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Je ne vous ferais pas l’injure de vous présenter l’écrivain Georges Simenon pas plus que le personnage littéraire qui fit son succès : le commissaire Maigret.

Juste quelques chiffres tout de même pour récapituler la carrière de l’un et de l’autre :

Georges Simenon (1903 - 1989) est l’auteur de près de 200 romans de plus de 150 nouvelles dont les ventes dépassent le demi-milliard d’unités et est l’auteur belge le plus traduit au monde.

Le commissaire Maigret est un personnage né en 1929, mais le premier roman le mettant en scène (« Pietr-le-Letton ») date de 1931. Il est présent dans 75 romans, 28 nouvelles et certaines de ses enquêtes ont été adaptées au cinéma et à la télévision.

La liste des acteurs ayant interprété Maigret est longue, mais on peut citer quelques noms tels Jean Gabin, Eli Wallach, Gino Cervi, Rowan Atkinson, Bruno Cremer, Jean Richard, Harry Baur, Albert Préjean et Michel Simon, rien que ça.

« Au rendez-vous des Terre-Neuvas » est le neuvième roman, dans l’ordre d’écriture, mettant en scène Maigret et a été écrit en août 1931.

Au rendez-vous des Terre-Neuvas :

Après trois jours passés en mer sur l’Océan, un chalutier de Fécamp, Jean-Marie Canut, le mousse, a été emporté par une lame. Peu après le retour de l’Océan, le capitaine Octave Fallut est retrouvé mort par strangulation dans l’un des bassins du port. Le télégraphiste du chalutier, Pierre Le Clinche (vingt ans) a été aperçu en train de rôder aux alentours du bateau le jour du drame.

Le Clinche arrêté, un ancien camarade de Maigret, Jorissen, instituteur à Quimper, fait appel au commissaire et lui demande de prouver l’innocence du jeune télégraphiste. Une fois sur place, Maigret s’installe Au Rendez-vous-des-Terre-Neuvas, un café du port à partir duquel il mène son enquête... (Wikipédia).

 

Alors qu’il s’apprête à partir en Alsace pour ses vacances annuelles, le commissaire Maigret reçoit un courrier d’un ancien camarade de Quimper qui lui demande de prouver l’innocence d’un jeune télégraphiste accusé du meurtre du capitaine du chalutier sur lequel il venait de passer trois mois en mer.

Jules Maigret décide alors de changer la destination de ses vacances et débarque, en compagnie de sa femme, sur les côtes bretonnes afin de plonger son nez dans cette triste affaire.

Car, très vite, Maigret est pris à parti par la fiancée du suspect qui le conjure d’innocenter le jeune homme (19 ans). Mais le policier va se retrouver face à la superstition et à l’opacité et le silence du monde de la mer. Ce qu’il se passe en mer reste en mer.

Et Maigret est persuadé que le meurtre du capitaine est lié aux évènements qui se sont déroulés durant la campagne de pêche. Les rares confidences qu’il parvient à obtenir laissent entendre que des tensions existaient entre le capitaine et le télégraphiste, que le capitaine avait un comportement étrange, loin de l’irréprochabilité et du professionnalisme pour lesquels il était connu, qu’un jeune mousse est mort durant la campagne, emporté par la houle...

Ce qu’il y a de plus intéressant, dans les enquêtes du commissaire Maigret, ce sont l’ambiance des enquêtes et le caractère du personnage.

Question ambiance, on peut dire que le lecteur est servi avec cette chape de plomb qui recouvre le meurtre du capitaine Fallut en particulier et de la campagne de pêche en général. Les marins sont des taiseux et des superstitieux qui ont tôt fait de mettre les étranges évènements sur le compte du mauvais œil. Puis, quand ils sont à terre, ils sont tellement alcoolisés qu’on ne peut rien en tirer.

Du côté du caractère du commissaire, là aussi, le lecteur trouve de quoi se régaler. Le bonhomme se montre tout aussi taciturne que d’ordinaire, voire bourru.

En plus, il faut bien avouer qu’il n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent à part son flair. Flair qui lui indique que le télégraphiste est innocent du meurtre, mais qu’il a quand même quelque chose à cacher... peut-être bien le nom de l’assassin. Flair qui lui laisse à penser que toute l’affaire prend cœur dans un évènement qui s’est déroulé à bord du bateau.

Et on retrouve le commissaire Maigret dans sa principale activité, la réflexion. Il cherche à se mettre dans l’ambiance, dans la peau du capitaine, dans celle du télégraphiste et celles d’autres personnages du drame. 

Simenon-Maigret décortique toute cette mécanique en fin de roman afin de reconstituer les évènements et découvrir le coupable. Mais comme souvent, chez Maigret, les coupables sont parfois un peu innocents et les innocents quelque peu coupables. Et c’est alors plus une histoire de moralité qu’une histoire de Justice qui prime.

Autant dire, pour conclure, que « Au rendez-vous des Terre-Neuvas » réunit à peu près tous les bons ingrédients des meilleures enquêtes de Maigret écrites jusque-là (bon, il n’y en a eu que 9 à ce stade).

Une fois encore, l’eau, la brume, les embruns, ont un rôle important et confère une ambiance lourde, pesante, voire oppressante, mais surtout opaque dont le voile ne peut se déchirer qu’en revenant sur le passé, plus ou moins lointain.

Une fois encore, Maigret réfléchit plus qu’il n’agit, parvient à dénouer les fils de l’intrigue en se mettant à la place des protagonistes...

Une fois encore, Maigret n’est pas manichéen, borné à la stricte loi de la justice, il est un homme, un policier complexe.

Et, enfin, une fois encore, l’auteur et le personnage s’attardent sur des détails, mais des détails qui font toute la différence, tant au point du dénouement de l’intrigue que du plaisir du lecteur.

Au final, plus je découvre Maigret et plus j’apprécie Maigret et « Au rendez-vous des Terre-Neuvas » s’avère être un très bon roman de la série qui ne peut que participer à mon attachement grandissant à celle-ci.