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« L’étrange panne » est le 15e épisode de la série « Robert Lacelles, gentleman-cambrioleur » écrite par Claude Ascain...

Claude Ascain, de son vrai nom Henry Musnik, bien que né au Chili en 1895, fut un des principaux piliers de la littérature populaire française, en général, et policière, en particulier.

Depuis la fin des années 1930 jusqu’au milieu des années 50, il écrivit des centaines et des centaines de titres pour des dizaines et des dizaines de collections, créant, pour cela, de nombreux personnages récurrents dont le fameux Robert Lacelles, un ersatz d’Arsène Lupin.

La plupart de la production de l’auteur fut éditée au format fasciculaire (32, 48 ou 64 pages, pour la plupart), sous divers pseudonymes dont les plus prolifiques furent (Jean Daye, Claude Ascain, Pierre Olasson, Florent Manuel, Gérard Dixe ou encore Alain Martial ou Pierre Dennys).

Bien qu’écrivant au sein de collections dédiées à son personnage (« Le commissaire Lenormand », « Guy Daurian »...), bien souvent ses textes étaient disséminés au sein d’une collection générique (« Mon Roman Policier », « Police et Mystère », « Police »...)

L’ÉTRANGE PANNE

Robert LACELLES, gentleman-cambrioleur, est invité à une soirée au château des Delmars.

L’inquiétude ne tarde pas à ébranler les hôtes, deux couples d’amis ne sont toujours pas arrivés… et pour cause, ils ont été agressés et dévalisés, sur la route, par des bandits de grand chemin.

Robert LACELLES ne voit pas d’un bon œil cette concurrence violente et décide de se lancer sur la trace des voleurs, tant pour réparer une injustice que pour mettre la main sur le butin…

Claude Ascain, alias Henry Musnik, nous livre là un court roman de la taille du précédent (8 600 mots) dans lequel le lecteur sait par avance ne pas trouver une intrigue évoluée. Effectivement, les fascicules de 32 pages de l’époque (mais ce serait la même chose de nos jours si des auteurs s’essayaient encore à ce format) ne peuvent pas proposer une histoire rocambolesque et des personnages complexes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les auteurs, et notamment Henry Musnik, proposaient souvent des clones de personnages que tout le monde connaît (Sherlock Holmes, Nick Carter, Fantomas, Arsène Lupin), ce qui permet de les esquisser a minima laissant les souvenirs et l’imaginaire faire le reste. Une manière comme une autre de gagner de l’espace.

Mais, une autre manière de rendre ses textes plus concis consiste également à faire intervenir la chance, ou à user d’ellipses de temps. Ici, Claude Ascain préfère la première solution, plus simple à mettre en place et nécessitant moins de maîtrise. Car, je le répète, si Claude Ascain ou quelques soient ses pseudonymes, a énormément écrit, il s’est toujours contenté (à moins qu’il y ait quelques pépites dans sa production que je n’ai pas encore lue) de produire des textes sans génie. D’autres que lui n’y sont pas parvenus non plus, mais beaucoup ont essayé, Musnik, lui, ne semblait pas avoir cette ambition.

Ainsi, quand la chance sourit au héros, l’histoire peut avancer plus vite, car, en tombant, par hasard, sur un indice important, le héros fait un grand pas en avant à moindres mots...

C’est le cas ici, par deux fois voire même trois fois. Certes, le procédé, dans un roman de facture classique, serait rédhibitoire, mais il est bien excusable dans le cas du format très court.

D’autant plus excusable que le texte est très agréable à lire et, contrairement à bien souvent chez Musnik, il est totalement maîtrisé, dans sa forme (puisque dans le fond... concision).

Robert Lacelles s’avère plutôt amusant, notamment dans sa confrontation avec son ennemi juré l’inspecteur Jolivet.

Si le style n’atteint pas des sommets, il est là aussi plutôt plus agréable que d’ordinaire chez l’auteur ce qui rend cet épisode bon, probablement l’un des meilleurs de la série jusqu’à présent (il en reste encore 4 à découvrir).

Alors, Claude Ascain s’améliorerait-il au fil de la série ? C’est ce que je découvrirais dans le prochain épisode.

Au final, « L’étrange panne » s’avère être un épisode classique, mais plutôt bon, tout du moins l’un des meilleurs de la série.