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On ne dira jamais combien José Moselli a écrit, combien José Moselli a charmé des générations de lecteurs et combien José Moselli est injustement tombé dans l’anonymat dont tente de le sortir OXYMORON Éditions en rééditant nombres de ses textes.

Malheureusement, l’anonymat de OXYMORON Éditions n’aide pas à cette tentative de reconnaissance qui ne peut venir que des lecteurs.

Car José Moselli fut l’un des grands piliers de la littérature populaire pour laquelle il œuvra pendant 30 ans.

Mais, comme sa production ne fût destinée qu’aux magazines et journaux de son époque (au point qu’il fût surnommé « L’écrivain sans livre »), il ne reste que peu de traces de son œuvre, si ce n’est quelques rééditions papier et numérique de quelques textes de science-fiction.

Mais, si José Moselli œuvra dans le genre « science-fiction », une très large partie de son immense bibliographie fut concentrée sur un autre genre : « Policier ».

José Moselli, dès 1910, proposa un nombre presque incalculable de séries et feuilletons que les lecteurs de jadis pouvaient, pour souvent, découvrir à raison d’une page par semaine de textes illustrés de bandes de dessins sur parfois plus d’une dizaine d’années.

Si OXYMORON Éditions propose désormais de redécouvrir ses séries policières les plus « reconnues » (« John Strobbins », « M. Dupont détective », « Iko Terouka ») il ne faut pas oublier que l’auteur débuta sa carrière par une toute première série policière : « Les aventures fantastiques d’un jeune policier ».

Cette série, écrite en collaboration avec G. Dam, débute le 23 mars 1909 dans le magazine n° 253 du « Le Petit Illustré », un magazine jeunesse (la plupart de la production de l’auteur était destinée à la jeunesse, un lectorat avide de lectures et d’aventures) et fut publiée jusqu’au n° 445 dudit magazine, le 1er janvier 1917.

Elle sera rééditée en deux vagues dans la « Collection d’aventures » des éditions d’Offenstadt, d’abord du n° 44, le 1er mars 1917 au n° 49, le 9 mai 1917, puis, du n° 226 au n° 230.

Si la première salve se concentre sur l’aspect policier, avec des enquêtes, la seconde, elle, semble se concentrer plus sur les activités de Jean Flair durant la guerre, donc, prenant probablement plus un aspect action et espionnage.

L’auteur nous conte les aventures de Jean Flair, un jeune homme injustement accusé du meurtre de son patron et qui va, non seulement, prouver son innocence, mais décider, dès sa libération, de trouver le coupable.

Il sera alors fait policier et se lancera dans diverses enquêtes.

Les diverses enquêtes seront assez courtes, du moins, dans un premier temps (je n’ai pas lu toute la série) et l’enquête liminaire n’atteint même pas 8 000 mots, ce qui correspond à un tout petit fascicule de 32 pages.

C’est dire que l’intrigue ne sera pas réellement au cœur des enquêtes, celles-ci se concentrant plutôt sur l’aventure, comme énormément de séries policières de l’époque et même de bien plus tard et comme la majorité de la production de José Moselli.

Bien que Jean Flair soit intelligent, du moins, d’après son auteur, ses enquêtes se résolvent bien souvent grâce au hasard et à la chance... beaucoup trop, même.

Toute première expérience littéraire d’un auteur qui passa sa jeunesse sur les mers du globe en tant que mousse puis Officier de Marine Marchande.

Si les autres séries citées plus haut font une belle part au voyage (les héros œuvrant dans toutes les parties du globe), « Jean Flair », du moins, dans un premier temps, se contente de travailler dans l’hexagone (il voyagera au moins par la suite en raison de la guerre).

Bien sûr, on sent déjà dans cette œuvre liminaire, les éléments qui nourriront les séries à venir : un peu de policier, beaucoup d’action, du hasard, de l’intrépidité, de la chance, des vilains méchants et un héros courageux et généreux.

Pourtant, le dosage n’est pas encore ajusté et la plume pas encore aguerrie.

On sent à la lecture des premiers épisodes que l’auteur ne maîtrise encore pas sa narration, sa plume et, encore moins, le parfait dosage entre rocambolesque et l’exagéré.

Car Jean Flair, bien qu’annoncé comme intelligent et perspicace se révèle au contraire bien naïf, imprudent, voire, stupide. Au point que dans le tout premier épisode, malgré sa concision, dans des conditions similaires, l’acteur de l’action serait déjà mort plusieurs fois. Mais, à chaque fois, Jean Flair est sauvé par l’intervention du hasard... d’une chance inconcevable.

Ainsi, la scène du « Moulin de la peur » est significative de cette naïveté de l’auteur.

Jean Flair, à la poursuite de la bande de malfrats, parvient à trouver leur repaire : un moulin qui a récemment vécu une scène d’horreur : le meunier a retrouvé sa femme et son fils pendus aux ailes du moulin.

Alors qu’après une nouvelle imprudence, Jean Flair est tombé aux mains des méchants, ceux-ci le pendent à l’aile du moulin et l’un des vilains s’apprête à le décapiter au sabre. Mais Jean Flair avait l’habitude, étant jeune, de se pendre avec ses amis, pour savoir qui résisterait le plus (ils avaient des jeux à la con à l’époque) et parvient à éviter l’étouffement et la perte de conscience jusqu’à ce que le bourreau amorce le geste funeste. Mais c’est à ce moment que le chef de la bande, pensant la chose faite, sort du moulin, ouvrant la porte qui pousse le bourreau qui rate son geste, coupant la corde au lieu de la tête de Jean Flair... la course du sabre terminant dans le torse du chef...

Et c’est ainsi pendant tout le début de la série.

Quand au style, les phrases manquent parfois un peu de liant, subissent des tournures quelque peu étranges...

Au final, si « Les aventures fantastiques d’un jeune policier » sont bien moins savoureuses que les séries plus récentes de l’auteur, elles semblent avoir été un brouillon sur lequel José Moselli s’est fortement appuyé pour les productions suivantes...