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Jean-Baptiste-Eugène-Albert Boissière est un écrivain et feuilletoniste né en 1864 et mort en 1939.

Il écrivit de nombreux romans, nouvelles et contes qui parurent dans divers journaux de la fin du XIXe siècle et le premier tiers du XXe. Les romans, pour la plupart, eurent également l’honneur d’une publication sous forme de livres et certains furent même traduits en anglais, en italien et en espagnol.

Principalement connu et reconnu pour son humour protéiforme, Albert Boissière dû également son succès à ses intrigues, la morale de ses histoires et aussi à son regard pertinent et ironique sur les méandres de l’âme humaine et le comportement de ses contemporains.

Mais Albert Boissière était avant tout un bon conteur et un excellent manieur de la langue française.

Il était urgent de le redécouvrir, car un tel talent ne mérite pas de disparaître des consciences et des piles de lecture.

Pour ce faire, ses romans, bien sûr, tels « La tragique aventure du mime Properce », « Un crime a été commis », « Z, le tueur à la corde », « L’homme sans figure » et tant d’autres, mais aussi, à travers des écrits plus courts comme sa nouvelle « Williamson brothers et Cie » ou ses contes écrits pour divers journaux de l’époque.

« Les contes d’Albert Boissière – Tome 1 », un recueil de contes de la toute fin du XIXe et tout début du XXe siècle est l’occasion idéale pour avoir une idée de l’étendue de la plume de l’auteur.

On retrouve donc dans ce recueil un large panel de courts textes (14) permettant de découvrir une autre facette de l’auteur que l’on avait pu entrevoir par intermittence dans ses romans (notamment la fin de « La tragique aventure du mime Properce ») : le conte ou la fable, ces courts textes ayant pour but de mettre en exergue les travers de l’être humain et, ou, de proposer une morale à méditer.

Ainsi, dans ces divers contes, Albert Boissière nous livre ses pensées sur la place peu envieuse de la femme (« Paulette et Paula ») dans une société patriarcale, critique la société de l’être et du paraître à travers des personnages qui dénotent physiquement (« Z »), ou d’autres qui se veulent pieux, mais qui n’attendent que l’occasion de pécher (« Le pavillon de chasse »). Il nous parle de l’adultère (« Et Cie », « Ostende, Biarritz, etc. », « L’aveu »), sujet de plaisanterie par excellence à l’époque, avec différentes manières de réagir à la tromperie, nous explique les tracas de la vie prolétarienne (« Les vieux », « Le dernier mot »), la légèreté des gens de la haute société (« L’amateur », « Le bonheur de l’un... »)...

À travers ces contes, Albert Boissière multiplie donc les sujets, les formes, les genres, les émotions...

Capable de nous faire sourire avec cette femme qui surnomme ses enfants du nom de la cité balnéaire dans laquelle elle les a conçus (mais pas avec son mari) ou de nous émouvoir avec ce jeune homme difforme et sot qui aime aimer et aimerait être aimé ou encore, avec ce petit vieux au chevet de sa femme agonisante qui s’apprête à lui faire un aveu.

L’auteur joue avec les mots, les chiffres, les émotions, les sujets, les consciences, pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Il conte, il raconte, des petites histoires, des instants de vies, offrant des petits moments de lecture tous différents, tous agréables, qui nous font tous réagir : sourire, réfléchir, s'attrister...).

Au final, Albert Boissière démontre qu’il est tout aussi performant dans les textes très courts qu’il ne l’était dans les nouvelles ou dans les romans. Et, si la concision ne lui permet pas de développer tous les atouts de sa plume, elle n’empêche pas et même, favorise, la recherche des sentiments, ceux des personnages, ceux des lecteurs.