Morgan-AUDIC-De-bonnes-raisons-de-mourir

Parfois... souvent... presque toujours, du moins ces derniers temps et les temps sont longs, je cherche mon plaisir littéraire dans les œuvres d’hier.

Mais, parfois, j’aime découvrir un nouvel auteur, suivre sa carrière, sa production, l’avancée de sa plume.

Ce fut le cas, ces dernières années, avec Olivier Norek. Le plaisir fut sans cesse ou presque croissant, sans jamais que la déception soit présente.

Ce fut également le cas avec Bernard Minier, mais là, le plaisir fut en dents de scie.

Ma découverte d’aujourd’hui, n’est pas une découverte pour tout le monde puisque l’éditeur de cet auteur n’hésite pas à le qualifier de « Nouveau prodige du thriller français ».

En même temps l’encart est probablement plus vendeur que s’ils disaient : « Ne lisez pas, c’est de la merde », un titre qu’aurait pu donner Laurent Baffie à un de ses livres, mais il a déjà testé, à ses frais, tel slogan pour son film...

« De bonnes raisons de mourir » est le second roman de Morgan Audic, un jeune prof d’histoire-géo de Rennes.

Pourquoi découvrir un auteur par son second roman ? Probablement parce qui ni le titre ni le résumé du premier ne me tentait. Aussi, ne voulant pas partir à la découverte d’Audic avec un mauvais a priori qui aurait pu rendre mon sentiment envers lui subjectif, j’ai préféré voyager au pays de la radioactivité avec son second roman.

De bonnes raisons de mourir :

Un cadavre atrocement mutilé suspendu à la façade d’un bâtiment. Une ancienne ville soviétique envoûtante et terrifiante. Deux enquêteurs, aux motivations divergentes, face à un tueur fou qui signe ses crimes d’une hirondelle empaillée.
Et l’ombre d’un double meurtre perpétré en 1986, la nuit où la centrale de Tchernobyl a explosé...

Le corps d’un jeune homme est retrouvé mort suspendu à la façade d’un immeuble de Priapat, ville proche de Tchernobyl abandonnée après l’explosion du réacteur de la centrale nucléaire.

Abandonné, le village, mais souvent visité par des touristes et des trafiquants en tous genres.

Le capitaine Melnyk, un flic bourru, muté à Tchernobyl, au grand dam de sa femme, est chargé de l’enquête. Il est épaulé par la jeune fliquette Novak.

Mais Vektor Sokolov, le père de la victime, un riche ancien ministre russe aux méthodes douteuses, décide d’embaucher un ancien militaire, Rybalko, pour retrouver l’assassin et l’éliminer.

Et Sokolov est persuadé qu’il existe un lien entre la mort de son fils et celle de sa femme, trente ans plus tôt, le jour de l’explosion de Tchernobyl.

Morgan Audic est donc un tout jeune auteur, mais on sent qu’il est nourri à la littérature policière actuelle, du moins, si ce n’est pas le cas, use-t-il des mêmes procédés et techniques que ses confrères plus aguerris.

D’ailleurs, en analysant un peu le scénario et sa construction, on se rendra compte que l’auteur empile les éléments usuels du roman policier à suspens à succès.

D’un côté, deux flics. Le vieux bourru et la jeune recrue.

La narration alternée entre deux enquêtes parallèles qui vont finir par se rejoindre.

Les deux personnages principaux qui sont à la fois éloignés et si proches l’un de l’autre.

L’enquêteur alcoolique, drogué, baiseur, traumatisé, mais, qui pour une fois, n’est pas suicidaire, pas besoin, il a déclaré un cancer foudroyant du fait des radiations de sa jeunesse (il est originaire de Priapat) et le médecin ne lui donne plus que quelques mois à vivre que le bonhomme veut mettre à profit pour gagner un max de tunes pour l’opération de sa fillette.

Le tueur machiavélique, mystérieux et énigmatique.

La fausse piste.

La relation sentimentale naissante menacée par le tueur.

Le rebondissement final.

Et une fin... bon, que vous découvrirez en lisant le roman.

Certes, ainsi dépouillée, l’histoire ne donne pas plus envie que cela et laisse à penser que l’on va une nouvelle fois se trouver face à un roman efficace, mais somme toute assez classique.

Mais c’est là que Morgan Audic apporte une plus-value indéniable en choisissant intelligemment sa scène de jeu : Tchernobyl et ses alentours.

Et ce choix fait toute la différence.

Déjà, parce que l’auteur s’est bien renseigné, qu’il est prof d’histoire géo, donc, passionné par ce genre de sujet, et qu’il est à la fois ludique et didactique tant dans l’aspect géographique, que politique ou historique.

Mais, en plus, l’air de rien, l’auteur pousse à se poser des questions : comment peut-on faire du tourisme à Tchernobyl ? Que sont devenus les métaux et autres matériaux des villages abandonnés et qui ont été l’objet de nombreux trafics ? Le bois ? Qui pense encore à ces nombreux hommes qui se sont sacrifiés à l’époque pour éviter que la catastrophe soit encore plus mortelle ? Les risques sont-ils totalement maîtrisés à Tchernobyl ? Et ailleurs ?

Bref, que des questionnements qui sont inconsciemment resté enfermés au plus profond de nos esprits depuis plus de 30 ans les réponses étant à la fois perturbantes, inquiétantes et effrayantes.

D’autant que l’auteur parvient parfaitement à rendre l’ambiance que l’on imagine être celle des alentours de la centrale et les états d’esprit que l’on peut penser être ceux des habitants de la région.

Et c’est ce qui fait indéniablement la différence, car, si l’on se concentre un peu sur le contenu narratif, comme déjà précisé, on se rend compte d’un certain « classicisme » avec ces chapitres alternés entre les deux enquêtes qui finissent par se rejoindre.

Et si l’on se penche un peu sur le scénario lui-même, force est de constater qu’il n’est pas le plus haletant, le plus novateur et encore moins le plus crédible.

Car, d’une part, l’intrigue elle-même ne force pas le respect.

Si l’on comprend les motivations du meurtrier, difficile, par contre, d’adhérer à sa façon de procéder.

Mais qu’importe, Morgan Audic, avec intelligence, presque avec « métier », parvient à faire fi des défauts de son livre et à les maîtriser suffisamment pour que ceux-ci passent au second plan et que le lecteur se concentre sur autre chose et trouve son plaisir.

Car plaisir de lecture il y a et, si ce n’est un tour de force, c’est, du moins, gage d’un certain savoir-faire d’autant plus encourageant que l’auteur n’est pas un vieux briscard et a encore le temps de s’améliorer.

Au final, un bon roman qui se lit avec un grand plaisir grâce, notamment et surtout à l’ambiance radioactive qui émane des lieux si particuliers du crime.