0

Raaa, la littérature populaire française est un vaste territoire difficile à défricher.

Mais si la littérature populaire française offre parfois des allures de jungle amazonienne, la littérature populaire québécoise semble bien plus impénétrable pour un petit lecteur de l’hexagone.

Aussi, n’ai-je pas grand-chose à raconter sur l’auteur de « La tête de mort », un certain Jean Jacques.

Pas beaucoup plus à dire sur la série à laquelle appartient ce titre : « Les aventures policières de l’inspecteur Durand ». L’éditeur est un certain A. Buot, et le titre a été édité en 1944.

« La tête de mort » est le 4e épisode de la série.

Celle-ci conte les enquêtes à domicile de l’inspecteur Durand, ancien détective de la Sûreté Municipale qui a perdu ses deux jambes à la guerre et qui, après avoir aidé son ami l’inspecteur Tremblay à résoudre une affaire depuis son fauteuil, a été nommé inspecteur de la Sûreté et s’est vu adjoindre le fameux Tremblay comme adjoint.

La tête de mort :

Peggy Minto, amie de la fille de l’inspecteur Tremblay, demande à celui-ci de l’aider à prouver l’innocence de son fiancé qui a été retrouvé pendu après avoir été accusé de trahison et de l’assassinat de deux agents du service secrets.

Les soupçons de l’inspecteur Durand ne tardent pas à se diriger vers une clinique dans laquelle s’est rendu le fiancé peu de temps avant les faits...

L’inspecteur Tremblay et l’inspecteur Durand sont donc chargés de prouver l’innocence d’un jeune ingénieur soupçonné d’avoir fait passer des informations aux services secrets étrangers sur les canons à la construction desquels il participe ainsi que d’avoir assassiné deux agents des services secrets afin de se donner la mort.

Pourtant, la fiancée du défunt assure que celui-ci n’est pas coupable, du moins des meurtres, puisqu’elle était présente au moment de l’action.

Les deux policiers apprennent que l’ingénieur avait fait un séjour dans une clinique quelque temps auparavant et que, depuis, il avait changé.

Et l’enquête démontre que plusieurs personnes travaillant dans la même usine ont également eu affaire à la même clinique.

Court texte, donc, que ce fascicule de 32 pages qui dépasse à peine les 8 500 mots.

Il n’y a pas de mystères, si les auteurs français, en si peu d’espace, étaient incapables de proposer de véritables intrigues, il n’y a pas de raison que leurs homologues québécois y soient parvenus.

Donc, pas de réelles intrigues dans ce court roman. Dans ces cas-là, l’intérêt peut résider soit dans les personnages, soit dans le style.

Et c’est le personnage qui m’a le plus attiré vers cette série.

En effet, si le fait qu’un enquêteur résolve des affaires sans bouger de chez lui n’est pas forcément novateur (Sherlock Holmes y parvenait déjà), le fait qu’il soit handicapé et, donc, contraint à cette nécessité, pouvait apporter un petit plus.

Mais, malheureusement, cette faculté n’a d’intérêt que si le personnage est hautement perspicace. Et il ne peut démontrer sa perspicacité, qu’à travers des intrigues touffues. Or, le format ne le permet pas.

Ainsi, même si je me doutais pour deux raisons que le roman ne me subjuguerait pas, j’ai tout de même tenté l’expérience.

Je dis pour deux raisons, alors que je n’en ai évoqué qu’une, l’incapacité de mettre en valeur un tel personnage à travers un texte aussi court.

Vous vous doutez bien qu’il existe donc une seconde raison : mes quelques incursions dans le monde de la littérature populaire fasciculaire québécoise n’ont jamais été concluantes. Certes, je n’ai pas pu me confronter à beaucoup d’auteurs (mais il me semble qu’il n’y en avait pas tant que cela), mais à chaque fois la conclusion quant au style de ceux-ci était très défavorable.

Cette nouvelle expérience ne fait que confirmer mes craintes.

Si, bien sûr, les tournures de phrases peuvent varier d’un pays francophone à l’autre et ainsi surprendre un lecteur peu habitué, il faut tout de même reconnaître que la quasi-absence d’expressions locales aurait dû favoriser l’acclimatation.

Aussi, ai-je tendance à mettre ma dubitativité, sur le manque de qualité de la plume des auteurs plutôt que sur la nuisance d’un certain « exotisme »...

Car il faut bien avouer que nous avons une chance incommensurable d’avoir eu, en France, une littérature populaire très développée, à laquelle ont participé nombre d’auteurs talentueux (même quand ceux-ci provenaient d’autres pays francophones comme la Belgique). De notre littérature populaire offre une palette immense de styles, de genres et de formats qui en font probablement la plus florissante au monde. Ce n’est pas pour rien que bien des auteurs pourtant oubliés de nos jours, chez nous, ont été et sont encore traduits et édités dans divers pays du globe.

En comparaison, tant au niveau quantitatif que qualitatif, j’ai bien peur que la littérature populaire québécoise soit bien fade.

Je n’ai pourtant rien contre nos amis d’Amérique du Nord, bien au contraire, puisque je considère que leur culture humoristique est bien plus grande que la nôtre et que leurs humoristes sont bien plus talentueux et plus nombreux qu’en France et je suis un gros consommateur des spectacles de leurs artistes (Jean-Marc Parent, Laurent Paquin, Dominic et Martin, Louis-José Houde, Mike Ward, et tant d’autres...).

Je consomme aussi, dès que je le peux, certaines de leurs séries ou de leurs films.

C’est dire si je n’ai rien contre la culture québécoise. Mais, force est de constater que la littérature populaire n’était pas leur domaine de prédilection.

C’est probablement la raison qui fait qu’elle est totalement ou presque inconnue dans l’hexagone et si difficilement inaccessible.

« Les aventures policières de l’inspecteur Durand » partait d’un postulat de départ intéressant : un enquêteur sans jambes qui résout les affaires depuis sont fauteuil, sans bouger de chez lui. Cependant, en adjoignant au héros un personnage secondaire, l’inspecteur Tremblay, qui se révèle être les jambes de celui-ci, l’auteur additionne à la tête de Durand, les jambes de Tremblay, créant un personnage classique à partir de deux personnages, annihilant par là même l’intérêt que pouvait représenter l’infirmité du héros.

Au final, l’auteur, en plus de proposer un style très fade et d’être contraint à un format ne favorisant pas son héros, retire tout l’intérêt que pouvait apporter son infirmité en la compensant par un personnage subalterne. Dommage.