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Continuons donc la lecture des aventures de Robert Lacelles, le gentleman-cambrioleur né de la plume de Claude Ascain. Cette découverte est, certes, faite dans le désordre, mais mettez cela sur le compte des frasques d’un éditeur qui réédite dans n’importe quel ordre, omettant certains titres et la difficulté, parfois, à chiner les ouvrages.

« Robert Lacelles » est une série policière de fascicules de 32 pages (un peu plus de 8500 mots par épisode) initialement édités à partir de 1939 au sein d’une collection plus généraliste, « Le Petit Roman Policier » des éditions Ferenczi. Dans cette première édition, parmi les cent et quelques titres de la collection, se trouvaient 17 titres de Claude Ascain, tous destinés à faire vivre le personnage de Robert Lacelles.

Dans la réédition des mêmes éditions Ferenczi, dans la collection « Mon Roman Policier », au début des années 1950, seuls 16 épisodes ont été réédités parmi les plus de 550 titres de la collection, et, en plus, dans un ordre différent de celui de la première édition.

C’est malheureusement grâce à cette réédition que j’ai découvert la série, la raison pour laquelle je la découvre dans un ordre différent de celui d’écriture.

Dans l’édition liminaire, « Une Américaine a disparu » fait figure de 8e épisode. Dans la réédition, cet épisode n’apparaît même pas. Pourquoi ??? Demandez à Ferenczi, moi, je n’en sais rien.

L’auteur, Claude Ascain, de son vrai nom, Henry Musnik, est un écrivain né au Chili en 1895 et qui ne dit plus grand-chose aux lecteurs d’aujourd’hui. Pourtant, il fut un des principaux pourvoyeurs de la littérature populaire fasciculaire pendant presque 30 ans (de 1930 à la fin des années 1950). Il écrivit des centaines de titres, généralement tournés autour de personnages récurrents, mais bien souvent mélangés dans des collections plus généralistes.

Il était de coutume, chez cet auteur, d’user d’un pseudonyme au sein d’une collection pour faire vivre un personnage. Comme ses pseudonymes sont nombreux (Pierre Olasso, Florent Manuel, Jean Daye, Gérard Dixe, Alain Martial...), ses personnages récurrents le sont presque autant.

Claude Ascain était réputé (par moi) comme un bon faiseur de la littérature populaire, entendez par là qu’il produisait des textes lisibles, mais sans génie ni petit plus avéré. J’ai révisé cet avis depuis que je me suis un peu plus penché sur les aventures de Robert Lacelles, car il faut bien reconnaître que le plaisir de lecture est là et c’est avant tout ce que l’on demande à un auteur de littérature populaire.

Pour développer ses personnages, Henry Musnik s’inspirait beaucoup des personnages cultes de la littérature populaire. Ainsi, Robert Lacelles est-il un ersatz d’Arsène Lupin...

UNE AMÉRICAINE A DISPARU

Robert LACELLES, le gentleman-cambrioleur, désireux de se rapprocher d’un riche Américain, cherche un moyen d’entrer en contact avec Mademoiselle Ray Woodling, sa fille, dans un dancing. Mais la tâche n’est pas aisée, cette dernière est entourée d’amis.

Dans la soirée, la jeune femme, prise d’un malaise, est raccompagnée par un homme dans sa voiture avec chauffeur…

Retardé par une crevaison, Robert LACELLES, une fois arrivé à l’hôtel où loge miss Woodling, ne peut que constater que l’Américaine a disparu…

Robert Lacelles tente de se rapprocher de la fille d’un riche américain. Pour cela, il la suit dans une boîte, la surveille de loin, empêché d’approcher par les amis dont la jeune femme s’entoure.

Quand celle-ci est prise d’un malaise et que son ami la raccompagne jusqu’à sa voiture, Robert Lacelles décide de la suivre, mais, malheureusement, son véhicule a un pneu crevé.

Arrivé au Palace où la jeune femme et lui logent, il découvre, au garage, le véhicule dans lequel la jeune femme est montée, mais nulle trace de celle-ci dans le palace.

Pire, Robert Lacelles est vite agressé, assommé, enlevé, et il se réveille, au petit matin, en pleine forêt...

Difficile de comprendre pourquoi cet épisode n’a pas fait l’objet de la même réédition du reste de la série tant celui-ci semble pourtant être un titre charnière dans les aventures de Robert Lacelles.

Effectivement, c’est, si je ne me trompe pas (et si je me trompe, ce n’est pas bien grave), le premier épisode dans l’ordre de première édition où apparaît l’inspecteur Joseph Jolivet, le policier qui deviendra l’ennemi intime du cambrioleur. Et, c’est cette confrontation entre les deux hommes qui va mettre un peu de sel dans la série, renforcer le plaisir de lecture par ce duel permanent, par l’humour dû à la raillerie de Lacelles envers Jolivet et par cette sorte de gag récurrent dans lequel Jolivet tombe toujours le bec dans l’eau semblant se dire, tel le personnage de la série télévisée Palace, interprété par le regretté Marcel Philippot, « Je l’aurai un jour, je l’aurai » et qui lui confère l’aura du Coyotte face à Bip-Bip, dans la célèbre série de dessins animés.

Et c’est cette relation et ce plaisir renforcé qui m’a fait réviser mon avis tranché sur l’auteur. Et c’est à l’aulne de cette révision que je compte redécouvrir certains autres titres de Claude Ascain, Pierre Olasson, Florent manuel, Alain Martial, Jean Daye... bref, d’Henry Musnik...

Car si l’intrigue demeure basique (n’oublions pas que nous avons affaire à de très courts romans de moins de 10 000 mots qui ne permettent pas de développer une intrigue digne de ce nom), le fait de retrouver, d’épisode en épisode, cette agréable confrontation, est un plus indéniable qui offre une plus-value à moindres frais de mots, à une série qui n’était déjà pas déplaisante à la base.

Bien sûr, on n’attendra pas de l’auteur une plume enlevée comme certains rares auteurs sont parvenus à en proposer dans un tel format, mais, du coup, on obtient des textes au-dessus de la moyenne de ce qui était proposé à l’époque dans les mêmes conditions et c’est déjà beaucoup.

Au final, un bon titre qui, en plus, semble être celui qui marqua le virage pris par la série pour la mener sur le chemin d’une qualité appréciable...