MJ9

Poursuivons les aventures de Marc Jordan, le célèbre détective, avec ce 9e épisode, « L’île de la Sorcière », qui fait suite directe au précédent, « Les cinq feux de la nuit ».

Pour remettre la série dans son contexte, il me faut préciser que celle-ci naquit en 1907, de la plume d’un auteur inconnu, pour surfer sur le succès de la série américaine « Nick Carter », dont les traductions inondaient le pays depuis quelques mois.

« Marc Jordan » fut l’occasion pour les éditions Ferenczi, de leur première incursion dans le monde de la littérature policière et dans la littérature fasciculaire.

En effet, pour singer, tant dans le genre, le récit, la narration, que dans le format, la série « Marc Jordan », tout comme son homologue d’outre-Atlantique, fut éditée en fascicules de 32 pages, double colonne pour héberger des épisodes d’environ 20 000 mots.

Marc Jordan n’est donc que la réponse française à Nick Carter dont la principale différence réside dans les noms des lieux et des personnages (le côté franchouillard a même été exacerbé dans les noms des lieutenants du détective : Fil-en-Quatre, l’Assommeur, Langingeole dit l’Andouille, Ferréol, Léonnec.).

La série se compose d’un peu plus de soixante épisodes, soit beaucoup moins que Nick Carter qui en vécut plus de mille.

L’ÎLE DE LA SORCIÈRE

À la suite de sa bataille perdue contre la bande de la terrible Pépita la Rouge, le détective Marc JORDAN apprend que son ami, le docteur Jarris, a disparu après avoir reçu un message censé émaner de sa personne lui mandant son aide dans la lande avoisinante.

Marc JORDAN voit dans cette fourberie l’ombre de son ennemie et conclut que le captif se trouve sur l’île de la Sorcière, un récif servant de planque aux brigands qu’il pourchassait.

Il va alors s’empresser d’organiser l’assaut de l’îlot sans se douter de la déconvenue qui l’attend…

Bien que Marc Jordan soit parvenu à arrêter une bonne partie de la bande des brigands qui faisaient régner la terreur sur les côtes Bretonnes, leur chef, la terrible Pépita la Rouge, acolyte du non moins terrible comte de Cazalès, est parvenue à s’échapper au nez et à la barbe du détective, ce qui devient une habitude désormais.

Quand Marc Jordan rentre à l’hôtel, c’est pour apprendre que son ami le Docteur Jarris en est parti après avoir reçu un message. Le détective découvre le message et s’aperçoit que celui-ci semble parfaitement émaner de sa plume, tant dans les termes secrets qu’il emploie que dans l’aspect graphique de son écriture.

Tant de ruse et de fourberie ne pouvant provenir que de Pépita, Marc Jordan se doute alors que celle-ci détient son ami sur l’île de la Sorcière, île sur laquelle des complices de la femme avaient tenté de l’emmener après l’avoir fait captif.

Il décide alors de se déguiser en pêcheur pour approcher l’île discrètement et se trouve convaincu que Pépita la Rouge s’y cache et donc que Jarris doit y être également.

Il va alors faire appel aux pêcheurs du coin et à ses hommes pour cerner l’île et enfin capturer Pépita la Rouge, mais il est loin de se douter de ce qui l’attend sur place...

Aventures, encore et toujours avec cette suite directe du précédent épisode qui terminait sur le rebondissement de la disparition du docteur Jarris.

Marc Jordan s’en veut d’avoir accepté que son ami prenne part à l’aventure, d’autant plus qu’il est persuadé que celui-ci aime toujours la jeune femme qui fût sa maîtresse autrefois et qu’il ne saura lui résister longtemps.

L’épisode qui s’étale sur 18 500 mots se compose en deux parties distinctes, la première contant l’action du détective et la seconde que je laisse le plaisir aux lecteurs de découvrir.

Pas grand-chose à dire de plus sur cet épisode que je n’ai dit sur les précédents tant la recette reste la même, avec ces incessantes courses-poursuites entre le bon et le méchant et les différents rebondissements qui font que quand l’un est à la merci de l’autre, il parvient toujours à s’échapper.

Pour autant, si ce n’est ce côté quelque peu répétitif dont on se demande si ce que la série gagne en usant d’un ennemi récurrent, elle ne le perd pas par un manque de foisonnement, de changements, l’ensemble reste très plaisant à lire, mais on se doute déjà que la lecture risque, à terme, d’être lassante si ce jeu du chat et de la souris perdure, surtout si chacun alterne les rôles.

On peut donc souhaiter que le détective ne tarde pas à mettre la main sur Pépita la Rouge et le comte de Cazalès afin qu’il change d’ennemi, même si cela ne semble pas au programme tout de suite.

Au final, un épisode plaisant à lire, et dont les deux parties distinctes offrent une légère alternative à la linéarité habituelle de la narration.