CouvLADHS

La littérature populaire française regorge d’un nombre impressionnant de textes issus de la plume d’auteurs mystérieux.

Si c’est déjà le cas dans la littérature populaire de romans, cela l’est encore plus pour la littérature populaire fasciculaire et immensément plus encore pour la littérature populaire des journaux et magazines.

Dans cet immense océan d’auteurs qui vécurent dans des profondeurs tellement abyssales que personne ne les identifia, mon épuisette à textes vient de repêcher « Les aventures de Harry Smithson » qui furent publiées en juin 1906 dans le journal Le Matin.

Celles-ci sont signées de l’étrange pseudonyme Nole Topënt, un pseudonyme attribué à raison (au vu de la perfection de l’anagramme) à Léon Pontet, un auteur dont on ne sait de toute façon pas grand-chose.

Sous le nom de Léon Pontet, deux textes surnagent : « Merveilleuses aventures d’un Veloceman » en 1894 et « D’où nous venons » en 1902.

Sous le pseudonyme de Nole Topënt, un autre texte datant de 1906 : « 3 - 1 + R = 500 000 francs » publié sur plusieurs numéros du magazine « Jeunesse ! ».

Quant au personnage d’Harry Smithson, un jeune policier américain, il est un mélange entre Sherlock Holmes pour le sens de l’observation et de la déduction et de Nick Carter, pour l’aspect policier américain au sens de l’aventure et de l’action.

Les aventures de Harry Smithson, bien qu’elles se présentent comme une série de diverses enquêtes n’ont fait l’objet, dans Le Matin, que de deux épisodes se suivant.

L’absence d’autres traces du personnage, que ce soit dans ce journal ou ailleurs, est une curiosité dont il est difficile d’en définir la cause (peut-être le décès de l’auteur ???).

Les deux épisodes sont ainsi intitulés : « L’invisible de la Sixième Rue » (8 500 mots) et « Le dollar du diable » (12 600 mots).

L’INVISIBLE DE LA SIXIÈME RUE

Une série de cambriolages a eu lieu dans différents immeubles de la Sixième Rue de New York.

Le dernier ayant viré au drame – une domestique est retrouvée étranglée dans l’appartement visité – le commissaire de police décide de solliciter Harry SMITHSON, un détective prometteur, et le charge de l’affaire.

Très vite, celui-ci détermine que tous les bâtiments ciblés sont l’œuvre du même cabinet d’architecte…

 

LE DOLLAR DU DIABLE

Un représentant du territoire d’Oklahoma réclame l’assistance de la police new-yorkaise pour l’aider à endiguer une vague de vols dans des ranchs.

Harry SMITHSON, un enquêteur dont la réputation a dépassé les frontières, est chargé de l’affaire.

Il va rapidement être confronté aux arcanes du pouvoir et au fonctionnement de la Chambre des Députés…

Harry Smithson est donc un jeune policier new-yorkais qui cherche à prendre du galon et à gagner plus afin de pouvoir épouser la femme qu’il aime.

Pour ce faire, il compte sur son sens de l’observation, son ouïe extraordinaire, sa perspicacité, son intelligence et son courage. Mais il pourra également compter sur la chance qui est le meilleur soutien d’un détective ou d’un policier agissant dans le cadre contraignant du texte court.

Nole Topënt, appelons-le par le pseudonyme avec lequel il signe ces aventures, fait de son personnage un mixte entre Sherlock Holmes et Nick Carter avec un penchant plus prononcé, dans les dons, de l’anglais, plutôt que de l’américain.

Ainsi, Harry Smithson se sait observateur et intelligent et n’hésite jamais à le montrer à autrui en faisant partager ses conclusions à partir de simples éléments.

Si dans la première affaire il est présenté comme un jeune enquêteur débutant, bien que déjà reconnu, la seconde qui pourtant suit directement la première dans la publication du journal, laisse entendre qu’il est déjà un enquêteur confirmé, l’un des personnages qu’il croise n’hésitant pas à citer une enquête qu’il a résolue alors qu’il réside dans un tout autre territoire.

Qu’à cela ne tienne, dans les deux cas, si Harry Smithson fait preuve d’un talent évident d’observation, c’est surtout et avant tout son ouïe et sa chance qui lui sont le plus utiles ainsi, dans la seconde enquête, d’un autre talent plus particulier.

Si les deux enquêtes, par leurs concisions, le genre ou le style, n’apportent pas grand-chose au mythe du policier littéraire du début du XXe siècle, à quelques tournures un peu hasardeuses que l’on mettra sur le compte d’une écriture un peu rapide, elles ne le dénaturent pas non plus et on se dit qu’il aurait été intéressant de suivre le personnage d’Harry Smithson un peu plus dans sa carrière (de policier et littéraire) afin de voir où Nole Topënt aurait pu l’amener.

Ce n’a, apparemment, pas été le cas, tant pis.

Au final, deux petites aventures policières qui ne sont pas déplaisantes, mais qui manquent de la consistance qu’auraient apportée d’autres épisodes.