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Dans la littérature populaire, il y a les bons auteurs, parfois, les grands auteurs et il y a les tâcherons.

Cette dernière catégorie, probablement celle comptant le plus de membres des trois, une hiérarchie peut également se deviner en fonction de l’aisance, du métier, de la maîtrise et, osons le dire, du talent de chacun.

Marcel Idiers, auteur belge né à la fin du XIXe siècle et dont la production s’étale depuis la fin de la Première Guerre mondiale jusqu’un peu après la seconde, fait indéniablement partie de cette large communauté qui, pour aussi obscure qu’elle soit, a pourtant abreuvé les envies de lecture de plusieurs générations par leurs nombreux récits s’ancrant dans les genres à la mode à l’époque (sentimental, aventures et policier) et, notamment les plus jeunes.

Et c’est dans la collection « Romans pour la Jeunesse » des éditions Rouff, qu’en 1935, « Le diamant tragique » est paru sous la forme d’un fascicule de 32 pages contenant 16 000 mots plus quelques illustrations. Le texte était alors signé par Robert Pedro, un des pseudonymes de Marcel Idiers.

LE DIAMANT TRAGIQUE

Un Hollandais est retrouvé étranglé dans un hôtel à Paris.

L’inspecteur Legrain, chargé de l’affaire, ne tarde pas à établir que, la veille, le défunt avait reçu plusieurs négociants en pierres précieuses afin de leur vendre un inestimable diamant.

La vente n’ayant pas eu lieu, le bijou a été enfermé, pour la nuit, dans le coffre-fort de l’établissement ; or, si l’assassin l’a forcé pour dérober le joyau, il s’est totalement désintéressé de l’argent qu’il contenait.

M. von Offner, un négociant hollandais en diamants, reçoit des acheteurs potentiels, dans l’hôtel parisien dans lequel il est descendu, pour un superbe diamant en sa possession.

Mais le prix demandé étant trop important, la pierre de se vend pas et le Hollandais l’enferme dans le coffre-fort de l’hôtel.

Avant de monter se coucher, il est pris de peur en apercevant un hindou dans le salon de lecture, mais celui-ci disparaît sans que personne d’autre ne le voie.

Durant la nuit, M. von Offner est étranglé et le coffre-fort forçé : le diamant a disparu.

L’inspecteur Legrain va être chargé de l’affaire, étrange affaire, car, bien que le négociant fût en possession d’une forte somme et que le coffre-fort contenait une somme encore plus forte, seul le diamant a été volé.

Comme je dis bien souvent, du moins chaque fois que j’aborde un texte de Marcel Idiers (excepté ceux de la série « L’Homme au stylo ») Marcel Idiers n’est pas reconnu pour la qualité de sa plume ni pour l’originalité de ses intrigues. Pour autant, cela ne l’empêche pas d’avoir grandement participé à l’essor de la littérature populaire, si ce n’est qualitativement, du moins, quantitativement.

Pour autant, il ne faut pas toujours bouder ses productions, car, si elles n’émerveillent jamais le lecteur (rares sont les auteurs de littérature populaire qui peuvent se vanter de le faire), elles remplissent bien souvent leur office de proposer un agréable moment de lecture. Le côté « agréable » étant variable en fonction des textes.

D’autant que le format fasciculaire est un type d’écrit dont la concision est une contrainte empêchant les auteurs de proposer des intrigues échevelées et des personnages étoffés. Aussi, c’est bien souvent par le mode sériel et via un personnage récurrent que les auteurs de l’époque ayant tiré la quintessence de ce format y sont parvenus.

C’est dire si la tâche est ardue quand on s’attelle à un « One shot », un récit totalement indépendant avec des personnages que l’on ne retrouvera pas par la suite.

C’est le cas de « Le diamant tragique » du moins, le pensé-je, mais je pourrais être contredis en lisant l’intégralité de la production de l’auteur (car certains écrivains de l’époque n’hésitaient pas à disséminer les aventures de leurs personnages préférés dans diverses collections et chez divers éditeurs) ce que je ne compte pas faire vu la quantité de titres, la difficulté à en trouver certains et le fait que Marcel Idiers ne figure pas dans ma liste prioritaire d’auteurs à lire absolument.

Cependant, malgré tout, dans ce récit un peu plus long que la moyenne pour un tel format, Marcel Idiers nous entraînant à la suite de son policier à travers les océans, puisque c’est avant tout à un récit d’aventures auquel il nous convie, parvient à capter l’attention des lecteurs de façon plutôt agréable même si l’ensemble demeure sans surprise, tant dans les genres des personnages que dans les thèmes abordés puisque l’exotisme des colonies, notamment indiennes, et de leurs populations primaires (dans les textes) est de nouveau au centre de cette intrigue.

L’ensemble est suffisamment rythmé et dénué de temps mort pour captiver jusqu’à son terme bien que celui-ci ne fit aucun doute dans l’esprit du lecteur.

Au final, plutôt à placer dans le haut du panier des productions de Marcel Idiers, ce petit récit d’aventures policières est plutôt agréable à lire et c’est déjà pas mal.