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« Le secret de van Tompst » est le 16e épisode de la série « Robert Lacelles, gentleman-cambrioleur » écrite par Claude Ascain, alias Henry Musnik...

Pour rappel, Henry Musnik est un des piliers de la littérature populaire française en général et de la littérature populaire policière en particulier, et ce malgré qu’il soit né à la fin du XIXe siècle au Chili.

Il écrivit énormément, sous différents pseudonymes (Claude Ascain, Jean Daye, Pierre Dennys, Gérard Dixe, Alain Martial, Pierre Olasso, Florent Manuel... et bien d’autres encore).

La majeure partie de sa production était destinée à des collections fasciculaires, bien souvent de 32 pages, et généralement, tous les textes d’une même collection écrits par un même pseudonyme correspondaient à un personnage récurrent. C’est dire si l’auteur a créé un bon nombre de personnages récurrents (Daniel Marsant et son ennemi le Grand Maître, Jacques Desly, Robert Navarre, Max Berton, Michel Vaudreuil, Georges Lacaze, Guy Daurian, le commissaire Lenormand... et Robert Lacelles, le gentleman-cambrioleur qui nous intéresse aujourd’hui).

Les aventures de Robert Lacelles, un personnage très inspiré d’Arsène Lupin, sont composées de 17 épisodes de fascicules 32 pages disséminés au sein de la collection « Le Petit Roman Policier » des éditions Ferenczi, à partir de 1938, ou, pour la réédition, dans l’immense collection « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi (plus de 550 titres), au début des années 1950.

LE SECRET DE VAN TOMPST

Alors que Robert LACELLES, le gentleman-cambrioleur, et son fidèle Oscar roulent, par une nuit pluvieuse, en pleine campagne, en direction de Paris, ils aperçoivent au loin les lueurs d’un incendie.

Voyant des fenêtres de la maison éclairées, Robert LACELLES redoute que des personnes soient encore présentes à l’intérieur du bâtiment et décide d’y entrer.

Dans une pièce, il découvre un homme gisant dans son sang et un autre, penché sur lui, un poignard à la main…

Bon, je le répète encore une fois pour ceux qui n’auraient pas suivi, le format fasciculaire 32 pages dans lequel est façonné la série et bien d’autres titres dont je ne cesse de vous parler n’est pas propice au développement d’une intrigue digne de ce nom et ce n’est pas ce que l’on vient chercher dans ses textes.

Effectivement, si, généralement, les textes issus de ces collections (« Le Petit Roman Policier » ou « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi) flirtent avec les 10 000 mots, ceux consacrés à Robert Lacelles, eux, ne s’étalent sur guère plus que 8 500 mots.

On comprendra donc que l’intrigue et la description des personnages passent au second plan.

Le but premier est d’offrir aux lecteurs une courte lecture permettant de boucher un petit creux (par exemple dans les transports en commun ou les salles d’attente).

Avec un temps de lecture d’environ une heure, ces récits, ces collections, étaient destinés à un lectorat qui privilégiait des lectures courtes, soit par manque de temps, soit désaffection des lectures plus longues, ou bien, pour le prix très abordable de ces petites lectures.

Aujourd’hui, ces textes pourraient toujours s’adresser aux trois mêmes catégories et on pourrait en rajouter une, les lecteurs désireux d’alterner romans longs et récits plus courts.

Dans tous les cas, de par le format et l’impossibilité de produire des intrigues échevelées, les romans policiers de ces fascicules s’assimilent bien plus souvent à des romans d’aventures policières, ce qui est le cas avec ladite série en question.

Robert Lacelles est en route pour Paris, accompagné de son fidèle homme de main Oscar Palan quand les lueurs d’un incendie éclairent le ciel. Étant, l’un et l’autre, de braves hommes, ils décident d’aller voir ce qu’il se passe dans ce coin paumé, pour le cas où des personnes seraient en danger. Sur place, la maison est éclairée (par l’incendie, mais également par l’électricité), signe qu’elle est habitée. Aussi, Robert Lacelles pénètre-t-il à l’intérieur pour voir si du monde s’y trouve encore. Il découvre alors un homme mort, un autre penché sur lui un couteau à la main et ce dernier se jette sur lui. Robert se débat, tire, et tue son agresseur, mais un autre coup de feu retentit alors derrière lui.

Je le disais dans ma chronique sur l’épisode précédent, si Claude Ascain n’a jamais brillé par l’excellence de sa plume, parvenant même, parfois, à produire des textes fades, les deux épisodes précédents s’avéraient être bien mieux maîtrisés, plus plaisants à lire, laissant penser que l’auteur s’améliorait en cours d’écriture.

C’est une nouvelle fois confirmé par cet épisode qui est également très plaisant à lire, si tant est que l’on passe sur les défauts inhérents au genre et au format (intrigue faible, personnages peu développés).

D’ailleurs, la seule réticence à la lecture serait le changement de mentalité du lecteur d’aujourd’hui par rapport à celui d’il y a soixante ans, c’est-à-dire son rapport à l’étranger.

Effectivement, il n’est pas rare, à l’époque et même avant, de tomber sur des qualificatifs comme « Nègre », ou autres équivalences en fonction des nationalités et encore s’abstient-on de retenir la mentalité accordée aux ressortissants de pays d’Afrique ou d’Asie.

Ici, le qualificatif de « Macaque » pour désigner un personnage asiatique, pourrait choquer, d’autant plus qu’il vient de la bouche du héros, mais il faut remettre le texte dans son contexte et son époque et se dire que, bienheureusement, les mentalités ont évolué. Ceci dit, on pourrait faire la même remarque sur les juifs dans des textes d’auteurs pourtant devenus cultes depuis comme Georges Simenon (« Pietr le Letton » avec le commissaire Maigret, par exemple).

Mis à part cela, il n’y a pas grand-chose à redire sur le texte. Certes, il ne vole pas haut. Évidemment, la plume est plutôt ordinaire. Bien sûr, les personnages ne sont pas très originaux. Mais force est de constater que l’ensemble est très plaisant à lire, surtout très rapide, notamment grâce au petit jeu du chat et de la souris instauré entre Robert Lacelles et l’inspecteur Jolivet.

Au final, la série s’améliore d’épisode en épisode et l’on est en droit de se demander si, finalement, Henry Musnik n’était pas sous-évalué.