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« Quand Don Camillo rencontre San Antonio », voilà une des critiques que vous pourrez lire sur cet ouvrage et sur la série (4 tomes jusqu’à présent) écrite par Sébastien Mousse alias Stanislas Petrosky...

Sébastien Mousse, je viens de me rendre compte que je connaissais déjà un peu son univers avant même de découvrir sa plume.

Effectivement, c’est en préparant cette chronique (car, oui, je prépare mes chroniques, ne t’en déplaise, déjà, rien qu’en lisant l’ouvrage dont je parle, ce qui n’est pas rien...) que j’ai découvert que Sébastien Mousse avait été thanatopracteur, ce qui n’était pas sans me rappeler un héros de série de romans dont chaque tome est écrit par un auteur différent : L’Embaumeur...

Et mon intuition était bonne puisque c’est Sébastien Mousse qui créa le personnage de Luc Mandoline, le fameux « Embaumeur » en décidant, tout comme J. B. Pouy avec « Le Poulpe », de refiler le bébé à d’autres auteurs, mais là, sans y laisser l’empreinte de sa plume pour ouvrir les hostilités.

Après quelques romans, Sébastien Mousse signe lui-même une autre série de romans autour d’un personnage récurrent : « Requiem ».

Requiem est le surnom de Estéban Lehydeux, un prêtre exorciste bien particulier...

Je m’appelle Requiem et je t’... :

Moi, vous ne me connaissez pas encore, mais ça ne va pas tarder. Je m’appelle Estéban Lehydeux, mais je suis plus connu sous le nom de Requiem. Je suis curé, ça vous en bouche un coin ? Oubliez tout ce que vous savez sur les prêtres classiques, je n’ai rien à voir avec eux, d’autant que j’ai un truc en plus : je suis exorciste. Je chasse les démons. Bon pas tous, parce que je dois d’abord gérer les miens, surtout quand ils font du 95 D, qu’ils dandinent du prose et qu’ils ont des yeux de biche. Chasser le diable et ses comparses n’est pas de tout repos, je ne vous raconte pas. Enfin si, dans ce livre. Ah, un dernier détail : Dieu pardonne, moi pas.

« Quand Don Camillo croise San Antonio... »

Si à la lecture de cet ouvrage on ressent bien la référence à San Antonio (trop), il n’y a par contre pas grand-chose à rapprocher de Don Camillo si ce n’est juste le statut de Curé des deux personnages...

Estéban Lehydeux est contacté par une jeune femme qui gagne sa vie en s’exhibant sur le net et qui vient d’être contactée, via Internet, par un mystérieux individu afin de tourner un film porno avec des enfants contre une importante somme d’argent.

Requiem, appelons-le ainsi, n’ayant pas beaucoup de démons (dans le sens étymologique du terme) à combattre, se lance plus facilement dans la chasse aux salauds de tous genres, surtout quand ceux-ci sont des détraqués capables de faire du mal à des enfants.

Aussi, va-t-il faire la chasse aux pédophiles et pour cela, payer de sa personne dans tous les sens du terme...

Estéban Lehydeux est un prêtre pas comme les autres. D’abord, parce qu’il est exorciste. Ensuite, parce qu’il a de prêtre plus la bite que l’habit, pour faire un jeu de mots graveleux bien dans l’esprit de l’ouvrage.

Et c’est bien là que le bât blesse à mon sens. Non pas que l’ouvrage soit graveleux, après tout, le terme est sûrement trop appuyé et pourrait laisser craindre, de ma part, un esprit d’une pruderie excessive, mais que le personnage de Requiem est poussé à l’excès.

Car, finalement, rien ne différencie, dans cet ouvrage (peut-être ne sera-ce pas le cas dans les suivants, Dieu, l’auteur et les lecteurs seuls le savent) Requiem d’un quelconque justicier usuel. L’homme boit, fume, baise, conduit une voiture de sport, possède un Désert Eagle, insulte, frappe, flingue, blasphème, concupisce (oui, je sais le verbe n’existe pas, mais je m’en fous), et s’il ne portait pas, de temps en temps, la soutane pour faire quelques prêches, rien n’indiquerait sa profession de foi.

Et, s’il ne fait nul doute que l’auteur a voulu créer un personnage original à travers ce curé qui transgresse toutes les règles de la religion, à pousser le curseur jusqu’à l’extrême, Requiem finit par devenir, en fait, un héros comme on en a déjà tant rencontré dans la littérature policière (trop), le héros séducteur, sans peur, indestructible, rabelaisien par excellence. 

Du coup, en faire un curé n’apporte pas une réelle plus-value, à part quelques invectives à Dieu qui parsèment le texte parmi de nombreuses interpellations du lecteur tentant de donner à l’ensemble une fausse irrévérence.

Un personnage un peu plus orthodoxe en la matière, qui se verrait contraint, par devoir, d’enfreindre les lois divines, aurait probablement apporté un intérêt plus profond. Certes, moins drôle, peut-être, en tout cas, qui aurait demandé plus de travail pour être drôle, mais qui l’aurait rendu plus touchant et plus crédible de par la dichotomie qui lui vrillerait les tripes et l’esprit.

Là, on a l’impression que l’auteur a sombré dans la facilité, car il est plus aisé de faire rire avec un personnage outrancier qu’avec un héros torturé.

L’autre gros défaut qui plombe le roman, c’est la référence excessive à San Antonio.

Certes, on sent que l’auteur connaît l’œuvre de Frédéric Dard et de son fils Patrice, et qu’il s’amuse à faire du « San Antonio », mais, c’est plus à une sorte de pastiche que de référence auquel le lecteur est confronté.

Et, lire un pastiche de San Antonio, c’est comme écouter une reprise de Jacques Brel (z'avez vu mes références éclectiques ???) par quelque chanteur que cela soit : ce sera toujours beaucoup moins bien que l’original et, finalement, très décevant.

Et c’est le cas ici. Car Stanislas Petrosky reprend le « Guide du Petit San Antonio pour les nuls » point par point : narration à la première personne, humour, jeu de mots sur les noms, nombreux apartés, invective du lecteur, truculence...

Il ajoute même les annotations et notes de bas de page si chères à Frédéric Dard et même une fausse maussaderie quant à son statut d’écrivain populaire. Là où Frédéric Dard, après une phrase très bien tournée, s’annonçait prêt pour le prix Goncourt, Stanislas Petrosky, lui, suite à une phrase correcte se propose pour le prix Renaudot. Le temps évolue, pas forcément les plumes...

Mais, le seul point qu’il oublie (et ce n’est pas de sa faute, au final), c’est le génie !!! Génie de la réinvention d’une langue que peu d’auteurs sont susceptibles d’avoir. Mais on ne peut pas le reprocher à Stanislas Petrosky, ce serait comme reprocher à 99.99999999999 % des gens de se mesurer sur le 100 mètres à Usain Bolt ou sur un terrain de foot face à Lionel Messi... ou de chanter du Jacques Brel. Mission impossible, donc.

Car bien nombreux sont ceux qui pensent que faire du Dard est une chose facile. Qu’il suffit d’user de truculence et d’argot et que c’est le jackpot. Hé bien, non ! Pas du tout, bien au contraire.

La recette de Frédéric Dard était bien plus complexe que le mélange de ces deux seuls ingrédients. S’il est bien difficile d’identifier toutes les strates de la plume de Dard, on pourra en tout cas en signaler une importante : l’inventivité !

Car il est beaucoup plus difficile d’être un précurseur qu’un repreneur, la raison pour laquelle les seconds (dont je fais partie) sont plus nombreux que les premiers.

Enfin, le dernier point faible demeure le scénario. Certes, ce genre d’ouvrage s’appuie ordinairement plus sur la verve, le personnage central et l’ambiance plus que sur l’intrigue (et je sais de quoi je parle). Pour autant, il est dommage de négliger ce pan du roman, ce que l’auteur a semble-t-il fait. Pour rappel, Frédéric Dard, à quelques exceptions près, que l’on pardonnera vu le nombre d’ouvrages qu’il a écrit, négligeait rarement cet aspect de ses livres. Et si de tout temps, l’écrivain, quel qu’il soit, s’appuie (parfois en l’énonçant) sur le fait que le hasard est le meilleur ami du policier, point trop n’en faut.

Ici, ces deux aspects sont à mon sens trop présents. Une intrigue faiblarde avec des méchants présentés comme de féroces ennemis et qui s’avèrent, finalement, si peu organisés, si peu nombreux et si peu résistants et un hasard un peu trop à l’avantage du héros qui lui permet d’identifier les salauds et de remonter la chaîne un peu trop facilement (sans compter le final)...

Alors, certes, les défauts ainsi égrenés par un lecteur tatillon, pourraient sembler rébarbatifs et peut-être le seront-ils pour certains, mais il me faut tout de même reconnaître et louer le fait que Stanislas Petrosky a l’air de bien s’amuser à écrire ces aventures de Requiem, et son plaisir perle à travers l’ouvrage, ce qui est un atout indéniable.

Je pourrais également dire, avec un certain recul, que si je tombais, à propos d’un de mes romans, sur une telle critique de la part d’un lecteur, je ne m’en soucierais guère, tant mon plaisir d’écriture et mon envie de faire ce que je veux passeraient avant toute critique. Aussi, je ne doute pas que Stanislas Petrosky se secoue la nouille au vent jusqu’à ce que le gland tombe de ce que je viens de dire (ouais, je sais aussi faire des métaphores graveleuses) et il aura totalement raison.

Car, il y en a marre des auteurs de profession qui écrivent ce qu’ils imaginent que le lecteur a envie de lire avant penser à leur propre plaisir. Certes, auteur est ou peut être une profession, mais c’est avant tout un plaisir ou un besoin solitaire, égoïste et narcissique (à partir du moment où l’on destine sa prose à autrui) et il vaut mieux prendre son plaisir à la création, on est au moins certain, ainsi, que le texte aura procuré une satisfaction à quelqu’un et il vaut mieux périr avec ses idées que de vivre avec celles des autres (oui, je suis aussi philosophe à mes heures perdues et profitez-en, car mes heures et mes heurts sont comptés).

Alors, après tout, tout ce que je viens de dire n’a aucun intérêt pour ceux et celles qui ont aimé et n’en aura guère plus pour ceux et celles qui auront détesté.

Ah, oui, j’oubliais la très mauvaise préface de Nadine Monfils !!! Bon, désolé, je dois avoir un problème avec la plume de cet auteur. J’avais détesté le seul roman que j’ai lu d’elle, j’ai détesté sa préface... comme quoi je ne dois pas toujours être objectif.

Au final, sur un point de départ sympathique et original (un curé justicier), l’auteur finit par construire un héros comme tant d’autres qu’il fait vivre à travers un pastiche trop marqué des aventures de San Antonio. Dommage ! Mais l’ensemble respire le plaisir d’écriture et est suffisamment court pour que, malgré les défauts, le roman ne soit pas déplaisant à lire.