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Fred Kassak fait partie de ces nombreux auteurs que je ne connaissais, jusqu’alors, que par l’intermédiaire d’adaptation cinématographique d’un de leurs romans.

Il était temps à quelques jours du premier anniversaire de sa mort (le 12 avril 2018) de faire la connaissance de cet écrivain.

« L’assassin connaît la musique », tel est le nom du film adapté du roman dont il est question aujourd’hui.

Film de 1963, réalisé par Pierre Chenal, au scénario écrit par Fred Kassak lui-même, d’après son roman.

Je me souviens (oui, cela ne fait pas si longtemps que ça que j’ai vu ce film, seulement quelques années), de la présence de Paul Meurisse dans le rôle principal et de Noël Roquevert, dans un rôle secondaire.

Après renseignements, j’avais déjà fait la connaissance de Fred Kassak par l’intermédiaire d’autres adaptations cinéma ou télé (coauteur du premier épisode de la série « Les 5 dernières minutes et auteur de biens d’autres, auteur du roman “Bonne vie et meurtres” adapté au cinéma sous le titre “Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais... elle cause !”, du roman “voulez-vous tuer avec moi ?” adapté sous le titre “Comment réussir quand on est con et pleurnichard ?”... et d’autres).

Une chaumière et un meurtre :

Bien sûr, Agnès n’est pas vraiment futée. Disons-le carrément, elle est idiote. Mais elle possède un trésor qui supplée largement l’anémie de ses méninges : un pavillon vaste, calme, entouré d’un grand jardin, dans une banlieue résidentielle. Bref, un lieu paradisiaque pour qui est cloîtré dans un appartement sur cour au cœur de la capitale et subit en permanence un enfer sonore : plomberie-zinguerie le jour, surboums estudiantines la nuit. De quoi perdre la tête... Alors qu’il serait si simple d’épouser la bienheureuse Agnès et d’investir son havre de paix. Quitte, pour y parvenir, à éliminer la concurrence...

Lionel est égyptologue. Après avoir travaillé pendant des années avec bonheur en Égypte, il est contraint par l’arrivée au pouvoir du Colonel Nasser, de quitter le pays.

Il arrive en France, à Paris, avec une adolescente. Il visite un bel appartement, l’un des rares qui soient disponibles, et il le loue. Mais voilà, la visite s’était passé un dimanche, et le lundi, il se rend compte qu’une entreprise de plomberie-zingueur est installée dans la cour en bas de sa fenêtre, que les Halles sont proches et les exhalaisons putrides nombreuses et, qu’en plus, la rue est très fréquentée, dès les premières heures du jour, par les camions.

Seulement, Lionel Fribourg a besoin de calme pour écrire un ouvrage sur l’égyptologie devant lui permettre d’appuyer sa candidature à une chaire au collège de France.

Aussi, quand par hasard, il fait la connaissance d’une jeune femme seule, possédant un pavillon en banlieue, Lionel se voit déjà rédiger son œuvre dans ses murs et va tout faire pour charmer la dame un peu naïve. Mais il va devoir se battre pour obtenir le calme qu’il convoite...

Fred Kassak nous propose ici une farce sociétalo-policière, mettant le doigt avant l’heure sur les tragédies provoquées par la pollution de nos villes, pollutions sonore, olfactive et autres, mais également sur les conflits de générations et d’autres sujets du genre.

Pour ce faire, il met en place un roman polyphonique offrant alternativement la parole aux deux principaux personnages de l’histoire, Lionel Fribourg, l’égyptologue et Agnès Duvillard, la jeune femme. Le lecteur a donc le droit aux réflexions cyniques et froides de Lionel et à celles, candides et indécises d’Agnès.

Lui, à travers Agnès, ne voit que le calme de son pavillon.

Elle, à travers Lionel, voit le réconfort et la fierté d’avoir un homme intelligent à ses côtés.

Ces deux personnages, guidés l’un vers l’autre pour d’autres raisons que l’unique amour, auraient pu finir par vivre ensemble, mais voilà, tout ne va pas se dérouler selon les plans de l’un ou de l’autre.

Chacun sera perturbé par une tierce personne.

Lionel par le père d’Agnès, un retraité qui passe ses journées à joueur du marteau pour fabriquer des maquettes de bateaux et qui désire emménager chez sa fille.

Agnès par l’arrivée d’un charmant cousin un peu volage.

Si Fred Kassak manie agréablement la plume et si le roman bénéficie d’une bonne presse, je dois avouer qu’il ne m’a pas complètement emballé sans jamais me rebuter pour autant.

Avec une intrigue policière trop gentille pour me conquérir sur cet aspect et un humour, là aussi, trop gentil, pour me capter par sa jovialité, ce roman de Fred Kassak s’est toujours contenté de naviguer entre deux eaux tièdes.

Je me suis donc contenté de gentiment lire un gentil roman, sans jamais totalement me faire suer, mais sans jamais, également, m’emballer.

La faute en partie à la naïveté de l’histoire, à son manque de profondeur ou à son manque de cruauté, même si meurtres il y a.

La faute également à une plume qui, sans jamais être rébarbative, n’est jamais, non plus, exaltante.

La faute, probablement, à des personnages auxquels on a du mal à s’attacher, tant Lionel pour son « mariage d’intérêt » qu’Agnès pour sa « relation par défaut ». Mais également ceux de la fille, ou du cousin qui n’offrent aucune qualité ou aucun défaut qui les rendraient attachants.

Et c’est parce qu’on fini par ne pas se soucier (quand je dis « on », veuillez entendre « je », car tout cela n’est que mon avis) des personnages et de ce qui va leur arriver, qu’on n’obtient pas le plaisir de lecture escompter.

Au final, « Une chaumière et un meurtre » est un gentil roman, gentiment drôle, gentiment méchant, gentiment cynique écrit, probablement, par un gentil auteur et qui offre un gentil moment de lecture qui a bien failli faire gentiment suer...