CouvALDLA

« Aux limites de l’angoisse » est un texte de l’énigmatique J.A. Flanigham publié dans la collection « Police et Mystère » 2e série des Éditions Ferenczi au premier trimestre 1957, sous un format fasciculaire de 64 pages équivalant à un texte d’environ 20 000 mots.

Je ne reviendrai pas sur l’auteur dont on ne connaît rien si ce n’est un autre de ses pseudo (nul doute que Flanigham ne soit déjà un pseudo), Raymon Gauthier et qu’il sévit entre 1946 et 1959 dans différentes collections aux éditions du Moulin Vert, Lutèce et Ferenczi, entre autres.

Il livra principalement de courts romans policiers dans des tailles allant de 9 000 à 20 000 mots, mais également quelques romans plus longs qu’il me reste à découvrir.

J.A. Flanigham est l’auteur d’au moins trois séries policières : « Bill Disley », « Dick et Betty » et « Les dessous de l’agence Garnier ».

« Aux limites de l’angoisse » est un roman indépendant dans la veine de ceux qu’écrivait l’auteur.

AUX LIMITES DE L’ANGOISSE

Pierre Nardier, un petit employé sans histoire, n’a d’autre plaisir que celui de taquiner le goujon, la nuit, dans les cours d’eau environnants.

En revenant d’une pêche nocturne à l’écrevisse, il aperçoit, dans l’obscurité, une forme, sur la route proche, prise dans les phares d’une voiture lui fonçant dessus.

Un hurlement, la forme se jette sur le bas-côté, Pierre accourt… et découvre une mystérieuse jeune femme évanouie.

Jamais Pierre ne se serait douté, à ce moment-là, en la ramenant chez lui, qu’il allait plonger dans un cauchemar indéfinissable peuplé de violences et de sang…

Pierre est donc un jeune homme sans histoire qui n’a pour seul plaisir la pêche qu’il pratique de manière générale la nuit ou au petit jour.

Cette nuit-là, alors qu’il revient de la chasse à l’écrevisse, il aperçoit une forme, sur la route proche, prise dans les phares d’une voiture lui fonçant dessus sans qu’elle ne bouge, à l’image d’un lapin dans les mêmes conditions.

Pierre hurle, ce qui semble faire réagir la forme qui évite de justesse la voiture en se jetant sur le bas-côté.

Pierre approche, découvre une belle jeune femme évanouie.

Quand elle se réveille, jette son regard dans le sien, il le sait, il se retrouve pris dans un piège, qu’il ne pense n’être que celui de l’amour sans se douter que le jeu est bien plus dangereux que cela.

D’autant qu’en la ramenant chez lui, elle lui raconte qu’elle s’était rendue chez son tuteur, un scientifique qui venait de mettre au point un engrais révolutionnaire permettant de rendre n’importe quelle terre fertile, pour lui rendre visite et qu’elle était tombée sur son cadavre. Qu’elle s’était enfuie en entendant des bruits et qu’on l’avait poursuivi en voiture...

Il y a plusieurs choses de récurrentes et d’agaçantes chez J.A. Flanigham. Bien souvent, les unes sont les autres et inversement.

Tout d’abord, son style, sa maîtrise des incises et des indications scéniques que j’ai moult fois loués par le passé. Cette plume qui a l’art de rendre chaque texte, chaque situation, chaque histoire désabusée, vénéneuse, à l’image des femmes qui les peuplent.

Ensuite, les femmes... toutes belles... mais menteuses, vénales, machiavéliques, envoûtantes, et là aussi vénéneuses (« vénéneux » est vraiment le terme qui sied le mieux aux histoires que nous conte J.A. Flanigham).

Enfin, l’ambiance désabusée, sombre, désenchantée, résignée et, là encore, vénéneuse, mais, surtout, envoûtante, là encore.

Car, on a beau se dire, en lisant J.A. Flanigham, qu’il nous ressasse un peu toujours les mêmes histoires avec les mêmes personnages, on se retrouve, chaque fois, comme un lapin prit dans les phares d’une voiture : hypnotisé face à une fin inéluctable. La mort du lapin, la lecture jusqu’au point final du lecteur.

J.A. Flanigham a l’art de rendre la moindre scène intense, les ambiances lourdes et palpables, la lecture inéluctable.

Et ce, quel que soit son texte. La preuve en est avec « Aux limites de l’angoisse » qui n’est ni son meilleur roman, ni son plus original, ni le plus drôle (peu sont drôles), ni le plus attachant ou le plus intense et, du coup, est loin d’être le meilleur de sa production.

Et, pourtant, encore une fois, le charme opère. Il opère malgré des personnages aussi agaçants que peuvent l’être leurs réactions. Il opère bien que ces personnages ne soient pas originaux, chez Flanigham, ni dans leur être, ni dans leurs réactions. Il opère même quand l’histoire est en deçà de ce que l’auteur peut proposer. Il opère alors que l’on sait par avance que la femme aura le mauvais rôle et qu’elle sera la source de tous les malheurs, celle capable de pervertir l’homme le plus honnête du monde, car l’homme est naïf et faible... surtout face à une belle femme.

Et c’est ce qui est agaçant chez Flanigham, c’est que, tels les hommes de ses histoires face à une belle femme, le lecteur sait au fond de lui ce qui l’attend, mais, pourtant, il plonge quand même, hypnotisé par le charme vénéneux de ce sur quoi il pose les yeux.

Alors, oui, « Aux limites de l’angoisse » n’est pas son meilleur roman.

Oui, « Aux limites de l’angoisse » ne propose pas les personnages les plus attachants.

Oui, l’intrigue de « Aux limites de l’angoisse » n’est pas la plus exaltante.

Oui, le lecteur sait bien que les femmes de « Aux limites de l’angoisse » ne sont pas ce qu’elles semblent paraître et qu’elles vont toutes se jouer du héros naïf.

Oui, on sait tout ça à l’avance en plongeant les yeux dans le roman tout comme Pierre sait en plongeant ses yeux dans ceux de cette mystérieuse jeune femme que, malgré l’amour qu’elle clame, elle va se jouer de lui, lui mentir, le pervertir, le mettre en danger.

Mais oui, tout comme Pierre, le lecteur ne peut résister même s’il sait que les promesses sont trop belles pour être tenues, à continuer l’aventure et à aller jusqu’au bout malgré tous les risques que cela comporte.

Au final, J.A. Flanigham est agaçant, car même en livrant un roman moyen, il parvient à charmer le lecteur et a faire passer les couleuvres les plus grosses. Mais n’est-ce pas ce qui s’appelle avoir du talent ?