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Marius Pégomas est un personnage fictif inventé par l’énigmatique auteur de littérature populaire Pierre Yrondy.

Marius Pégomas est un détective marseillais qui, en 1936, vécu 35 aventures regroupées au sein d’une collection éponyme de fascicules 32 pages, double colonne (environ 13 000 mots)...

Pierre Yrondy est un auteur dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est qu’il fut journaliste, directeur de théâtre, probablement acteur de théâtre, qu’il écrit quelques pièces, quelques romans et deux séries dont Marius Pégomas, qui prit la suite de « Thérèse Arnaud, espionne française », une série d’espionnage se déroulant pendant la Première Guerre mondiale.

L’auteur écrivit également quelques textes dans les journaux et magazines de son époque comme « Jean Durand, détective malgré lui », un bon roman policier récemment réédité.

 

LE VAMPIRE DES MARTIGUES

 

Alors que Marius PÉGOMAS, le célèbre détective marseillais, s’apprête à prendre un repos bien mérité, il reçoit la visite de M. Maresco, juge d’instruction à Aix.

 

Celui-ci vient le prier d’enquêter sur une série de disparitions d’enfants aux Martigues.

 

Le petit Robert Reclard, la quatrième victime, s’est volatilisé entre son logement et une boutique proche à laquelle il se rendait.

 

Marius PÉGOMAS, une fois sur place, visualise le parcours du gosse et établit une liste de personnes qu’il aurait pu croiser.

 

Mais, en interrogeant les individus recensés, il réalise que plusieurs mentent effrontément…

 

Il faut bien le dire, même si les aventures de Marius Pégomas sont loin de flirter avec le génie littéraire, c’est toujours un réel plaisir que de retrouver ce personnage fantasque de détective marseillais.

Bien que la série ait connu un virage à l’approche du vingtième épisode, l’auteur mettant quelque peu en retrait le côté grand guignol de son personnage pour tenter de se concentrer un peu plus sur l’aspect policier de ses textes (la redécouverte du roman « Jean Durand, détective malgré lui », nous démontre que l’auteur pouvait avoir une volonté de proposer une réelle intrigue mystérieuse et touffue), chaque épisode est comme une bouffée d’air frais sentant la lavande et la farigoulette.

Si les premiers épisodes nous proposaient un Marius Pégomas capable de toutes les excentricités et dont la bonhomie et la folie étaient les principaux atouts, par la suite, Pierre Yrondy, désireux d’épaissir un peu ses intrigues et contraint par un format court (13 000 mots), atténua la loufoquerie de son personnage.

La série y gagnait un peu en « policier » ce qu’elle y perdait en « humour » sans pour autant devenir indigente.

« Le vampire des Martigues » se situe donc dans la seconde veine de la série, avec un Marius Pégomas plus posé, bien que toujours drôle et railleur, et une intrigue se voulant plus sérieuse et plus développée.

Des enfants disparaissent aux Martigues.

Au 4e, le juge d’instruction pataugeant, décide de faire appel à Marius Pégomas qui s’offusque que celui-ci ne s’inquiète qu’à la 4e victime, comme si trois enfants volatilisés, n’était pas si grave que cela.

Pour autant, il se lance rapidement sur la piste du dernier disparu, sachant qu’il ne découvrira rien en s’occupant des précédentes affaires, trop lointaines, et persuadé que les 4 disparitions sont liées.

Il se rend aux Martigues et décide de refaire le parcours du disparu afin d’établir l’heure de sa disparition et les personnes qui auraient pu le croiser juste avant celle-ci.

Quand il a fini, il établit une liste de témoins et décide de les interroger.

Mais, les interrogatoires lui démontrent que plusieurs témoins mentent sciemment. Pourquoi ???

C’est donc à partir d’une histoire sombre et glauque, la disparition de plusieurs enfants, que Pierre Yrondy construit son récit qui, lui, se veut plutôt léger et drôle, afin de respecter l’ambiance de la série.

Pierre Yrondy nous propose donc un Marius Pégomas moins loufoque qu’au début de la série, mais qui continue tout de même à avoir des comportements étranges, raillant le juge d’instruction, s’emportant contre lui, dansant et remerciant un témoin qui lui ment, envoyant la police sur la piste d’un innocent...

Cependant, une fois n’est pas coutume, l’humour ne vient pas que du personnage du détective puisque le docteur Mercadier, personnage à la distraction légendaire, est également de la partie. Une nouvelle fois, celui-ci va commettre une bourde qui allégera encore l’ambiance.

Pour ce qui est de l’enquête (je vous rappelle que les épisodes font environ 13 000 mots, alors ne vous attendez pas à des intrigues échevelées), l’auteur nous conte par le détail ou presque la manière dont son détective détermine l’heure de la disparition ainsi que la liste des personnes qu’il a pu croiser avant de s’envoler. Sachant que Marius Pégomas considère que le coupable se trouve dans cette courte liste, et qu’un homme qui ment est un homme suspect, on comprendra aisément comment il va trouver le coupable... moins comment il cernera le mobile (pas le temps de l’expliquer).

Mais une nouvelle fois, on ne lit pas une enquête de Marius Pégomas pour la qualité de son intrigue, mais pour son fantasque personnage.

Et, une fois n’est pas coutume, Marius Pégomas assure à la fois d’arrêter le coupable et de donner du plaisir au lecteur.

Quant au style, puisqu’il faut bien en parler aussi, Pierre Yrondy, en même temps que l’originalité de son héros a atténué celle de sa plume.

Finis les excentricités littéraires tels les métaphores hasardeuses, les changements brutaux de temps de narration, les phrases découpées à la hache. Reste juste les expressions « Troun de l’air », « Bouffre » et « Pas moinss » sensées donner à l’ensemble l’accent chantant de Marseille.

Au final, sur un sujet grave, Pierre Yrondy nous livre une plaisante enquête de Marius Pégomas, agréable à lire, avec sa dose d’humour habituelle.