma on nommerait un réalisateur honnête, mais sans génie.

Henry Musnik, auteur de langue française né au Chili en 1895 fût pourtant l’un des principaux piliers de la littérature populaire dans le second quart du XXe siècle.

Usant de très nombreux pseudonymes, Claude Ascain, Paul Braydunes, Pierre Braydunes, Paul Braydusses, Henri Bussières, Jean Daye, Christian Dee, Pierre Dennys, Gérard Dixe, Alain Martial, Pierre Olasso, Florent Manuel, Florent-Manuel, Manuel Florent, Claude Guilaine, Pierre de Queyrac, Henri d’Alzon, Christian d’Axel... il écrivit un nombre incalculable de textes pour les diverses collections policières et aventures des éditeurs de l’époque.

Il créa de tout aussi nombreux personnages (généralement, un pseudonyme, dans une collection, était dédié à un même personnage), pour la plupart inspirés de figures illustres de la littérature populaire passée. Daniel Marsant en lutte contre le Grand Maître ne sont pas sans rappeler Fantomas et Juvert... Quant à Robert Lacelles, qui nous intéresse aujourd’hui, il n’est autre qu’un clone d’Arsène Lupin, comme il y en eut tant d’autres avant ou après.

Robert Lacelles est donc un monte-en-l’air qui a horreur de l’injustice et qui, souvent, lutte contre celle-ci.

Il est pourchassé, pour ses méfaits, par l’inspecteur Jolivet qui, bien que persuadé que les vols sont commis par son ennemi est toujours incapable de le démontrer.

Les épisodes des aventures de Robert Lacelles furent publiés au sein de l’immense collection « Mon Roman Policier » de la cultissime maison d’édition Ferenczi, dans les années 1950.

Les 17 épisodes sont donc à chercher au milieu des plus de 100 titres de la collection « Le Petit Roman Policier » des éditions Ferenczi, à la fin des années 1930, ou, pour les rééditions, au sein des plus de 500 titres de la collection « Mon Roman Policier ». Les deux éditions sont façonnées en fascicules 32 pages (moins de 10 000 mots) dont la couverture est illustrée par le génial Georges Sogny (en couleur, pour la première édition et, malheureusement, en monochrome, pour la seconde).

LE VOLEUR DU RADJAH

Le cambrioleur Robert LACELLES ambitionne de dérober les fameux bijoux du radjah du Chardawar, une province d’Inde.

Mais le monarque est bien protégé par la police lors de sa présence dans la capitale.

L’inspecteur Jolivet, l’éternel ennemi du voleur, imagine que ce dernier va profiter du trajet en voiture du souverain jusqu’au Havre, d’où il doit s’embarquer sur un paquebot à destination de New York, pour mettre son plan à exécution.

Il décide alors de lui tendre un piège imparable. Cependant, rien ne se passe et, pourtant, sur le pont du bateau, les joyaux ont disparu sans que Robert LACELLES soit intervenu…

Dans « Le voleur du radjah », Robert Lacelles cherche à mettre la main sur les magnifiques bijoux d’un radjah d’Inde. L’inspecteur Jolivet, sachant que son ennemi ne résistera pas à la tentation, lui tend un piège en plaçant un de ses hommes, maquillé à la place du fameux radjah quand ce dernier doit se rendre sur un paquebot en partance pour New York.

Mais, si le trajet s’est passé sans encombre, une fois sur le paquebot, le radjah constate que son trésor a mystérieusement disparu...

Dans un texte très court (même pour la collection), d’un peu moins de 8 500 mots, Henry Musnik, alias Claude Ascain pour l’occasion, nous démontre une fois encore, qu’il n’est pas mû par le génie, du moins, que, s’il en possédait, il ne le laissait pas facilement échappé.

Difficile de savoir si ce manque d’ambition est dû à un déficit de talent de l’auteur, à des contraintes de taille ou de temps qui ne lui permettaient pas de développer toutes ses capacités, ou juste parce que l’auteur se contentait de fournir ce qu’on lui demandait, sans plus, toujours est-il que si, souvent, Musnik a su livrer des textes plaisants et si, parfois, ceux-ci pouvaient s’avérer fades, il n’a jamais (du moins dans la production que j’ai lue) navigué dans les hautes sphères de la littérature. Ce n’est certes pas ce que l’on était en droit de s’attendre de la part d’un auteur chargé d’approvisionner ce genre de littérature, mais certains de ses confrères sont, eux, parvenus à montrer plus de style et de panache dans ce domaine (Jean Ray, Charles Richebourg, J.A. Flanigham, René Byzance...).

Cependant, il ne faut pas pour autant bouder la production de Musnik qui, à elle seule, représente un immense pan de la littérature populaire de son époque. De plus, on lui accordera l’avantage d’avoir été un des rares auteurs de cette littérature populaire policière fasciculaire à avoir osé développer des intrigues dans le milieu du sport (il faut dire qu’il fut journaliste sportif), avec des titres généralement publiés sous le pseudonyme de Jean Daye (« Le gardien de but de l’Étoile verte », « Le mort sur le ring », « La souricière », « N° 9 voiture verte », « Sardanapale le favori », « Un meurtre aux six jours »...)...

En ce qui concerne « Le voleur du radjah », on pourrait résumer l’intrigue à « L’arroseur arrosé » et en dire que, sur une taille aussi courte, il semblait évident que l’auteur ne nous proposerait pas une histoire rocambolesque, et c’est d’ailleurs ce qu’il fit.

Une histoire simple, donc, narrée de façon simple, avec des personnages qui n’ont rien d’original. 

Cependant, le texte offre un moment de lecture pas désagréable et c’est déjà pas si mal (on a connu pire de la part de Musnik).

Au final, un épisode dans la lignée des précédents et des productions habituelles de l’auteur, sans génie, mais plaisant tout de même.