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Claude Ascain, de son vrai nom Henry Musnik, bien que né au Chili en 1895, fut un des principaux piliers de la littérature populaire fasciculaire policière (tout en « R ») du début des années 1930 jusqu’à la fin des années 1950.

Si l’auteur a principalement produit des séries autour de personnages récurrents dont, bien souvent, les titres étaient disséminés au milieu d’autres au sein de collections policières, il a également, mais plus rarement, écrit des textes indépendants comme « Mort au téléphone ».

S’il est difficile d’identifier les séries de l’auteur, du fait que les titres étaient bien souvent mélangés à d’autres, Henry Musnik avait pourtant une habitude qui facilitait cette identification : il utilisait un même pseudonyme, dans une même collection pour écrire des textes autour d’un même personnage.

Ainsi, identifiez un pseudo de l’auteur dans une collection généraliste, et vous avez toutes les chances que tous ses textes tournent autour du même personnage.

Et, c’est le fait que ce n’est pas toujours le cas (l’exception qui confirme la règle) qui rend les textes indépendants encore plus difficilement identifiables, à moins d’une lecture.

Ainsi « Mort au téléphone » présente toutes les caractéristiques de la série « Robert Lacelles, gentleman-cambrioleur » puisque le titre apparaît signé par Claude Ascain dans la collection « Le Petit Roman Policier » en 1939-1940 et que tous les autres titres écrits sous ce pseudonyme dans la collection mettent en scène Robert Lacelles... sauf celui-ci.

Pour rappel, Henry Musnik écrivit sous de nombreux pseudonymes dont : Pierre Olasso, Florent Manuel, Jean Daye, Pierre Dennys, Alain Martial...

Mort au téléphone :

Après avoir dîné, comme tous les jours, dans un restaurant, M. Ferront s’en va téléphoner à la cabine de l’établissement. Dans l’habitacle, il s’écroule… mort… empoisonné.

Si l’enquête mène rapidement vers la piste du suicide, l’inspecteur Lacaze, en fin limier, poursuit ses investigations et découvre que le défunt avec une liaison avec une belle veuve.

Tandis que Lacaze interroge la maîtresse de la victime, un appel téléphonique va lui mettre la puce à l’oreille…

L’inspecteur Lacaze est chargé de l’enquête sur la mort d’un homme dans la cabine téléphonique d’un restaurant. La conclusion du légiste est rapide : empoisonnement à l’acide prussique.

La question à laquelle doit désormais répondre le policier est de savoir s’il s’agit d’un suicide ou d’un meurtre. Le défunt, possesseur d’une petite fortune, n’avait, en apparence, aucune raison de se suicider. Mais l’enquête détermine que celui-ci avait une relation secrète avec la veuve d’un ami depuis de longues années et que cette dernière venait de rompre.

Alors que Lacaze pense à boucler son enquête, le suicide se devenant de plus en plus évident, la femme reçoit un appel téléphonique qui va tout changer.

Je ne le dirais jamais assez, mais le format fasciculaire 32 pages (moins de 10 000 mots) n’est pas propice au développement d’une réelle intrigue. C’est encore moins le cas ici puisque l’auteur n’use que de 7600 mots pour son récit.

Les auteurs, dans ce format, se contentent alors souvent de proposer un petit récit dont le but n’est autre que d’occuper sans ennui un petit moment de lecture. Il n’y a guère qu’au cours de séries que celui-ci pourra compter sur un petit plus à travers un personnage qu’il aura pu rendre intéressant, voire, attachant, au fil des épisodes. Le fait de n’avoir plus à présenter son héros libère alors un peu d’espace pour dérouler son récit.

Ce n’est donc pas le cas dans des textes indépendants et ceux-ci souffrent encore plus que les autres d’intrigues faiblardes.

Dans de tels cas, pour vraiment sortir du lot il faudrait posséder une plume altière, originale, drôle.

Ceux qui ont souvent lu les textes de Henry Musnik (sous quelque pseudonyme que cela soit) savent que ce n’est pas la plume n’est pas la qualité première de l’auteur. Non pas qu’il ne savait pas écrire, mais, disons, qu’il faisait plus figure de « bon faiseur » de la littérature plutôt que d’écrivain de talent. 

Bien sûr, si le terme « bon faiseur » peut sembler péjoratif, notamment au sein de littérature populaire (qui, déjà, subit les affres d’un certain dédain d’une partie du monde de la littérature), dans ma bouche, ou, plutôt, sous mes doigts, ce qualificatif n’est pas aussi injurieux qu’il puisse paraître.

Dans tout milieu artistique et principalement dans ceux de l’imaginaire, il existe toujours cette catégorie d’artistes qui, à défaut d’avoir du génie, savent suffisamment bien maîtriser leur art, pour s’assurer procurer du plaisir aux autres, même s’ils savent qu’après dégustation, leur œuvre ne demeurera pas dans les esprits.

C’était le cas de Claude Ascain dont la plume, bien que rarement rébarbative, n’était jamais exaltante. Cependant, ses textes assuraient toujours un certain plaisir de lecture.

C’est une nouvelle fois le cas avec cette histoire, certes, simple, sans épice, mais sans aspérité dont le dénouement ne surprendra pas autant le lecteur que le collègue de Lacaze.

Au final, un petit texte vite et bien lu, mais presque aussitôt oublié.