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« L’homme au collier de barbe » est un épisode de la série « Robert Lacelles, gentleman-cambrioleur » dont la première édition, au sein de la collection « Le Petit Roman Policier » aux éditions Ferenczi, en 1939, compte 17 épisodes, tous signés Claude Ascain. 16 des 17 épisodes ont été réédités, au début des années 1950, dans la collection « Mon Roman Policier » chez le même éditeur.

Claude Ascain, de son vrai nom Henry Musnik, est un des piliers de la littérature populaire française, bien que né au Chili en 1895. Il alimenta de son immense production principalement des collections de fascicules 32 pages (voire 48 ou 64 pages). Il écrivit principalement des textes policiers, mais pas que et créa de multiples personnages récurrents, bien souvent inspirés de figures mythiques de la littérature. C’est le cas avec Robert Lacelles qui est un clone d’Arsène Lupin.

Claude Ascain usa de nombreux pseudonymes, dont chacun, au sein d’une même collection, était bien souvent utilisé pour écrire les aventures d’un même personnage. On compte parmi les pseudo les plus utilisés : Pierre Olasso, Alain Martial, Claude Ascain, Pierre Dennys, Jean Daye, Florant Manuel, Gérard Dixe...

Il fut également journaliste sportif, ce qui lui inspira plusieurs titres policiers baignant dans le milieu du sport (généralement des titres signés Jean Daye).

L’HOMME AU COLLIER DE BARBE

L’hostellerie de la « Tourterelle » est un coquet établissement où le calme et les riches clients sont rois.

Pourtant, en ce matin, le propriétaire est sur les dents, un vol a été commis dans la chambre d’un Américain.

C’est l’inspecteur Jolivet qui débarque pour s’occuper de l’enquête et, lorsqu’en épluchant la liste des occupants, il découvre le nom de Robert LACELLES, il est persuadé de connaître le coupable.

Mais, quand un des hôtes est retrouvé assassiné dans les bois environnants, l’affaire prend une tout autre tournure…

Pour rappel, les titres originaux de la série étaient façonnés en fascicules 32 pages ce qui équivalait, bien souvent à des textes d’environ 10 000 mots. Mais les épisodes de « Robert Lacelles » sont un peu plus, à peine plus de 8 500 mots en général. Cette remarque est importante, notamment pour expliquer que ces courts récits ne valent pas pour leur intrigue, souvent très simple, ni pour le développement des personnages, bien succinct. C’est probablement la raison pour laquelle Henry Musnik aimait créer des personnages proches des figures emblématiques de la littérature populaire afin de n’avoir pas à les développer, l’imaginaire du lecteur faisant le reste.

Robert Lacelles n’est donc qu’un ersatz d’Arsène Lupin, bien moins complexe, car l’auteur n’a pas le temps de s’appesantir sur les sentiments, les scrupules... de son personnage.

À me lire, on pourrait croire que j’ai un quelconque ressentiment contre l’auteur puisque je ne cesse de clamer qu’il n’était point un génie, à peine un correct faiseur de textes, que ses personnages étaient pompés sur d’autres, que les intrigues étaient faibles... Et vous auriez raison !

Effectivement, même si j’aime la littérature populaire aussi pour ce qu’elle a de plus simple, il m’arrive, parfois, de me laisser aller à un certain snobisme déplacé. Privilégiant, dans mon esprit, des auteurs plus créateurs, novateurs à la plume plus identifiable, plus étoffée, dont la maîtrise et du genre et du format flirtait avec l’excellence, j’en arrive à dénigrer ceux qui officiaient sans chercher à performer à sortir du lot, mais qui cherchaient juste à faire leur boulot : offrir un agréable moment de lecture.

« Agréable moment de lecture » ne voulant pas forcément dire « Inoubliable moment de lecture ».

Ce serait un peu comme pour un journaliste sportif, dénigrer Christophe Dugarry en comparant son jeu à celui de Zinedine Zidane. (oui, je sais, beaucoup l’ont fait, mais ce n’est pas une raison).

Peut-on... doit-on, comparer le travail de chacun avec l’excellence de certains ? La réponse est bien évidemment « NON ! », mais on a facilement tendance à oublier cette évidence.

Et c’est ce que je fis avec Claude Ascain.

Peut-être parce que j’ai entamé sa production par un personnage fade (Yves Michelot développé sous le pseudonyme Florent Manuel). Peut-être parce qu’il m’arrive, également, d’être intransigeant, intolérant, stupide, tout simplement.

Allez savoir !

Toujours est-il que je tiens à faire un mea culpa à Henry Musnik (dont il ne profitera pas puisqu’il est mort depuis belle lurette).

Car, oui, malgré ma réticence première envers les textes de Musnik que, pour ne pas les descendre en flammes, et, bien que les enchaînant, que je dénigrais régulièrement, sans concession, je dois avouer que mon retour sur la série « Robert Lacelles... » me fait changer d’avis envers l’auteur.

Alors, n’attendez pas de moi que je crie désormais « Au génie ! » Non ! Le statut de l’auteur n’a pas changé. Il était un correct faiseur, il demeure un correct faiseur. C’est juste ma vision du « correct faiseur » qui change.

Pourquoi ? Pour la simple raison qui tient dans la réponse à la question suivante : « Qu’attend-on d’un texte de la littérature populaire ? » : qu’il nous donne du plaisir de lecture. Et si ce plaisir de lecture est présent, même à petite ou moyenne dose, cela suffit pour dire que l’auteur a rempli son office.

J’avais déjà cette démarche envers les films de série B et les « bons faiseurs » du cinéma... pourquoi ne l’avais-je pas envers la littérature ? Pourquoi ne l’avais-je plus ? Une exigence croissante ? Un niveau rehaussé par la découverte d’auteurs aux qualités scripturales plus élevées ?

Je ne sais.

Bon, je ne m’étendrais pas plus sur mon honteux, bien que léger, dédain envers certains auteurs dont Henry Musnik.

Revenons-en à l’épisode :

Robert Lacelles a loué une chambre dans un hôtel de luxe, dans le but de subtiliser les bijoux d’une riche roumaine. Malheureusement, un Américain se plaint que sa chambre ait été fouillée par un voleur.

Il n’en faut pas plus pour l’inspecteur Joliver, l’ennemi juré de Robert Lacelles, pour débarquer. Quand il s’intéresse à la liste des locataires, il remarque le nom de Lacelles. Un vol ! Un voleur ! L’association est vite faite dans la tête du policier. Mais pourquoi, alors, Robert Lacelles serait-il descendu dans l’hôtel sous sa véritable identité ? Lui le roi du grimage ???

La chose est d’autant plus curieuse que très vite un mort est découvert dans les bois et que là, Robert Lacelles n’y est évidemment pour rien (il répugne à la violence).

Et les deux hommes, Lacelles et Jolivet, vont former une sorte d’équipe pour trouver le meurtrier.

Certes, l’intrigue de l’épisode est légère et le style ne sort pas de l’ordinaire (non, non, je ne replonge pas dans mes travers), mais Claude Ascain (puisque c’est sous ce nom que la série est publiée) a le mérite d’user d’humour et d’ironie, notamment dans le jeu du chat et de la souris auquel se livrent les deux personnages. Bien sûr, Robert Lacelles a toujours une longueur d’avance et la plaisanterie est toujours au détriment de Jolivet, mais il faut bien avouer que cette légèreté et ces traits sympathiques font mouche et assurent un bon moment de lecture.

Car, sur un format si court, il n’est vraiment pas évident d’assurer cette tâche et Claude Ascain le fait aisément.

Il me faudra revenir en arrière, sur les premiers textes que j’ai lus de l’auteur, pour voir si mon avis change sur toute sa production ou seulement sur une part.

Au final, les épisodes s’enchaînent et le plaisir est toujours présent, voire, croissant, ce qui est déjà une belle réussite dans ce format.