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« L’étrange aventure de Mr Brandt » est un étrange roman pour plusieurs raisons.

D’abord, parce qu’il s’agit d’un roman de Pierre Yrondy, auteur énigmatique de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle sur lequel on sait si peu de choses si ce n’est qu’il fut journaliste et directeur du « Montparnasse », directeur de théâtre, auteur de pièces de théâtre, de quelques rares romans et de deux séries fasciculaires : « Thérèse Arnaud, espionne Française » en 1934 et « Marius Pégomas, détective Marseillais », en 1936. Peut-être même fut-il acteur de théâtre.

Énigmatique également, car, dans les rares romans de l’auteur connus recensés jusqu’à présent par les passionnés de littérature populaire, ne figure pas « L’étrange aventure de Mr Brandt ».

Énigmatique de par son titre, puisque « L’étrange aventure de Mr Brandt » ne conte pas réellement une aventure de Mr Brandt qui n’est, somme toute, qu’un personnage très secondaire.

Énigmatique enfin par sa construction puisque ce titre est clairement décomposé en trois parties distinctes qui pourraient laisser penser à un début de série qui aurait été regroupé pour ne former qu’un seul titre.

« L’étrange aventure de Mr Brandt » est un texte dépassant à peine les 50 000 mots qui parut en 1939 en 53 productions dans le quotidien « L’Excelsior »...

L’étrange aventure de MBRANDT – Partie I

Le richissime banquier Mr Brandt a organisé une somptueuse fête dans son domaine pour fêter les 20 ans de sa fille cadette.

La soirée commence. Mr Brandt, arrivé en retard, s’enferme au salon pour converser avec son épouse avant de rejoindre ses invités.

Soudain, un cri perçant, celui de la femme de chambre qui vient de découvrir le corps sans vie de Mrs Brandt…

Mr Brandt est un riche banquier qui donne un somptueux banquet pour les 20 ans de sa fille cadette, Betty. Pour l’occasion, il a dépensé sans compter et invité tout le gratin de la région.

Alors que tous les invités sont déjà arrivés, Mme Brandt et ses deux filles commencent à s’inquiéter du retard de leur mari et père, puisque celui-ci a la manie d’être toujours à l’heure.

Heureusement, Mr Brandt finit par arriver à la fête et va s’enfermer avec sa femme dans une pièce avant de se préparer pour ses invités.

Quelques minutes plus tard, un cri, la bonne trouve Mme Brandt morte, étranglée, dans le salon...

Si Mr Brandt est bien présent dès le début du roman et s’il lui arrive bien une étrange et triste aventure, il va très rapidement céder la vedette a un autre personnage, Bill Michigar, le seul invité inconnu par les hôtes et qui a accompagné un ami de la famille, Chas O’Ketty !

Bill Michigar va alors prendre la main, au bout de quelques pages et la garder définitivement jusqu’au point final de l’histoire.

Entre ces deux moments, Mr Brandt va quasiment disparaître de la circulation, ce qui rend étrange le choix du titre.

Si ce roman début comme un classique roman policier des années 1930, mélangeant faste, sentiments et crime, il va très rapidement prendre une tout autre tournure en s’orientant plutôt vers le roman policier d’aventures à la « John Strobbins » de José Moselli.

Effectivement, une fois le « meurtre » rapidement résolu, Bill Michigar, sous sa véritable identité, va alors devoir affronter un trio d’aigrefins qui ruine des petits épargnants pour gagner de l’argent. Cette lutte constituera la seconde partie du roman.

Mais, une fois ce duel très Strobbinsien, le héros va alors devoir affronter une situation rocambolesque avec le vol d’une forte somme d’argent dans le train dans lequel il voyage incognito et la disparition de l’homme accompagnant la riche femme transportant le pactole. Le train est en marche rapide, personne n’a pu descendre du train, les voyageurs sont peu nombreux, la police était heureusement présente dans le train... pourtant, aucune trace de l’argent ni des voleurs qui ont agressé la femme et kidnappé son accompagnateur...

Pierre Yrondy nous livre donc là un triple récit de facture classique, mettant de côté sa plume si reconnaissable dont il usait pour ses deux séries.

L’humour, malgré une certaine légèreté, est absent, les tics d’écriture également. Point de métaphores étranges dont l’auteur se délectait dans ses séries. Point de ruptures brutales, de phrases réduites à leur part congrue (à une exception près), pas de changement de temps de narration (là aussi, à une ou deux exceptions). Difficile, donc, d’identifier le Pierre Yrondy de « Marius Pégomas » ou de « Thérèse Arnaud », derrière ce texte.

Mais, ce qui surprend le plus à la lecture de ce roman, c’est sa construction et l’incongruité de son titre.

Il m’est difficile de ne pas imaginer (mais j’ai l’imagination fertile) que « L’étrange aventure de Mr Brandt » eut pu être le titre du premier épisode d’une nouvelle série mettant en scène le personnage qui se cache derrière Bill Michigar. Ce premier épisode était alors là pour introduire le personnage en cours de route.

Les deux autres parties pouvaient, du coup, très bien constituer deux épisodes quasi indépendants, avec un fil rouge.

Puis, suite au décès de l’auteur (on ne sait pas quand Pierre Yrondy est mort ni quand il est né), la série n’ayant pas dépassé les trois épisodes, ceux-ci auraient été regroupés pour former un roman !

Ou bien, l’auteur aurait eu d’autres projets et auraient abandonné cette série et, plutôt que de jeter les textes déjà écrits, les aurait regroupés...

Ou bien... 

Peu importe, mais cette structure des trois parties est tellement présente, que ce soit à la lecture que dans la présentation (puisque chaque partie est nommée) qu’il est bien difficile de penser que l’ensemble ait eu pour but de former un roman classique complet.

Malgré cette impression qui durera pendant toute ma lecture, cela ne m’a pas empêché d’apprécier ce roman, même si j’ai été un peu frustré que la part strictement « policière » de celui-ci soit si infime et surtout si rapidement réglée au profit de la part « aventures ».

On pourra également regretter que le héros, finalement, soit si peu original avec sa stature de gangster au grand cœur qui prend aux riches sans scrupules pour redistribuer aux pauvres, sans oublier de prendre sa part du butin.

Les réactions de la famille Brandt sont également un peu difficiles à comprendre et à accepter.

Il en va de même de la décision de Betty Brandt vis-à-vis de Chas O’Ketty (vous vous dites que je suis bien énigmatique et ne savez pas de quoi je parle précisément et vous demandez même pourquoi j’en parle si je n’en dis pas plus ??? C’est parce que ce roman est énigmatique, je vous l’ai dit d’entrée de jeu, et que je vous invite à le lire pour me comprendre).

Mais ces quelques détails mis de côté, Pierre Yrondy nous livre un texte sans originalité, mais sans temps mort, plutôt agréable à lire malgré le découpage et les quelques réactions étranges des personnages.

Au final, dans les « romans » de l’auteur, on préférera « Jean Durand, détective malgré lui », plus prenant et mieux structuré. Mais, pour ceux et celles qui ont aimé les aventures de « John Strobbins », et pour les autres, ce roman offrira tout de même un bon moment de lecture.