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Plus grand monde de nos jours ne s’en souvient malheureusement, mais Amédée Ferdinand Pujol dit René Pujol, fût un acteur majeur de la culture populaire de la première moitié du XXe siècle.

« Culture » et non seulement « Littérature », car le bonhomme abreuva de ses œuvres différents médias, que ce fut en tant que journaliste, librettiste, scénariste, auteur de pièces de théâtre, réalisateur de cinéma ou compositeur.

Si aucun de ses films n’est demeuré dans l’esprit des cinéphiles les plus avertis, le bonhomme a quand même pour titre de gloire d’avoir été le premier à offrir un rôle dans un long métrage à Jean Gabin, en 1931, dans « Chacun sa chance »... Il dirigea également Pierre Brasseur, Odette Joyeux, Ginette Leclerc... que des noms qui n’évoquent plus grand-chose aux jeunes d’aujourd’hui.

Mais avant de s’illustrer dans le cinéma, c’est dans l’écriture que René Pujol s’épanouit dès 1920 en abordant des genres tels la science-fiction, le sport, le roman sentimental, le roman policier ou d’espionnage.

Et c’est avant tout dans ce domaine que l’on peut encore découvrir l’artiste, soit chez les bouquinistes, par l’intermédiaire de livres d’époque, soit par les quelques rééditions numériques de ses textes disponibles dans les librairies virtuelles.

Et René Pujol (ayant également écrit sous le pseudonyme René Pons) est un auteur à redécouvrir d’urgence pour son humour et son goût des personnages décalés et son utilisation des quiproquos et des faux semblants.

S’il n’y avait qu’un livre à lire de l’auteur, pour moi, passionné maladif du genre policier, ce serait sans nul doute « Le détective bizarre » un roman policier prenant, extrêmement drôle, mettant en scène un duo de policiers cocasse et attachant.

Mais, heureusement, personne n’est obligé de se contenter d’un seul roman de l’auteur et les lecteurs d’aujourd’hui pourront se délecter de « La résurrection de M. Corme », « Amédée Piffle, reporter » (qui n’est pas un roman policier, mais qui est également très drôle), « Le Mystère de la Flèche d’Argent » (un roman sentimentalo-policier).

Cependant, on peut également goûter à la plume de l’auteur via des textes qu’il avait destiné à des magazines comme « Ric et Rac », tels, « Un homme est mort » ou « La sapèque rouge »...

Quant au titre qui nous intéresse aujourd’hui, « S.O.S. », le titre fut publié en 1928 dans la fameuse collection « Le Masque », ce qui n’est pas rien du tout.

S. O. S.

Des Parisiens sont en vacances dans la Haute-Garonne.

Lors d’un arrêt, pour se détendre, l’un d’entre eux – ingénieur dans le domaine de la radio T. S. F. – met en marche une de ses inventions, un récepteur portatif à ondes courtes.

Alors qu’il cherche une station, le jeune homme tombe sur une étrange émission. Les cris d’une femme se font entendre, elle supplie, hurle un nom, un coup de feu claque, puis plus rien.

Intrigué et sachant que le signal ne peut provenir de très loin, le groupe établit à l’aide d’une carte routière que l’appel vient d’un château proche.

Ils décident de s’y rendre immédiatement.

Sur place ne se trouvent que des ruines sans intérêt. Mais, dans le hangar, le sol est couvert de sang...

La construction narrative de « S.O.S. » est assez étrange, du moins empreinte d’une certaine originalité puisque les personnages des deux hommes parisiens, très impliqués dans le début de l’intrigue et que le lecteur pense être les héros de l’histoire vont s’éclipser au bout d’un tiers de l’histoire.

Le lecteur pense alors tenir, dans la peau des deux policiers, les véritables héros de l’intrigue, mais l’auteur va une nouvelle fois surprendre son monde.

Certes, ce n’est pas un procédé totalement inusité (José Moselli l’avait déjà utilisé dans « La Momie Rouge ») et l’auteur l’a même déjà mis en place dans d’autres romans, mais il faut avouer qu’il fait là très fort en rejetant à chaque fois le poids de l’histoire sur des épaules différentes, au risque que le lecteur, ne pouvant s’attacher pleinement à un personnage de peur de le voir disparaître, ne finisse par sortir du roman.

Mais René Pujol n’est pas un perdreau de l’année et s’il pratique le jeu des chaises musicales avec ses personnages, il sait, heureusement, à chaque fois, conférer des particularités à chacun, les rendant à la fois originaux et intéressants.

Cependant, il faut reconnaître que René Pujol mise moins, dans « S.O.S. » sur son humour qu’il n’a pu le faire par la suite (« Le détective bizarre » sortira seulement un an après), mais qu’il ne le remise pas totalement au placard pour autant. Le sourire viendra moins souvent, moins franchement, mais on reconnaît tout de même la plume de l’auteur.

Si René Pujol aime à mélanger les genres (humour et policier ; sentiments et policier ; sport et humour...) ici, l’auteur mixera deux genres très proches et très à la mode à l’époque : le policier et l’espionnage.

Tout comme le fit Jean-Toussaint Samat quelques années plus tard avec « L’horrible mort de Miss Gildchrist » (ou plus tard encore, Frédéric Dard avec ses premiers San-Antonio), René Pujol met en place une intrigue policière, fait intervenir, comme personnages principaux, des enquêteurs amateurs, puis des policiers professionnels, avant que l’histoire ne prenne une tout autre tournure aux allures « Aventures et Espionnage ».

Si l’ensemble est plutôt bien maîtrisé et parfaitement rythmé, que l’humour, bien que léger, soit présent et que les personnages soient intéressants, il faut reconnaître que l’ensemble souffre d’un problème de construction dans l’homogénéité de l’histoire.

Effectivement, pendant les deux seconds tiers de l’histoire (et notamment le troisième), on aura l’impression que l’auteur cherche à rallonger la sauce artificiellement par des procédés redondants afin de tenir la longueur d’un roman (celui-ci fait 39 000 mots), alors que l’épilogue se joue en quelques lignes, et encore, par l’intermédiaire du récit du héros a posteriori pour expliquer la façon dont le pot aux roses a été découvert alors que celui-ci, et son comparse, ont nagés dans le pâté pendant des pages et des pages.

Si cet effet n’est pas rébarbatif, parce qu’il ne dure pas trop longtemps, parce que la plume est alerte, parce que l’auteur sait y faire, il n’en est pas moins plaisant et égratigne quelque peu le plaisir de lecture, notamment par la frustration de ce final qui semble malheureusement bâclé.

Au final, s’il ne faut lire qu’un roman de l’auteur, autant se jeter les yeux fermés (même s’il vaut mieux les ouvrir pour la lecture) sur « Le détective bizarre » et s’il faut en lire un second, sur « La résurrection de M. Corme », mais si vous n’êtes pas limités dans vos lectures, alors, n’hésitez pas à lire « S.O.S. » qui demeure tout de même un roman très plaisant.