Coll Angoisse n°04

La littérature populaire policière regorge de séries (avérées ou non. C’est-à-dire, dont les épisodes sont regroupés dans une même collection et dans un laps de temps court, ou bien éparpillés dans diverses collections, parfois chez divers éditeurs et sur une période très longue).

On trouve donc des séries de tous genres : fasciculaires 16, 32, 64, 96, 128 pages ; romans... et de tous styles, à toute époque et ce dès le tout début du XXe siècle.

Ces séries comportent parfois plusieurs centaines de titres (Nick Carter) ou plusieurs dizaines (Marc Jordan, Marius Pégomas, Thérèse Arnaud...) ou encore juste quelques épisodes (8 pour « Monseigneur et son clebs », 10 pour « Old Jeep et Marcassin », 12 pour « Toto Fouinard »...)

Mais certaines sont très courtes (4 pour « Le père Leboeuf », 4 1/2 pour « Maurice Parent », 4 pour « Le détective Littlejohn »...).

C’est le cas de « Alain Barrois, le roi des détectives », une série de 4 épisodes avérés au sein de la collection « Angoisse » des éditions Artima.

Si la série est formatée en fascicules 32 pages, simple colonne, la taille du récit est elle un peu plus courte que d’accoutumée pour cette pagination.

Effectivement, « La griffe de tigre » n’atteint pas les 8 200 mots ce qui risque d’être préjudiciable pour l’intrigue.

En ce qui concerne l’auteur de la série, je ne pourrais apporter aucun renseignement sur lui (ou sur eux) car je n’en ai pas trouvé. On notera que deux épisodes sont signés Luc Valmont et les deux autres André Valmont. Deux auteurs ? Deux pseudonymes ? Une erreur d’édition ???

La griffe de tigre : 

Le célèbre détective Alain Barrois est engagé par un joaillier pour élucider l’étonnant cambriolage dont il a été victime. 

Des joyaux d’une rare valeur ont été dérobés. 

Pour ce faire, le voleur a percé le coffre-fort avec maestria ne laissant aucune empreinte, aucun indice sur les lieux, si ce n’est un pendentif en forme de griffe de tigre… 

Courte taille, donc, pour un récit qui ne va forcément pas s’appuyer sur la profondeur de son intrigue.

Un joaillier vient demander de l’aide au célèbre détective Alain Barrois afin de trouver qui a pu le cambrioler avec autant de savoir-faire.

Car le coffre-fort a été forcé avec des méthodes très pointues et le voleur n’a emporté que des pièces de grande valeur et le tout sans laisser la moindre empreinte.

Pourtant, malgré le professionnalisme du cambrioleur, celui-ci semble avoir perdu un pendentif constitué d’une griffe de tigre, ce qui est un peu contradictoire.

Mais la piste se dirige très vite sur le fils de l’associé du joaillier que ce dernier a déjà surpris en train de voler dans la caisse.

Alain Barrois va faire appel à un petit malfrat qui lui sert d’indic afin de prospecter et suivre le principal suspect.

Difficile de se faire un avis définitif sur une série aussi courte en en commençant la lecture par l’épisode qui semble être le 4e et dernier.

Effectivement, si le personnage principal, le roi des détectives, Alain Barrois, est si faiblement esquissé par son auteur, tant dans son aspect physique que mental, rien ne dit que celui-ci n’est pas été plus amplement présenté dans le tout premier épisode (ce dont on peut tout de même douter).

Comme l’intrigue est assez faible, il est tout aussi difficile de définir la façon de travailler du détective. Car, à part faire appel à un indic pour faire la basse besogne, le récit ne nous livre pas vraiment la façon de procéder d’Alain Barrois.

Le récit se contente de passer d’une information importante livrée par l’indic, à un interrogatoire du suspect dans lequel on sait déjà que le détective ne voit pas le coupable, directement à la présentation de la solution de l’énigme.

Cette ellipse de temps, cette élision du récit, peuvent très bien être mises sur le compte de la concision du texte, pourtant, l’expérience du format fasciculaire de 32 pages nous prouve que l’auteur pouvait facilement gonfler son texte de 20 % ce qui lui aurait permis de combler ces lacunes.

Question style, pas grand-chose non plus à mettre en avant.

Si celui-ci n’est pas indigent, il n’a pas grand-chose non plus d’original, si ce n’est le langage un peu plus rustique du détective par l’intermédiaire de mots que l’on voit fleurir dans ce genre d’ouvrages depuis déjà quelques années qui, s’ils ne confèrent pas au texte un aspect argotique que des auteurs de romans tels que Frédéric Dard ou Léo Malet ont déjà commencé à populariser, place tout de même le personnage du détective dans une strate de la société plus proche du vil peuple que par le passé où les personnages d’enquêteurs étaient plutôt présentés comme des gens éduqués, instruits et possédant de bonnes manières.

On notera que si l’intrigue est assez faible, elle a en plus le défaut de s’appuyer sur un rebondissement mainte fois employé et qui, en plus, n’est pas vraiment logique de la part du coupable...

Au final, si « La griffe de tigre » se lit facilement et sans déplaisir, c’est plus grâce à un style qui, à défaut d’être révolutionnaire, n’est pas indigent, et à une concision qui rend l’ensemble très rapide à lire, plus que par le charisme de son personnage principal ou la qualité de son intrigue.