CouvLFDLA

« Le fil de l’araignée » est un court roman de Maxime Audouin.

Maxime Audouin est un nouvelliste de la fin du XIXe et du début du XXe siècle par trop oublié à notre époque.

Né en 1858 sous le nom difficile à porter de Eugène Delacroix, il fut principal de collège et écrivit un grand nombre de nouvelles, romans et contes, pour les divers journaux de son époque.

Il mourut en 1925 laissant la grande partie de sa production disparaître avec les journaux et les magazines.

« Le fil de l’araignée » fut publié au début du XXe siècle dans le supplément « Le Petit Journal Illustré » ainsi que dans la revue canadienne « La revue populaire » en 1908.

 

LE FIL DE L’ARAIGNÉE

 

Madame de Roche-Avon est découverte sans vie, au matin, dans son lit, victime d’une piqûre d’araignée. L’horrible bête est retrouvée près de l’oreiller.

 

Le docteur Chaîgnebrun, futur gendre de la défunte, ne tarde pas à émettre des doutes quant à l’aspect accidentel du décès. En effet, l’abdomen de l’insecte incriminé est ceint d’une fine cordelette de soie rouge et semble mort depuis quelques jours…

 

Tout indique une mise en scène destinée à cacher un machiavélique empoisonnement…

 

Mme de Roche-Avon est retrouvée morte dans son lit au petit matin. Vite, le domestique de la défunte va chercher le docteur Chaîgnebrun, médecin de la victime, mais surtout fiancé, de la veille, avec la fille de la défunte.

Sur place, les deux hommes découvrent une grosse araignée au côté de la vieille dame et le médecin retient de justesse le valet de l’écraser. Réflexe salutaire puisqu’il lui permet de constater deux faits étonnants : l’insecte est mort depuis plusieurs jours et son corps est ceint d’une fine cordelette de soie.

Il décide donc d’analyser la substance sortant de la piqûre faite au visage de la morte et constate qu’il s’agit de curare. Ce produit et l’endroit de la blessure lui laissent penser que celle-ci a été faite par un crochet en remontant.

Le médecin fait alors appel au fils d’une patiente qu’il a sauvé de la maladie, parce que celui-ci cherche depuis longtemps à payer sa dette, mais surtout parce qu’il est policier.

Les deux hommes vont alors chercher à comprendre comment le meurtre a été commis et, surtout, par qui...

Court roman, donc, pas tout à fait 20 000 mots (environ 2 heures de lecture) qui, de par sa concision, ne va pas laisser la latitude à son auteur de développer une intrigue haletante.

Et cela peut être considéré comme fort dommage puisque l’histoire débute sur un fait intriguant, mystérieux et prometteur. Promesse qui ne sera pas pleinement tenue, comme on va le voir.

Maxime Audouin est un nouvelliste et un feuilletoniste dont les récits, parfois, furent réédités sous la forme de romans pérennes. Pour autant, son nom et son œuvre sont depuis des décennies tombés dans l’oubli, si ce n’est le court roman « La bande mystérieuse » réédité il y a quelques années en numérique.

L’auteur s’est essayé à plusieurs genres littéraires, se confrontant rarement au genre policier pur. Ses rares incursions dans le domaine policier (encore balbutiant à l’époque de l’apogée de sa carrière) sont d’ailleurs souvent des œuvres hybrides, comme l’est, ce « Le fil de l’araignée ».

Car, si le tout début du roman laisse espérer un véritable roman policier à suspens, celui-ci tourne plutôt assez court et l’auteur préfère se concentrer sur l’aspect aventure, teinté d’un peu de sentiments.

En effet, une fois le meurtre mystérieux avéré, le côté « enquête » de l’histoire est plutôt mis de côté au profit d’un autre pan du récit, autre pan qui, on s’en doute, va vite éclairer le crime.

Pourtant, dans cette seconde partie du roman, l’auteur laisse, volontairement, ou par naïveté, ou parce que le lecteur d’alors était moins aguerri aux codes du roman policier pour être aussi perspicace, deviner très rapidement le meurtrier.

Et l’on peut être déçu par ce choix, peut-être commandé par une concision exigée, tant la promesse pouvait être alléchante.

Cependant, l’ensemble se lit très agréablement, Maxime Audouin étant un bon conteur.

J’aurais, pour ma part, un tout petit bémol du fait de la progression pour partie de l’intrigue via un procédé auquel j’adhère difficilement : la narration épistolaire, via des courriers échangés.

Certes, à l’époque, le procédé était usuel et par encore usé jusqu’à la corde, mais désormais...

On notera également les changements de temps, avec des transitions courtes narrées au présent afin de dynamiser le récit, procédé utilisé encore quelques décennies plus tard par d’autres auteurs de la littérature populaire.

Au final, si « Le fil de l’araignée » n’est pas le roman policier intrigant et mystérieux que son prologue laisse deviner, il n’en est pas moins un petit roman très agréable à lire, dans la veine et dans le style de son époque.