TA19

« L’homme au tatouage » est la 19e mission de Thérèse Arnaud, l’espionne Française née de la plume de l’énigmatique Pierre Yrondy en 1934 et qui vécut plus de 60 aventures éditées au sein de fascicules de 32 pages double-colonne comportant chacun environ 13 000 mots.

Pierre Yrondy, dont on sait peu de chose, fut journaliste, directeur de théâtre, auteur de pièces de théâtre, de quelques romans et, principalement, de deux séries pour les éditions Baudinière : « Thérèse Arnaud, espionne française » puis, en 1936, « Marius Pégomas, détective marseillais », une série policière humoristique de 35 épisodes.

Si « Thérèse Arnaud... » est une série d’espionnage se déroulant durant la Première Guerre mondiale et prend pour base le Deuxième Bureau (l’agence d’espionnage française) et son Capitaine Ladoux, ayant existé, l’ensemble n’est qu’œuvre de fiction (même si Thérèse Arnaud puise également son inspiration dans les grandes figures féminines de l’espionnage français de l’époque) et se veut plus un divertissement léger qu’une représentation d’un pan plus méconnu et plus obscur de la guerre.

L’HOMME AU TATOUAGE

Première Guerre mondiale !

Un corps est retrouvé pendu à un arbre du Bois de Boulogne.

Toute trace d’identification du défunt a été scrupuleusement effacée.

À la morgue, un étrange individu tatoué s’intéressant à la victime est rapidement pris en filature par l’un des fidèles lieutenants de Thérèse ARNAUD alias C. 25, agent du Deuxième Bureau.

L’homme au tatouage, en quittant l’Institut Médico-Légal, se livre à une mystérieuse promenade dans Paris, achetant divers journaux pour les jeter sans les lire, visitant longuement une librairie.

Il n’en faut pas plus à Thérèse ARNAUD pour soupçonner avoir affaire à un terrible ennemi.

Mais, même si un espion averti en vaut deux, nul, dans cette guerre, n’est à l’abri du danger...

Thérèse Arnaud assiste, en compagnie du colosse Malabar, à la découverte du corps d’un homme pendu dans le Bois de Boulogne.

Sur place, elle repère un étrange cycliste qu’elle décide de suivre.

Dans le même temps, Friquet, le Titi Parisien, est chargé de surveiller les alentours de la Morgue pour voir si quelqu’un s’intéresse au défunt dont l’identité est impossible à établir.

Très vite, Friquet remarque un homme tatoué qui a rendu visite au mort et le suit dans tout Paris, le regardant acheter des journaux, les jeter sans les lire, puis inspecter des livres dans une librairie.

Le manège est indéniablement suspect, pourtant, dans sa filature, Friquet se fait assommer par surprise...

On retrouve donc Thérèse Arnaud, Malabar, Languille, Friquet et Marcel pour une 19e mission pour le compte du Deuxième Bureau commandé par le capitaine Ladoux.

Pierre Yrondy ne change rien à sa recette, pis, il semble revenir à ses bases qu’il avait quelque peu mises de côté pour les épisodes précédents.

Effectivement, sa plume retrouve ses tics d’antan comme les métaphores hasardeuses (et il y va fort, notamment dans la scène de la course poursuite), ses phrases sans verbe ou ses changements de temps de narration pour faussement rythmer son récit.

Si ces travers dont on pouvait se moquer apportaient finalement une touche d’originalité à la série (et à « Marius Pégomas » qui souffrait des mêmes défauts), ici, ils sont tellement assénés et dès la première phrase qu’ils en deviennent un peu indigestes.

Bien sûr, je pourrai, je mettrai, cela sur le compte que celle lecture est directement consécutive à celles de plusieurs enquêtes du Commissaire Maigret de Georges Simenon et, surtout, de l’excellentissime roman « Z, le tueur à la corde » du tout aussi excellent Albert Boissière.

Il est évident que passer derrière ces deux excellents écrivains ne peut qu’être préjudiciable en cas de comparaison.

D’ailleurs, il ne peut y avoir aucune comparaison tant l’écriture, dans le cadre des deux séries, de Pierre Yrondy semble bien terne par rapport à celles de ses deux confrères dont l’un est malheureusement plus illustre que l’autre.

Pourtant, avec la découvert du roman « Jean Durand, détective malgré lui » on avait pu constater que, lorsqu’il le voulait, Pierre Yrondy était capable de produire un récit non seulement maîtrisé d’un point de vue narratif, mais également scénaristique et stylistique.

Pour ce qui est de l’histoire elle-même, le lecteur se trouve en pays connu du moment qu’il a lu les précédents titres de la série.

Effectivement, l’épisode ne brille pas par son intrigue ni pas son suspens (et, du coup, pas par sa plume non plus). Pourtant, il remplit son office usuel en proposant un récit rythmé, sans temps mort et sans prise de tête.

Au final, loin d’être le meilleur épisode de la série (ni par l’intrigue, ni par le style), cette mission de Thérèse Arnaud ne laissera guère de traces dans l’esprit du lecteur, mais assure un petit moment de lecture pas trop désagréable.