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Depuis le temps que je vous en parle, il me semble inutile de vous présenter, désormais, J.A. Flanigham, l'excellent auteur de littérature populaire qui sévit entre 1945 et 1959. D'ailleurs, le voudrais-je que j'en serai totalement incapable puisque l'on ne sait toujours pas qui se cachait derrière ce pseudonyme.

La seule chose que nous a laissé l'écrivain est un grand nombres de textes policiers très inspirés du roman noir à l'américaine, disséminés dans diverses collections chez plusieurs éditeurs et faisant vivre, parfois, quelques personnages récurrents.

Parmi ces derniers, on notera Georges Garnier et Bernoux de la série « Les dessous de l'agence Garnier » (6 épisodes), « Dick et Betty, aventuriers modernes » dont il est très difficile d'établir une liste exhaustive des épisodes puisque disséminés au milieu d'autres textes, et la série qui nous intéresse aujourd'hui : « Bill Disley, reporter-détective » la série la plus vaste qui compte un grand nombre d'épisodes (là aussi, difficile d'établir une liste exhausive), édités et réédités dans diverses collections et sous diverses formes allant du fascicule 16 pages au petit roman de 128 pages (soit entre 9000 et 35 000 mots environ).

La réédition numérique s'attache, en priorité, aux textes publiés originellement sous le format fascicule 32 pages (ou 16 pages double colonne) et d'une taille d'environ 10 000 mots.

LA MORT FRAPPE AU TROISIÈME RAPPEL

L’inspecteur Martin est chargé d’une affaire d’État : retrouver des documents secrets volés au domicile d’un diplomate.

La principale suspecte, l’ancienne maîtresse du notable, une actrice de théâtre.

Le policier et son ami, le journaliste Bill DISLEY, se rendent à la représentation de la pièce à succès dont la jeune femme est la vedette, mais lors du troisième rappel un coup de feu éclate…

Bill Disley est un jeune et beau journaliste du « Star Express » un quotidien londonien. Il participe souvent à des enquêtes de son ami l'inspecteur Martin. Celui-ci apprécie et envie la fougue et l'intelligence du journaliste même s'il lui reproche souvent ses actes quelques peu délictueux dont il use pour faire avancer les choses.

Bill Disley est secondé par le grand Jeff, un ancien champion de boxe et pickpocket repenti qui donnerait sa vie pour lui.

Martin, pour une fois fait appel aux services de Bill dans une affaire d'État car il a besoin de quelqu'un pour fouiller discrètement un appartement à la recherche de documents volés. Les lieux étant habités par une jeune actrice de théâtre, les deux hommes, accompagné d'un capitaine de l'Intelligence Service, se rendent à la représentation d'une pièce à succès dont la jeune femme en question est la vedette. Bill, en tant que journaliste, doit l'inviter, après la représentation, à dîner pour l'interviewer, puis la laissé sous un prétexte, en compagnie des deux hommes, pour aller tranquillement fouiller l'appartement.

Seulement, lors des rappels, un coup de feu éclate, l'actrice s'écroule. C'est la cohue, un médecin se presse auprès de la victime, des infirmiers l'embarquent avant que Martin et Bill aient pu approcher... Mais personne n'a l'hopital ni de médecin...

Si on retrouve tous les ingrédients qui font la qualité des textes de J.A. Flanigham en général et de la série « Bill Disley », en particulier (humour, incises, indications scéniques pertinentes, flegme, action...), force est de constater qu'il manque un petit quelque chose pour élever cet épisode à la hauteur des meilleurs de la série. 

Cependant, il est difficile de cerner le manque exact. On pourra mettre en avant que la relation Bill, Jeff, principale source d'humour est très en retrait par rapport à d'autres épisodes, que l'enquête est chapotée, dès le début, par Martin et non par Bill, qui devient presque un personnage secondaire (c'est d'ailleurs Martin qui résoud l'enquête et qui l'explique dans un final d'ordinaire dévoué à Bill), ou que l'intrigue est quelque peu en deça de ce que nous avait habitué l'auteur... Mais ce n'est pourtant pas la première fois que Jeff est sous-utilisé, que l'enquête est lancée par Martin...

Aussi, on se contentera juste du plaisir de lecture qui, même s'il est moindre, demeure toujours à un niveau que très peu d'auteurs de la littérature populaire ont réussi à atteindre à travers d'un texte aussi court (11 000 mots).

Certes, l'histoire ne casse pas trois pattes à un canard, elle tient sur un fil un peu trop usité, mais le style de Flanigham, le flegme et la décontraction de Bill Disley, la rudesse et la fougue de Jeff, emportent comme à chaque fois la timbale.

Et pour une fois, la femme n'a pas le rôle de la mante religieuse, du démon vénéneux même si Flanigham ne peut s'empêcher, à la fin, de la rendre responsable, même indirectement, des turpitudes du coupable.

Au final, pas le meilleur épisode de la série, mais un texte tout de même très agréable à lire et bien au-dessus, en qualité, de la plupart de la prose de la littérature populaire...