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Et le voyage au sein de la collection culte « Série Noire » des Éditions Gallimard, continue avec le titre « Si t’as peur, jappe » de Marie et Joseph sorti en 1984.

Derrière cet énigmatique pseudonyme se cachent les auteurs Corinne Bouchard et Pierre Mezinski.

Les deux auteurs se sont associés sous ce pseudonyme pour les romans de la collection « Série Noire », (une dizaine en tout), mais également pour d’autres romans policiers et des romans jeunesse.

Derrière ce titre tout aussi énigmatique se cache, en fait, le nom d’un groupe de blues dont le roman va conter les mésaventures.

Si t’as peur, jappe :

Depuis Bourges jusqu’aux Cévennes, un groupe rock minable, qui possède sans le savoir un trésor mystérieux, est poursuivi par des loubards tout aussi minables. Étrange et bizarre, ces deux auteurs, qui ont pourtant des prénoms respectables, et qui ne respectent rien.

Comme vous le savez peut-être déjà, j’adore les titres étranges et c’est souvent un point essentiel dans le choix de mes lectures.

Il était alors assez normal que je fusse attiré par « Si t’as peur, jappe », un titre énigmatique, mais qui va perdre tout son intérêt quand je découvre, dès le début du roman que le titre est en fait le nom d’un groupe de musiciens qui va être au cœur de l’histoire.

Du coup, toutes les hypothèses échafaudées avant de commencer ma lecture, comme un titre « Morale de l’histoire », tombèrent à l’eau avec une part de mes espérances.

Car, il faut bien l’avouer, le roman débute plutôt agréablement.

On sent que les auteurs ne se prennent pas la tête, s’amusent et tentent d’amuser les lecteurs.

Pour se faire, ils développent une intrigue très basique dans laquelle les fameux musiciens entrent à leur insu en possession d’un objet de valeur convoité par des bandits qui vont se lancer sur leur trace pour le récupérer. Mais les musicos sont partis sur les routes de leur tournée...

Joseph et Marie proposent alors aux lecteurs une équipe de bras cassés, que ce soit du côté des gentils musiciens autant que de celui des vilains bandits.

Mais quand on propose une intrigue confrontant deux bandes, on peut se heurter à l’écueil de vouloir développer plusieurs personnages de chaque côté, ce qui peut finir par faire un peu trop de personnages à cerner.

Et c’est l’un des problèmes du roman.

Car les auteurs ne veulent pas trop délaisser un quelconque loubard ni un quelconque musicien et le lecteur, lui, finit par ne plus trop s’y retrouver dans les noms bien que chaque personnage ait sa spécificité. Car, à part le chef des loubards, aucun personnage ne prend vraiment le dessus sur les autres. Pis encore, les personnages les plus charismatiques et intéressants se trouvent du mauvais côté de la barrière, empêchant le lecteur de s’émouvoir pour le sort des gentils dont il n’a, au final, pas grand-chose à faire.

L’autre faille du roman réside dans sa taille. Certes, 320 pages, pour un roman policier, ce n’est pas la mer à boire, surtout pour les lecteurs habitués aux romans de J.C. Grangé, Franck Thilliez et consorts.

Mais les auteurs de la « Série Noire » nous ont habitués à plus de concisions. Si l’on ne prendra pas pour référence Marc Villard, habitué à livrer de courts romans et à ne pas dire plus que ce qu’il avait à raconter (« Corvette de nuit » fait seulement 160 pages, et, encore, des pages bien aérées), on s’accordera pour dire que « Si t’as peur, jappe » se situe dans le lot des romans les plus volumineux de la série.

Or, force est de constater que les deux auteurs n’ont pourtant pas grand-chose à raconter dans ce roman. Ils convient le lecteur à une longue et lente aventure qui ne mène nulle part ou presque.

Aussi, pour tenir la distance, ils sont obligés de circonvoler et circonlocuter, deux verbes qui n’existent pas, mais qui veulent tout dire. À moins que ce ne soit l’inverse : parce qu’ils circonvolent et circonlocutent, que le roman est si long.

Toujours est-il que le plaisir immédiat d’une double plume plutôt agréable laisse assez rapidement place à un ennui poli.

Je dois vous l’avouer, je ne suis pas très persévérant dans mes lectures. Si un roman ne me plaît, je ne suis pas du genre à persister outre mesure. Je n’hésite jamais à abandonner une lecture qui m’ennuie au profit d’une autre.

Et, dans le cas présent, j’ai dû me forcer plusieurs fois pour arriver au bout du roman.

Un peu parce que le style d’écriture était plutôt agréable... beaucoup parce que j’avais oublié de chercher un autre roman à dévorer.

Toujours est-il que si je suis finalement arrivé jusqu’au bout du voyage, ce n’est pas par envie de savoir ce qui arrivait aux gentils de l’histoire, ni même aux méchants, car, des uns comme des autres, je n’en avais que faire tant les auteurs n’étaient pas parvenus à me les rendre attachants.

Au final, « Si t’as peur, jappe » prend des allures de long et lent voyage en train durant lequel on fixe un paysage agréable. Les premières minutes, on profite avec plaisir de la vue, puis on commence à se lasser, à s’ennuyer, à se faire... et quand on finit par arriver, on se dit que le voyage n’en valait pas la peine.