CouvCES

« Crime et sorcellerie » est un court roman publié, à l’origine, dans l’une des plus mythiques collections de fascicules policiers de la littérature populaire.

Mythique, car l’une des premières (débute en 1916).

Mythique, car les couvertures sont toutes illustrées par Gil Baer.

Mythique, car Rodolphe Bringer, René Schwaeblé, Georges Spitzmuller, Jean Petithuguenin, Jules de Gastyne, Paul Dargens, Georges Grison, H.J. Magog, Marcel Priollet, Jean de la Hire, René Trotet de Bargis, H.R. Woestyn, Paul de Garros, Henry de Golen... y ont participé.

Mythique, car la plupart des titres ont été réédités dans la collection « Police et Mystère » des mêmes éditions Ferenczi dans des versions allongées.

Mythique, enfin et surtout parce que ces fascicules sont désormais presque introuvables (du moins, nombre des 206 titres sont introuvables).

Si Jean Petithuguenin fut un grand pourvoyeur de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle pendant 3 décennies (de 1910 à 1939, date de sa mort), il n’est ni l’un des plus talentueux ni le plus connu ou reconnu malgré sa grande production.

Mais il faut dire que sa participation ne s’arrêtait pas à l’écriture, puisque Jean Petithuguenin était aussi un traducteur de textes allemands et anglais.

Malgré tout, il est l’auteur d’un nombre assez considérable de romans naviguant dans les genres à la mode à son époque (romance, aventures, jeunesse, fantastique).

Cependant ni sa plume ni ses personnages n’ont marqué durablement la littérature populaire.

D’un point de vue policier, notamment, l’auteur n’a pas été fécond ni qualitativement, ni quantitativement.

Il n’est d’ailleurs qu’un seul personnage à sortir du lot, celui de Fred Cabosse, un policier qui vécut au moins quatre aventures dont « Crime et sorcellerie » est l’avant-dernière.

Si le personnage est désormais oublié, il est presque sorti du bois récemment, avec la réédition des aventures de « Ned Pic, détective », chez « OXYMORON Éditions ».

Je dis « presque », car, si « Ned Pic, détective » est la réédition de deux premiers titres mettant en scène Fred Cabosse (« La tragédie du Gourmel » et « Le crime d’un revenant »), pour l’occasion, comme la réédition d’origine se faisait chez un éditeur concurrent de Ferenczi, l’auteur (ou l’éditeur) avait changé les noms des lieux et des personnages, Fred Cabosse devenant Ned Pic.

« Crime et Sorcellerie » parut en 1920 sous un format fascicule 32 pages contenant un texte 13 700 mots (un peu plus que la moyenne des textes de ce format).

CRIME ET SORCELLERIE

M. Léon BLOTTEAU est inquiet !

Sa fille, Berthe, âgée de vingt-deux ans, a disparu depuis vingt-quatre heures, sans donner de nouvelles ni à son père ni à son fiancé, ce qui n’est pas dans ses habitudes.

C’est Fred CABOSSE, célèbre policier de la Sûreté, qui est chargé de l’affaire.

Une rapide enquête lui permet de déterminer que Berthe était en froid avec sa jeune belle-mère et que cette dernière semble fréquenter un étrange individu dans le dos de son mari.

Mais, d’un adultère probable à un possible meurtre, il y a un éventuel fossé…

Mlle Berthe Blotteau a disparu depuis 24 heures. C’est suffisant pour inquiéter son père, d’autant que la jeune fille n’est pas du genre à partir en douce. 

Étant donné qu’elle n’a donné de nouvelles ni à son père ni à son fiancé et qu’elle est partie uniquement avec son sac à main, Fred Cabosse, le policier chargé de l’enquête, trouve nécessaire de mener l’enquête.

Il apprend très vite que Berthe Blotteau ne s’entend pas du tout avec sa belle-mère, que son père a épousée après la mort de sa femme. La nouvelle Mme Blotteau n’a d’ailleurs que trois ans de plus que Berthe et semble assez intéressée.

Quand Fred Cabosse apprend que la belle-mère fréquente un peu trop assidûment un jeune homme assez douteux, il ne lui en faut pas plus pour échafauder une hypothèse qu’il va tenter de confirmer...

14 000 mots, courte enquête donc, dont on sait à l’avance que l’intrigue ne sera pas le fort. Ce n’est jamais le fort dans ce format, ne nous en formalisons pas.

Si Jean Petithuguenin n’est pas reconnu pour la hardiesse de sa plume, il faut lui reconnaître le talent d’un bon faiseur comme j’ai l’habitude de dire de certains de ses collègues. Entendez par-là que, bien que ses textes soient dénués de génie (mais c’est là le lot de biens des auteurs de la littérature populaire), ils procurent tout de même un certain plaisir voire, parfois, un plaisir certain.

C’est le cas avec ce très court roman reprenant le personnage de Fred Cabosse.

Du fait de la concision du texte, on ne sera pas étonné que le personnage ne soit qu’esquissé (tant physiquement que moralement) bien que l’auteur lui confère les qualités de beaucoup de héros de roman policier (sagacité, courage, intelligence, perspicacité, chance, agilité...).

Côté intrigue, celle-ci est assez faible, on ne cherche pas bien longtemps qui est le coupable et l’enquête avance de manière très linéaire, ce qui est, une nouvelle fois, le lot de ce genre de très courts romans.

On retrouve ici un brin d’exotisme avec la présence d’un singe, tout comme dans « La main de singe » de H.R. Woestyn, dans la même collection à quelques numéros d’écart. On notera que le héros de cette histoire s’appelle Ned Burke et que l’on ne sait réellement qui se cachait derrière le pseudonyme de H.R. Woestyn (oui, quand on se lance dans la recherche sur les auteurs de la littérature populaire, on est prêt à prendre tous les signes comme des indices)...

Au final, un petit roman policier signé Jean Petithuguenin, qui se lit avec un certain plaisir, mais qui ne laissera pas des traces indélébiles dans nos esprits.