NC25

« Les aventures d’un pendu » est un épisode de la série Nick Carter, dont la première édition française, par les éditions Eichler, doit dater de 1908 (n° 25 de la collection) alors que l’édition originale américaine, dans la collection « New Nick Carter Weekly », sous le titre « Zanoni, the woman Wizard or the Ward of Doctor Quartz », n° 416, date du 17 décembre 1904.

Si vous ne le savez pas encore, Nick Carter est un personnage littéraire créé par John R. Coryel en 1886.

Détective intelligent, fort, courageux, perspicace, pugnace, et souvent épaulé par ses fidèles compagnons, l’Irlandais Patsy, le Japonais Ten Itchi et son beau-frère Chick Carter, Nick Carter vécu des centaines (des milliers) d’aventures, tant dans la littérature que le cinéma, la radio et la télévision.

La série liminaire était éditée sous forme de fascicules de 32 pages contenant presque 30 000 mots par épisode.

Les aventures de Nick Carter eurent un tel succès aux É.-U. que l’éditeur Eichler acheta les droits de traduction (ainsi que quelques autres séries des éditions Street & Smith, éditeur de Nick Carter) et inonda toute l’Europe de leurs traductions.

En France la série débarque en 1907 et eut un tel succès que de nombreux clones furent très rapidement créés pour concurrencer la série américaine dont le détective Marc Jordan, qui marque, dans l’hexagone, la première immersion des éditions Ferenczi dans le monde du récit policier ainsi que dans celui de la littérature fasciculaire qui firent à la fois le succès de l’éditeur et le plaisir de très nombreux lecteurs pendant plus d’un demi-siècle.

On peut clairement annoncer que Nick Carter fut le catalyseur de tout un pan de la littérature populaire française.

LES AVENTURES D’UN PENDU ou LA PUPILLE DU DOCTEUR

Le terrible et machiavélique Docteur Quartz, ennemi juré du détective Nick CARTER, a enfin été capturé, jugé et condamné à être pendu, en plein hiver, le 24 décembre.

L’exécution se déroule dans un froid polaire. Une fois le corps sans vie détaché et les constatations d’usage effectuées, le gardien de la prison, – en accord avec les médecins réquisitionnés en raison du frimas et afin de préparer au mieux le réveillon, – décide de déposer le cadavre dans la cabane à outils de la cour en attendant le lendemain pour procéder à l’autopsie.

Mais, dans la nuit, un phénomène climatique exceptionnel se produit, un courant d’air chaud confronté aux basses températures crée un dévastateur cyclone qui emporte le cabanon et son funèbre contenu sur son passage…

Quelques mois plus tard, la sœur de la comparse du Docteur Quartz affirme avoir croisé ce dernier à plusieurs reprises…

Le Docteur Quartz, enfin, le clone du Docteur Quartz, puisque, jadis, Nick Carter combattit un autre Docteur Quartz, mais comme ces aventures ne sont pas parues en France, on va éviter dans parler, donc, le Docteur Quartz, l’ignoble, le terrible, le redoutable, le cruel, le démoniaque, le machiavélique, le rancunier, l’intelligent, le fort Docteur Quartz a enfin été arrêté dans l’épisode précédent (n° 23 de la collection chez Eichler, titré « Les assassins du Grand Hôtel »).

Et, même si sa non moins redoutable élève, la belle et cruelle Zanoni a réussi à s’échapper, le fait que le Docteur soit condamné à mort soulage tout le monde.

C’est donc un 24 décembre, comme un joli cadeau de Noël, que l’exécution va avoir lieu.

Le Docteur monte sur le gibet, on lui passe la cagoule, la corde autour du cou, on ouvre la trappe, le corps chute, puis, retenu par la corde, balance jusqu’à ce que les médecins ne perçoivent plus les battements de son cœur.

Il fait très froid, comme il est déclaré mort, le gardien de la prison décide de mettre le corps dans la cabane à outils pour la nuit, permettant à tout le monde de passer le réveillon de Noël tranquille avant de revenir le lendemain pour pratiquer l’autopsie.

Mais, pendant la nuit, un terrible ouragan se déchaîne autour de la prison, emportant la cabane et le corps dans les airs.

Le Docteur Quartz, à qui la volonté et la force colossale avaient permis, en gonflant les muscles de son cou, d’éviter la rupture des cervicales durant la chute, n’est pas réellement mort et, après le froid de l’hiver et la chaleur de l’ouragan, se réveille lentement pour se retrouver projeté dans une rivière juste à côté d’un étrange pêcheur qui le récupère, le ramène chez lui et le soigne...

Oui, il faut bien avouer qu’ainsi raconté, le début de l’histoire semble bien trop rocambolesque pour être crédible. Et, même si je remettais le texte dans son contexte, le début du XXe siècle avec toutes ses lacunes et ses croyances, cela ne suffirait pas à rendre la scène plus crédible.

Je vous rassure, l’auteur lui-même s’en est sans doute rendu compte et est-ce la raison pour laquelle il se sent obligé d’apporter un élément en sa faveur en précisant que le phénomène décrit a réellement eu lieu en hiver 1888 dans le Kansas.

Mais, joie de la traduction à l’emporte-pièce, dans la traduction Eichler, la « note » est intégrée au texte laissant penser que l’auteur précise que la scène de la pendaison et de l’« évasion » du Docteur Quartz a eu lieu en 1888 ce qui laisse plus que dubitatif.

Heureusement, cette bévue est réparée dans la réédition numérique.

Quelques mois se passent sans qu’il ne fasse de doute dans l’esprit de tout le monde et de Nick Carter, que le Docteur Quartz est bien mort. Comment pourrait-il être autrement ?

Cependant, Albert Peyton (celui que le Docteur Quartz a poursuivi de sa haine durant des années, et beau-frère de la terrible Zanoni) vient rendre visite au détective pour lui demander de parler à sa femme (la sœur de Zanoni) qui est persuadée, depuis quelques semaines, de voir régulièrement le Docteur Quartz.

Nick Carter accepte d’aller raisonner la jeune femme, mais, arrivé à son hôtel avec son mari, les deux hommes découvrent la jeune femme morte, le crâne éclaté, le corps lardé de coups de couteau.

Mais n’avaient-ils pas cru voir Zanoni dans le hall de l’hôtel ???

La lutte avec le Docteur Quartz n’en finit pas de finir et quand on croit que c’est terminé, c’est reparti.

Alors que le Docteur Quartz est mort, il vit encore et c’est reparti pour un tour.

Certes, le postulat de départ de l’épisode semble un peu rocambolesque et la lutte redondante, mais pourtant, une fois dépassés les a priori, l’épisode déroule son histoire tout comme les précédents, sans réelle surprise (si ce n’est la violence du meurtre de la sœur de Zanoni), mais avec le même plaisir.

Même plaisir, c’est-à-dire une aventure sans temps mort, avec de l’action, qui se lit vite.

Au final, un épisode un peu desservi par un début peu crédible, mais qui, ensuite, développe son histoire de manière classique, dans la lignée des épisodes précédents.