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Je poursuis ma découverte des auteurs de la mythique « Série Noire » des éditions Gallimard avec le titre « Pitbull » de Pierre Bourgeade.

Pierre Bourgeade, qui m’était inconnu jusque-là, était un touche-à-tout : scénariste télévisuel et de théâtre, photographe, essayiste, romancier, poète, journaliste... né en 1927 et mort en 2009.

Ce qui m’a attiré vers cet ouvrage est l’encart qui spécifie qu’il a reçu le Grand Prix Paul Féval en 1998. 

Je pensais que le prix Paul Féval récompensait des œuvres d’aventures ou des œuvres jeunesse, il n’en est rien, comme quoi, les préjugés...

Mais il n’y a pas que les préjugés qui sont tenaces, les trous de mémoire également puisqu’en me penchant un peu sur la bibliographie de l’auteur, je me rends compte que j’avais déjà lu un de ses ouvrages, également paru au sein de la « Série Noire » : « Téléphone Rose » dont je n’ai pas gardé grands souvenirs...

Pitbull :

Je n’avais pourtant pas l’intention de rester tueur à gages toute ma vie. Un seul meurtre et je m’en sortais avec les honneurs et de quoi sauter de belles voitures en belles femmes, jusqu’à la mort des rats. L’ennui, c’est qu’on trouve toujours plus salaud que soi dans ce monde pourri. Mais tant pis pour les autres, la vengeance, c’est comme la gueule d’un pitbull : faut que ça saigne sous les dents.

Un jeune homme à la recherche de boulot lit une drôle d’annonce dans le journal Libération :

Pour travail hors normes, on recherche homme imaginatif et résolu. Forte rémunération si conforme. Écrire avec CV et photo au journal qui transmettra.

Il décide d’y répondre.

Après quelques jours, il est contacté par un homme qui lui propose, contre forte somme, d’abattre sa maîtresse, une actrice vedette qui l’avait déjà mis un peu au rencard pour épouser un riche mécène et qui s’apprête, cette fois-ci, à totalement l’éjecter pour partir vivre aux É.-U. avec un célèbre acteur et producteur.

Le jeune homme accepte la mission...

Ce court roman (très court) est narré à la première personne, comme le laisse imaginer la 4e de couverture et nous raconte l’histoire de Frank Keller, 27 ans, qui accepte d’assassiner une actrice vedette pour le compte de son amant.

Mais rien ne va se passer comme l’amant ne l’avait prévu ni comme Keller l’avait imaginé.

Si le roman démarre sur un parti pris peu crédible, passer une petite annonce dans le journal pour recruter un tueur à gages, il se termine de la même façon, que je ne déflorerais pas.

Entre deux, le récit et l’intrigue sont quelque peu abracadabrants, assez violents, et, au final, pas super intéressants.

Car le roman a pour narrateur un personnage auquel il est assez difficile de s’attacher du fait de sa piètre mentalité, de son manque de scrupules et d’un cruel manque de rythme ou de rebondissements.

Le lecteur se contente alors de suivre l’histoire du point de vue du principal intéressé, mais sans jamais ressentir quelconque sentiment (frisson, peur, exaltation, rire, crainte...) et surtout sans trembler pour ce personnage peu sympathique au demeurant.

Et, si Frank Keller n’emporte pas l’adhésion, ce ne sera pas plus le cas des personnages secondaires. Que ce soit l’amant qui cherche à assassiner une femme qui veut le quitter après l’avoir eu à sa charge pendant longtemps, le mari, riche mécène impuissant qui accepte de divorcer pour que la jeune femme épouse un riche acteur américain dans le but de faire de l’argent, l’acteur américain qui va se marier avec la jeune femme uniquement pour la médiatisation du projet cinématographique à venir, la mère maquerelle qui apporte son soutien à Frank Keller, le fils dégénéré de celle-ci, la prostituée qui a un faible pour le tueur...

Du coup, sans réel point d’attache dans l’histoire, sans avoir la possibilité de ressentir quoi que ce soit, il est alors difficile de réellement apprécier une œuvre.

D’autant que la plume de l’auteur, sans être indigeste, n’est pas d’une qualité exceptionnelle qui rehausserait l’ensemble et offrirait une plus-value.

Au final, avec un style correct, mais sans plus, mais desservi par une intrigue peu exaltante et parfois incohérente et des personnages antipathiques, ce roman de Pierre Bourgeade se lit pourtant sans réel déplaisir grâce à son grand point fort : sa courte taille.