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Bien que plongé depuis quelque temps dans les entrailles obscures de la collection culte « Série Noire » des éditions Gallimard, j’hésitais à remonter vers la surface pour découvrir des œuvres plus récentes.

Dans mon esprit, la « Série Noire » était plus vieille que moi (ou presque) ou n’était pas.

Depuis fort longtemps, je vois Daniel Picouly à la télé et je me dis que le gars a l’air plutôt sympa et qu’il faudrait, un jour, que je découvre sa plume.

Mais, un mec sympa est-il forcément un bon écrivain ? Le passé nous a démontré que l’inverse pouvait être vrai, mais cela n’était pas une certitude.

Aussi, quand « Nec » m’est tombé dans les mains, ce livre qui alliait à la fois la plume de Picouly et la « Série Noire » si chère à mon cœur de lecteur, cette lecture devenait une évidence sans pour autant annihiler toutes mes réticences.

Et, malheureusement, quand en moi sommeille la réticence, il serait plus sage de m’abstenir. C’est la réflexion que je me fais à chaque fois, mais a posteriori, ce qui n’a plus d’intérêt.

« Nec » est son second roman, écrit en 1993, juste après « La lumière des fous ».

Nec :

Découvrir que le meurtre que vous n’avez jamais eu le courage d’accomplir est là, devant vous, décrit au détail près. Le découvrir à Florence, sur une fresque du XVe siècle. Une fresque de Paolo Uccello. Que faire ? Peut-être prendre le train de nuit pour Paris, attendre dans un parking souterrain et y assassiner l’homme de la fresque, par la masse et par le feu. C’est ce que fit Nec.Ensuite il rencontra Béa.Tout le reste était déjà écrit. Il n’y avait plus qu’à suivre avec son doigt. Jusqu’au bord du canal.

Il n’y a pas à dire, les rencontres littéraires comme humaines, sont soumises à des aléas que l’on ne maîtrise pas et que l’on ne comprend pas toujours.

Parfois, il suffit de quelques secondes pour apprécier une personne que l’on vient de rencontrer, des fois cela prend plus longtemps, de temps en temps la répulsion est immédiate. Et, pourtant, on n’est pas toujours capable de cerner les raisons de ce sentiment.

Il en est de même avec les livres.

En tout cas, il en est de même avec « Nec » de Daniel Picouly.

Quel mal j’ai eu à entrer dans l’histoire sans en comprendre la raison ! À vrai dire, je n’y suis même jamais réellement entré. Et, pourtant, tout semblait là pour que l’aventure se passe au mieux. Un roman noir, une histoire de vengeance, des personnages intéressants, un style déjà très présent (trop présent ???), une fin cataclysmique... et, pourtant, je suis resté sur le bord de la route et si j’ai terminé le trajet c’est plus par flemme de chercher un autre véhicule littéraire que par le plaisir du voyage.

Daniel Picouly nous conte, entre autres, l’histoire de Nec qui cherche à venger quelqu’un (on ne sait pas trop pourquoi ou bien j’ai loupé l’information en finissant mon voyage en survol plané) et qui, pour ce faire, immole un diplomate sud-africain en lui mettant un pneu autour du cou à la méthode de je ne sais plus qui, mais j’avais déjà vu ça dans l’excellente série télévisée « The Shield », pratiquée en vengeance par un gang mexicain (ou un truc du genre).

Nec prend des photos de la crémation afin que son pote Scoop (photographe free-lance) les fasse publier dans les journaux.

Mais Scoop doit de l’argent à un gang et Nec est perturbé par le mariage proche de son amour de jeunesse tandis qu’un flic est lancé sur l’enquête parce que considéré mauvais par sa hiérarchie. 

De plus, Nec fait la connaissance de Béa, une jeune femme qui paie ses cours de danse en nature, de Météo, celui à qui Scoop doit de l’argent, revoit Hondo, un gamin muet et pyromane... et si on rajoute des diplomates, des tueurs et tout le bataclan, cela devient un beau bordel, surtout quand on n’a pas trop suivi.

En fait, je me suis fait l’effet de cet écolier que je n’ai jamais été qui, assis au fond de la classe, rêvasse pendant que la maîtresse (ou le maître) explique un problème de math et qui se retrouve interrogé... (oui, j’étais bon en math et je suivais les cours avec assiduité).

J’étais dans le même état d’esprit ! J’étais présent au cours, du moins, physiquement, mais incapable de résoudre le problème.

Si j’ai l’habitude de me plaindre de la platitude des plumes des auteurs à succès actuel, au moins, voilà un reproche que je ne pourrais faire à Daniel Picouly

Effectivement, l’auteur, malgré son manque d’expérience (rappelons qu’il s’agit là de son deuxième roman seulement), fait preuve d’une audace stylistique louable.

Car Daniel Picouly n’hésite pas à complexifier sa plume, sa narration, à la « poétiser » à l’imager à grand renfort de métaphores, au point que, immédiatement, on n’est pas insensible à cette plume alerte.

Mais, l’audace n’est pas toujours récompensée, surtout quand elle flirte avec l’exercice se style voire l’onanisme littéraire.

Je n’irai pas jusqu’à prêter cette dernière tentation à Daniel Picouly, que je ne connais pas personnellement et je me contenterai de prétendre que l’auteur a un peu trop voulu se faire plaisir, peut-être au détriment de son roman, donc, du lecteur. Mais quand on pense à son propre plaisir sans se préoccuper de celui de son ou sa partenaire, on n’est jamais loin de l’onanisme, vous l’avouerez.

Bref, toujours est-il que ce style, dont la présence, dans un premier temps, rassure et est prometteur d’un réel plaisir de lecture, vient vite, par son omniprésence, parasiter l’histoire, l’intrigue, la narration et donc, la lecture.

Mais là encore, tout est question de timing et ce qui vous irrite un jour peut très bien ne plus vous titiller autant un autre jour et rien ne dit qu’en repoussant ou avançant cette lecture, j’aurai pu avoir un ressenti totalement différent.

Tout cela pour dire que je n’ai pas détesté (mais je n’ai pas aimé non plus), mais que cela n’est pas synonyme pour autant d’un roman raté ou d’un mauvais roman, juste, probablement d’un roman généreux dans lequel les ingrédients pris séparément sont plutôt intéressants, mais que l’auteur a mal dosé probablement du fait qu’il ait cherché son plaisir avant celui du lecteur et cette attitude n’est certainement pas à blâmer, car l’écriture est un plaisir solitaire que l’on expose parfois au public sans jamais savoir s’il appréciera autant que l’auteur. Alors, quitte à faire, autant assurer son plaisir quand on écrit, cela fera toujours au moins une personne de conquise.

Au final, un roman intéressant, mais probablement mal dosé dans lequel un style trop présent vient parasiter une intrigue, des personnages et un final qui aurait mérité que le lecteur soit un peu plus concentré dessus.