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« La vengeance d’Harry-le-Tendre » est un épisode de la série « Bill Disley » signée de la plume de l’énigmatique auteur J.A. Flanigham.

De l’auteur, on ne sait pas grand-chose si ce n’est que derrière ce nom aux consonances anglo-saxonnes se cache un écrivain français qui a pour autre pseudonyme Raymond Gauthier, que celui-ci a œuvré dans la littérature populaire entre 1946 et 1959, qu’il a principalement écrit pour le genre policier, qu’il était influencé par le roman noir à l’américaine et qu’en plus des nombreux titres individuels, il a écrit trois séries policières : « Les dessous de l’agence Garnier » une série de 6 titres d’environ 23 000 mots chacun ; « Dick et Betty, aventuriers modernes », une série dont il est difficile d’établir une liste de titres exhaustive, mais qui en compte au moins 5 ; et « Bill Disley », sa série la plus longue dont certains textes ont été réédités sous des titres différents dans des collections différentes. Cette série est d’ailleurs décomposable en deux sous-séries : « Les aventures de Bill Disley » et « Les nouvelles aventures de Bill Disley », avec des textes, d’un côté, formatés en fascicules 16, 32 ou 48 pages, et de l’autre en récits de 128 pages. Mais il faut avouer que l’ensemble est assez foutraque et, qu’au final, il est bien difficile de s’y retrouver et de lister parfaitement cette ou ces séries.

D’autant que souvent, dans leurs premières éditions, les titres sont mélangés avec d’autres au sein d’une même collection (que ce soit aux éditions Moulin Vert ou aux éditions Lutèce au sein de la collection « Police-Roman ».

LES EXPLOITS D’HARRY-LE-TENDRE

Les exploits d’Harry-le-Tendre, un Robin des bois moderne, volant à ceux qui s’enrichissent malhonnêtement pour donner à des associations, retentissent dans toute la presse londonienne.

Bill DISLEY, le célèbre reporter du « Star Express » est mis à contribution par Scotland Yard pour prévenir les autorités dès qu’un message à destination des quotidiens émane du « justicier »…

Mais le journaliste pense savoir qui se cache derrière l’ennemi n° 1 pour lequel il voue une certaine sympathie.

Et quand le redresseur de torts envisage de s’attaquer à un industriel sans vergogne et sans morale, Bill DISLEY décide de ne pas intervenir et d’assister en spectateur à la vengeance d’Harry-le-Tendre…

L’inspecteur Martin, de Scotland Yard, et son chef, Mac Pharson, débarque au siège du « Star Express » afin de demander au reporter Bill Disley, de les aider à arrêter Harry-le-Tendre, un voleur, maître chanteur qui défie les chroniques judiciaires londoniennes depuis quelques semaines. Mais le malfaiteur ne s’en prend qu’à des hommes riches et malhonnêtes et, en plus, il reverse le produit de ses larcins à des œuvres de charité.

Son côté « Justicier au grand cœur » suffirait à rendre le bonhomme sympathique aux yeux du journaliste, mais quand ce dernier pense savoir qui se cache derrière le Robin des bois moderne et qu’en plus, cette personne compte parmi les amis du journaliste, autant dire que Bill Disley se retrouve un peu le cul entre deux chaises entre son devoir et son ami l’inspecteur Martin et sa sympathie pour la démarche d’un non moins ami.

Aussi, le reporter décide donc de botter en touche et de rester spectateur de la lutte entre les autorités et le malfaiteur. Mais Bill Disley, même quand il décide de ne pas s’en mêler, finit toujours par s’en mêler.

Formaté, à la base, en fascicule 48 pages, ce court récit qui comporte à peine plus de 12 000 mots, nous raconte les aventures d’un Robin des bois moderne aux méthodes pourtant peu orthodoxes puisqu’au vol, il ajoute le chantage, l’extortion... Mais comme il ne s’attaque qu’à des ordures, l’honneur est sauf... sauf pour Scotland Yard qui est la risée de la population qui a pris fait et cause pour le justicier.

12 000 mots, autant dire que l’intrigue ne pourra se permettre de voler très haut et on le sait avant d’entamer une telle lecture. Mais, l’avantage avec J.A. Flanigham, est que l’on sait que l’auteur maîtrisait parfaitement ce format court, qu’il en tirait plus qu’aucun confrère, en proposant à la fois des histoires correctes, des personnages attachants et un style agréable et identifiable. Je mettrais une nouvelle fois en avant l’art des incises et indications scéniques, car c’est vraiment là qu’excellait J.A. Flanigham et si c’est une science que boudent souvent les auteurs modernes, elle a le double avantage de rythmer un récit en le rendant foisonnant de détails sur la psychologie des personnages et ce en ne monopolisant que peu d’espace. 

Beaucoup de détails, peu de mots, vous comprenez aisément que la méthode est en parfaite adéquation avec le format fasciculaire et c’est ce qui donne, à chaque fois, à la lecture d’un texte de J.A. Flanigham, l’impression de se retrouver face à un texte bien plus ample qu’il n’est réellement tant on a jamais la sensation que l’auteur a été obligé de sacrifier le développement de son intrigue ou celui de ses personnages pour rester dans le cadre contraignant du format court.

Si le talent de J.A. Flanigham s’arrêtait là, ce serait déjà beaucoup, mais, en plus, l’auteur savait développer des personnages sympathiques et attachants, et ce bien que ses ambiances et personnages secondaires soient souvent d’une noirceur extrême [dû à l’influence du roman noir à l’américaine].

Car, excepté ses héros, les personnages de Flanigham sont toujours extérieurement beaux et intérieurement putrides. L’homme est malhonnête, concupiscent, lâche, fourbe... et la femme vénale, vénéneuse, machiavélique, diabolique...

Dans « La vengeance d’Harry-le-Tendre » pour une fois, pas de personnage féminin vénéneux [c’est assez rare pour le noter], pour la bonne raison que presque pas de personnage féminin. On exceptera la présence rapide d’une jeune femme, l’unique du roman, mais à qui, quand même, on pourra reprocher d’être à l’origine des noirceurs du récit, même involontairement. Mais on est là bien loin de l’image déplorable que l’auteur fait de la femme en général.

Cependant, la noirceur demeure présente et même le personnage pourtant si sympathique d’Harry-le-Tendre auquel Bill Disley s’attache au début et tout le long du récit, finira par décevoir notre héros par son fatalisme et sa noirceur.

L’être humain n’a plus foi en l’humanité, telle est la conclusion à la lecture des divers textes de J.A. Flanigham et on reconnaît là une philosophie qui a beaucoup sévi dans le polar des années 50, en Amérique, mais aussi, par son influence, partout ailleurs.

On pourra reprocher à cet épisode la très faible présence de Jeff, l’ancien boxeur et pickpocket ami fidèle de Bill Disley, personnage souvent à l’origine des moments drôles ou des moments d’actions. Car c’est souvent par les dialogues entre les deux hommes que l’auteur apporte des touches légères à ses récits.

Au final, malgré la quasi-absence de Jeff, J.A. Flanigham nous livre là un récit dans la veine des autres épisodes de la série. Si certains sont excellents, aucun n’est mauvais, car les pires sont déjà très bons.