MJ8

« Les cinq feux de la nuit » est la 8e aventure de Marc Jordan, le célèbre détective français né d’une plume inconnue en 1907 pour concurrencer le succès de la Série Nick Carter, provenant des É.-U. et dont les traductions venaient d’inonder l’Europe par l’intermédiaire des éditions Eichler qui en avaient acheté les droits.

Les aventures de Marc Jordan furent publiées par les éditions Ferenczi qui firent là leur première incursion dans le monde de la littérature populaire policière et littérature populaire fasciculaire en même temps avant d’en devenir l’un des plus puissants représentants en France.

Difficile, voire impossible, de mettre un ou plusieurs noms sur le ou les auteurs de cette série même si certains y voient la plume de Jules de Gastyne (à qui on a attribué, parfois à tort, la paternité de bien des textes).

La série Marc Jordan est donc très inspirée, dans sa construction, sa narration, ses intrigues, son style privilégiant l’aventure et l’action au mystère et à la réflexion, ainsi que dans son format (fascicule 32 pages, double colonne, des textes voisinant les 20 000 mots), de celle des Nick Carter.

LES CINQ FEUX DE LA NUIT

Alors que le célèbre détective Marc JORDAN parcourt la lande bretonne à la poursuite de Pépita la Rouge, son ennemie jurée, il est témoin de la découverte du corps sans vie d’un douanier.

Celui-ci, selon les pêcheurs qui l’ont trouvé, a été victime des loutounes, sorte d’esprits maléfiques qui hanteraient la région.

Or, Marc JORDAN est persuadé que tous les phénomènes mystérieux – cris affolants, feux follets – se déroulant la nuit sur la côte des environs sont des manigances pour effrayer et éloigner les autochtones et laisser terrain libre à une terrible bande de malfaiteurs.

Il se fait fort de la mettre hors d’état de nuire. Mais à quel prix ?

Pépita la Rouge s’est encore échappée alors que Marc Jordan pensait bien lui mettre la main dessus au château de Gala, en Bretagne.

Bien décidé à poursuivre ses recherches, il décide de parcourir la région avec le docteur Jarris pour seul compagnon, revoyant ses hommes à Paris.

Alors qu’il erre dans la lande bretonne, il aperçoit un attroupement de pêcheurs autour du corps sans vie d’un douanier. Les pêcheurs en sont certains, la mort est à attribuer aux loutounes, des sortes de korrigans qui hantent la lande la nuit, poussant des cris, toujours par cinq avant que la nuit ne s’enflamme de cinq feux étranges.

Marc Jordan, esprit cartésien, voit dans ces évènements plutôt la patte une bande de brigands qui cherchent à effrayer les pêcheurs pour les empêcher de venir les gêner dans leurs magouilles.

Aussi, décide-t-il de se lancer sur la trace de ces malfaisants, d’autant qu’il les soupçonne d’être à la solde de Pépita la Rouge.

La chasse à Pépita et au comte Cazalès se poursuit donc d’épisode en épisode tout comme Nick Carter pouvait chasser le Docteur Quartz et sa partenaire sur plusieurs fascicules.

De la même façon, chaque fascicule contient alors une histoire qui peut sembler indépendante, mais dont l’intrigue sous-jacente se poursuivra dans le fascicule suivant (les scénaristes des séries télévisées actuelles n’ont rien inventé en la matière).

Le récit est à nouveau mené sans temps morts, contient son lot habituel d’actions, de dangers et de rebondissements tout en offrant une fin ouverte sur le récit suivant.

Autant dire que si on a apprécié les épisodes précédents on apprécie tout autant celui-ci et inversement, tant il contient les mêmes qualités et les mêmes défauts.

Une œuvre qui est donc très fortement à rapprocher de celle des aventures de Nick Carter, tant dans l’esprit, la construction, la narration, les intrigues, les personnages et l’édition, avec, cependant, pour atout principal, de ne pas pâtir des traductions parfois à l’emporte-pièce de son homologue américain.

Il faut bien avouer que, sans être de la haute littérature (et cela n’en a pas la prétention ni les moyens), les aventures de Marc Jordan, jusqu’ici, se lisent avec un réel plaisir de par la concision des textes (20 000 mots par épisode) qui n’est pas propice aux temps morts, à des présentations de personnages développées (bien souvent en chapitre) comme c’était à la mode à l’époque, ni eux atermoiements et autres digressions qui, pour étoffer un texte, en ralentissait le rythme quand, en plus, ils ne devenaient pas rébarbatifs.

En clair, on peut lire les aventures de Marc Jordan comme on regarderait désormais un bon film d’action de série B, pour se trouver devant une histoire rythmée, sans temps morts, sans prise de tête, idéale pour combler un petit moment de façon fort sympathique.

Au final, un épisode dans la veine des précédents, ni pire ni meilleur, et qui assure deux heures d’une lecture agréable, sans ennui et sans avoir besoin de trop réfléchir.