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Si vous ne connaissez pas encore Marius Pégomas (et encore moins, Pierre Yrondy), c’est que vous n’êtes pas un inconditionnel de mes chroniques, ce que je peux facilement pardonner (de ne pas suivre mes chroniques, pas de ne pas connaître Marius Pégomas et Pierre Yrondy).

Mais, ce pour quoi je serai moins indulgent à votre égard, c’est que vous me forcez à faire une énième présentation du personnage littéraire et de son auteur.

Marius Pégomas est un détective marseillais né de la plume de l’énigmatique Pierre Yrondy en 1936.

Il fut le héros d’une série de 35 fascicules de 32 pages, double colonne (contenant chacun un récit indépendant d’environ 13 000 mots) publiée par les éditions La Baudinière.

Cette série fait suite à une autre série du même auteur et du même format : « Thérèse Arnaud, espionne française » qui, elle, avant de céder la place, vécut 65 missions se déroulant durant la Première Guerre mondiale.

Pierre Yrondy, hormis préciser qu’il fût journaliste, directeur de théâtre, auteur de pièces de théâtre, de quelques romans et des deux séries évoquées, il n’y a pas grand-chose à dire puisque l’on sait peu de chose sur lui... si peu de choses qu’il fût même évoqué la possibilité que derrière ce nom se cache l’écrivain Jules de Gastyne, une hérésie lorsque l’on connaît les dates de production du premier et la date de décès du second.

Marius Pégomas est un détective marseillais loufoque, fantasque, aux méthodes d’investigations particulières, à l’humour et à la décontraction omniprésents qui aime les flatteries et se moquer de la police officielle.

Il est secondé, selon les affaires, par sa femme, Flora Pégomas (de son nom de jeune fille Minuscule), Titin, son beau-frère, Bouillabaisse, le mécanicien de la bande et le docteur Mercadier, un ami cher à la distraction légendaire.

« Le village malade » est le 31e épisode de la série.

LE VILLAGE MALADE

C’est la stupeur et l’affolement dans le village de Barrême ! Une terrible épidémie décime les troupeaux de bœufs sans que les autorités et les médecins ne puissent en déterminer la cause… et encore moins l’endiguer.

Quand les époux Escartefigue sont touchés à leur tour, le couple se divise sur les moyens à adopter pour éviter la ruine due à la décimation de leurs bêtes.

Si le mari prône le recours à un rebouteux habitant dans la montagne, la femme, elle, choisit de faire appel à Marius PÉGOMAS, le célèbre détective marseillais…

Quand un petit village est victime d’une épidémie qui décime les troupeaux, qui c’est qu’on appelle ??? Les médecins ? Oui ! La préfecture ? OK ! Les gendarmes ? D’accord ! Mais quand tout ce beau monde échoue, on se précipite vers... le rebouteux du village, c’est vrai, mais aussi vers le célèbre Marius Pégomas qui se demande pourquoi on vient le déranger pour des bœufs. Après tout, il n’est pas vétérinaire.

Pourtant, Marius Pégomas va finir par se laisser convaincre par la femme d’un propriétaire terrien qui vient de perdre deux bœufs et qui a peur de perdre tout son troupeau.

Mais, quand Marius débarque incognito en compagnie de son ami le Docteur Mercadier, l’épidémie qui ne touchait jusque là que des animaux s’en prend désormais aux humains et c’est la panique dans le village.

Voici donc une histoire assez classique, dont l’intrigue se noue, comme beaucoup de récits policiers de l’époque, dans les colonies d’Inde, et qui ne permet guère à notre détective de briller par son côté fantasque.

Car si l’on est habitué à ce que les intrigues des épisodes de la série ne soient pas très développées du fait de la concision des textes (environ 13 000 mots), Marius Pégomas est tout de même assez en retrait dans cette enquête par rapport à d’habitude.

Si le Docteur Mercadier est lui présent dès le début de l’enquête de Marius Pégomas, sa distraction légendaire n’est que rarement prétexte à sourire si ce n’est pour offrir le mot de la fin.

Et même si le médecin est au cœur de l’enquête et de sa résolution, il n’en reste pas moins encore plus en retrait que son ami.

L’histoire se déroule alors sans que l’auteur ne propose les scènes parfois cocasses dues à l’excentricité usuelle de son personnage hormis un ou deux passages très courts.

Comme à son habitude, Marius Pégomas va résoudre l’affaire sans réellement expliquer de quelle façon il a démêlé l’écheveau, mais en livrant le fin mot de sa bouche (ce qui est une méthode utilisée par les auteurs quand on manque de place pour faire vivre cette résolution au lecteur.).

Si Marius Pégomas est plus sage qu’à l’accoutumée, le style de l’auteur l’est également, mais cela dure depuis plus d’une dizaine d’épisodes désormais. En effet, le style a quelque peu changé depuis le début de la série. Au début, Pierre Yrondy s’essayait souvent à des métaphores un peu hasardeuses, à des ruptures de temps de narration ou des concisions de phrases brutales pour rythmer ses récits (des effets qui pouvaient être parfois un peu risibles, mais qui, au final, conféraient une certaine identité aux textes). Par la suite, on a senti une volonté de « classicisme » dans la plume qui s’est, un temps, accompagnée d’un désir de rendre la série plus « policière » que « humoristique » même si Pierre Yrondy s’est vite rendu compte qu’avec le peu de place qu’il avait pour ses épisodes, il était plus aisé de faire de l’humour dans la concision, que du suspense.

Au final, alors que le personnage est moins fantasque, le style moins présent, l’intrigue plus banale, le plaisir de lecture demeure. Peut-être est-ce dû à l’attachement au personnage ou à la série ou tout simplement parce que l’auteur nous livre tout de même un texte agréable à lire.