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Maxime Audouin fait partie de ces très nombreux auteurs de la littérature populaire injustement oubliés de nos jours après avoir ravi les lecteurs pendant des décennies grâce à leurs nouvelles, contes et romans, souvent publiés dans les journaux et les magazines de l’époque.

De son vrai nom Eugène Delacroix (rien à voir avec le peintre), né en 1858, Maxime Audouin (du nom de jeune fille de sa mère), fut d’abord enseignant et principal de collège de la ville de Fougères en Bretagne. Il y tint une chronique dans la gazette locale avant d’écrire des contes, nouvelles et romans dans les journaux locaux puis nationaux.

L’auteur vécut la seconde partie de sa vie à Pouliguen, où il y mourut en 1925.

Maxime Audouin a écrit de nombreux romans ou longues nouvelles d’aventures, de mystères ou policières, n’hésitant pas à mélanger souvent les genres.

D’une belle plume, il était avant tout un excellent conteur qui savait happer le lecteur durant tout son récit sans jamais le lasser.

Le puits qui pleure :

 Lorsque je reçus ma nomination de professeur de quatrième au collège de Saint-Julien, je ne pouvais guère prévoir l’étrange enchaînement de circonstances qui allaient me lancer en plein mystère – en plein drame ?...

Dans cette vieille cité bretonne, je ne trouvais, pour me loger, qu’une vaste et solide demeure bourgeoise qu’aucun Saint-Juliennois ne voulait habiter et que tous surnommaient : « La maison du crime ».

Mais la bâtisse, d’avoir été témoin du meurtre de son ancien propriétaire, pâtissait, de surcroît, auprès des autochtones, de sa réputation d’abriter, dans sa cave, un puits mystérieux à l’aura quasi diabolique d’où s’étaient échappés des pleurs lors de la funeste nuit de l’assassinat.

Croyez-vous que ces éléments fussent suffisants à me dissuader d’habiter les lieux ? Pensez-vous ! bien au contraire, mon esprit cartésien faisait fi de ces archaïques superstitions…

Et, pourtant, c’est dans ses murs que je vécus l’aventure la plus exaltante, la plus dangereuse et la plus glorieuse de ma vie…

« Le puits qui pleure » est une longue nouvelle (je dirais plutôt « un court roman ») d’un peu moins de 25 000 mots qui fut publiée, à l’origine, au tout début des années 1900 dans le magazine « Lecture pour tous ».

Ce récit met en scène un jeune enseignant qui débarque pour sa première nomination dans un vieux village breton. Peu désireux de vivre dans une chambre d’hôtel, il décide de rechercher une maison à louer, mais celles-ci se font rares et il ne trouve qu’une seule bâtisse de libre, une maison dont, récemment, le propriétaire fût étranglé, dans sa chambre, par son neveu.

Personne ne voulant loger dans « La maison du crime », le professeur parvient à louer la bâtisse à bon prix et y emménage rapidement, prenant pour bonne l’ancienne domestique du défunt.

Lors de la visite, celle-ci lui explique qu’elle accepte de le servir à la condition de ne pas dormir seule dans la maison, effectivement, la vieille femme a peur, car la demeure, en plus de cette sombre histoire de meurtre, abrite un puits dans sa cave, un puits qui a pleuré lors de la funeste nuit.

L’enseignant n’étant pas superstitieux et ne craignant ni les fantômes ni le diable ne fait aucun cas de ces révélations.

Mais, très vite, il va s’intéresser à la fois au meurtre et au puits de sa nouvelle demeure, intérêt devenant obsession... une obsession qui va le conduire à vivre une aventure trépidante et dangereuse...

Maxime Audouin base donc son intrigue sur un double mystère, celui d’un meurtre dont le suspect est pourtant apprécié de tous et celui d’un puits d’où s’échappent des bruits inquiétants.

Curieux de nature, le héros de cette histoire, convaincu assez rapidement de l’innocence du jeune homme accusé, va se lancer dans une enquête personnelle. 

Avec une plume en apparence classique et simple (mais il n’y a qu’à s’attarder sur quelques descriptions pour se convaincre du contraire), l’auteur présente son héros et le contexte de l’intrigue dans une traditionnelle narration à la première personne.

Mais, quand la part enquête surgit, Maxime Audouin change son système narratif pour nous conter cette dernière sous forme de « journal intime ».

Je dois avouer que ce système narratif du journal intime me lasse bien souvent et qu’il faut beaucoup de talent pour parvenir à me contenter avec un tel mode de narration. Rares sont les auteurs à y être parvenus, qu’ils soient d’hier ou d’aujourd’hui et, pourtant, il faut reconnaître que Maxime Audouin y est parvenu au-delà de mes espérances.

Effectivement, le mode narratif est maîtrisé et colle à la perfection à la temporalité très courte de l’intrigue ainsi qu’à la simplicité de cette dernière.

Entendons-nous, « Le puits qui pleure » bien que posant ses bases sur un mystère, n’est pas un roman à suspens, mais un roman d’aventures naviguant sur le courant du roman policier pour aller de l’avant.

Ainsi, l’enquête avançant rapidement, à grand renfort de hasard plus que de patience ou de perspicacité, celle-ci se marie mieux avec le système narratif usité.

D’ailleurs, rappelons qu’à l’époque de sa publication (1902 ou 1903), le genre policier est encore balbutiant et si quelques auteurs tirent la quintessence d’un genre pur, beaucoup le diluent dans des intrigues sentimentales ou, plus facilement, des péripéties aventureuses afin de divertir un public bien souvent familial.

Pour en revenir à la plume de Maxime Audouin, si ses écrits datent de plus de cent ans et qu’on e peut lui accorder l’adjectif de « Moderne », il faut reconnaître à l’auteur qu’elle n’est point pour autant surannée en comparaison de certains de ses confrères qui, pour avoir travaillé un peu trop leur style, font que celui-ci est désormais un peu trop ampoulé pour les lecteurs modernes.

Au final, « Le puits qui pleure » est un très bon roman court, simplement écrit, mais parfaitement maîtrisé, avec tous les atouts pour contenter le lecteur que je suis.