MP34

« Le laboratoire diabolique » et le 34e et avant-dernier épisode des aventures de « Marius Pégomas », le détective marseillais né de la plume de l’énigmatique Pierre Yrondy.

Cette série, à l’origine publiée en 1936 sous la forme de fascicules de 32 pages, double colonne (contenant des textes d’environ 13 000 mots) par les éditions Baudinières fait suite à une autre série de l’auteur, « Thérèse Arnaud, espionne Française » au même format et comptant 64 épisodes.

Marius Pégomas est un détective fantasque aux méthodes étranges, mais qui parvient toujours à dénouer le nœud de l’énigme et qui est aidé, en cela, par ses proches collaborateurs : sa femme Flora, son beau-frère Titin, son ami le Docteur Mercadier et son mécanicien Bouillabaisse.

La vie de Pierre Yrondy demeure assez floue. On sait de lui qu’il fut journaliste, directeur, acteur et auteur de théâtre, qu’il écrivit quelques romans et les deux séries déjà évoquées.

LE LABORATOIRE DIABOLIQUE

À Roquevaire, la réception donnée par Charles Pariset vire au drame quand une jeune actrice, Martha Limanor, après avoir été prise d’un malaise, se lève brusquement et plante un poignard dans le dos de son mentor le docteur Bénazet.

De peur du scandale et pour éviter la prison à la comédienne, dont il est fortement épris, le maître des lieux, plutôt que de prévenir les autorités, décide de faire appel au célèbre détective marseillais Marius PÉGOMAS.

Sur place, il constate l’étrange atonie de la meurtrière et la soupçonne d’avoir agi sous influence.

Mais soudain, la police débarque, prévenue par le frère de la victime, et arrête Martha devant l’évidence de sa culpabilité.

Une évidence que Marius PÉGOMAS va s’empresser d’infirmer…

Une réception, un drame, un crime, une jeune actrice poignarde son mentor devant l’homme qu’elle aime. Ce dernier, pour éviter la prison à la jeune femme, fait appel à Marius Pégomas qui, au contraire des attentes de son client, va faire en sorte que, non seulement la comédienne soit arrêtée par le juge d’instruction, mais que son client le soit également...

34e enquête, avant-dernière enquête de Marius Pégomas.

Celle-ci débute de manière très brouillonne, avec une multitude de personnages à peine présentés et, surtout, une belle coquille (dans la version d’origine, corrigée dans la réédition numérique) dans le nom de la principale suspecte qui change très rapidement en cours de route ce qui peut amplifier l’impression de se perdre un peu dans le début de cette histoire.

Chose étonnante, également, c’est que dans un paragraphe, Pierre Yrondy renoue avec certains tics d’écriture qu’il avait pourtant abandonnés en cours de série comme les phrases ultras courtes et le changement de temps de narration afin de faussement rythmer son récit. On échappe à son troisième tic, le plus sympathique, selon moi, celui des métaphores hasardeuses, qui donnait un certain charme aux premiers épisodes.

Si le reste de l’histoire demeure classique, que Marius Pégomas est toujours ironique et railleur envers le juge d’instruction, que celui-ci continue, comme ses confrères ou lui-même dans les épisodes précédents, à arrêter des innocents, elle est loin d’être très intéressante ni très originale.

En effet, l’intrigue est assez faible, on devine aisément et rapidement le vrai coupable et, en plus, Marius Pégomas ne fait pas preuve de son excentricité usuelle, du moins est-elle moins mise en avant dans cet épisode et même le Docteur Mercadier, pourtant présent tout du long de l’histoire, ne nous offre pas de ses moments de distraction qui apportent souvent le sourire.

En plus, l’histoire est altérée par une illustration de couverture et un titre par trop évocateurs de machination machiavélique et d’expériences diaboliques qui brillent par leur absence en cours de lecture.

On peut même accuser l’illustration d’être mensongère puisque jamais dans l’histoire, il n’y a de jeune femme attachée dans un quelconque laboratoire.

Pour autant, comme à chaque fois, malgré certaines faiblesses l’histoire, de par sa concision et la présence, même en petites formes, de personnages auxquels on s’est attaché avec le temps, reste agréable à lire, mais on aurait été en droit de s’attendre, pour cette fin de série, à ce que le niveau se hausse pour exploser dans un ultime épisode en bouquet final. Espérons que, malgré la faiblesse de ce préambule terminal, l’explosion ait bien lieu dans le dernier épisode.

Au final, double déception de par une certaine faiblesse dans cet avant-dernier épisode et du fait que, justement, ce soit l’avant-dernier épisode et donc, par voie de conséquence, que la prochaine lecture signifie la fin d’un voyage littéraire en compagnie d’un personnage éminemment sympathique et drôle.