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Henry Musnik fut un grand pourvoyeur de la littérature populaire française bien qu’il soit né au Chili en 1895.

Il écrivit un nombre considérable de petits récits dont il inonda les nombreuses collections de divers dans le second tiers du XXe siècle, sous de nombreux pseudonymes (Gérard Dixe, Claude Ascain, Pierre Olasso, Pierre Dennys, Jean Daye, Florent Manuel, Alain Martial...)

Si Henry Musnik ne peut pas être reconnu comme un auteur de talent, il est tout de même loué pour son immense production et les nombreux personnages récurrents qu’il développa.

Mais Henry Musnik peut également être vanté (ou pas) pour sa roublardise, car, s’il a effectivement énormément écrit, il a aussi beaucoup emprunté, à d’autres auteurs, via, par exemple, des traductions autorisées ou non des aventures de Sexton Blake, mais également à lui-même en réécrivant certains de ses textes pour les adapter d’un de ses personnages à un autre.

C’est ainsi le cas de « La mystérieuse pensionnaire », épisode dévolu à son personnage de détective Yves Michelot en 1950, développé, à l’origine, sous le pseudonyme de Florent Manuel, qui se révèle être une version à peine allongée d’un épisode de la série « Les enquêtes du commissaire Lenormand » datant, probablement, de 1946 et écrite sous le pseudonyme de Gérard Dixe (on s’y perdrait).

Yves Michelot est un personnage qui vécut au moins 11 aventures disséminées au sein de la collection « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi, au début des années 1950.

Le détective a pour élève le jeune Claudin.

 

LA MYSTÉRIEUSE PENSIONNAIRE

 

Madame Nairod qui louait une chambre dans un établissement de Malo-les-Bains a mystérieusement disparu.

 

Son corps est retrouvé sur une plage, trois jours plus tard. La victime a été étranglée puis jetée à l’eau.

 

Le détective Yves MICHELOT, décidé à élucider ce crime, ne tarde pas à établir que la défunte, qui avait fourni une fausse adresse lors de son inscription dans la pension, ne s’appelait pas Madame Nairod.

 

Mais qui pouvait bien être cette mystérieuse pensionnaire ?...

 

Mme Nairod, une pensionnaire des « Coquillages » a disparu. Elle avait l’habitude, depuis son installation dans la pension, de sortir le dimanche matin pour retrouver son beau-frère, mais c’est un mercredi matin qu’elle disparaît sans laisser de trace.

Mais, trois jours plus tard, des enfants trouvent son corps sur la plage. Elle a été étranglée et jetée à l’eau.

La police patauge, mais, heureusement, le détective Yves Michelot va entrer en action.

Mme Nairod ne s’appelait pas Mme Nairod et semblait vouloir cacher quelque chose.

L’adresse qu’elle a laissée à l’inscription dans la pension est fausse.

Le beau-frère est introuvable.

Court récit, donc, à peine plus de 8000 mots, pour lequel je pourrais, tout comme l’auteur, paraphraser ma chronique sur « L’énigmatique Madame Sarton », dont il est une version à peine allongée (Madame Sarton occupe à peine plus de 5 600 mots).

La réédition numérique de « La mystérieuse pensionnaire » et de toute la série des Yves Michelot, est publiée sous le pseudonyme de Claude Ascain, sûrement par commodité et pour permettre aux lecteurs d’aujourd’hui de retrouver plus facilement les textes de l’auteur puisqu’une précédente série de Henry Musnik, « Robert Lacelles, détective cambrioleur », avait déjà été rééditée sous ce pseudonyme.

Inutile de préciser à nouveau qu’un récit de 10 000 mots et moins (le contenu usuel d’un fascicule classique de 32 pages) ne peut proposer, de par la concision requise, une intrigue digne de ce nom et peut, rarement, sauf dans les séries, au fil des épisodes, proposer des personnages étoffés.

Ce n’est donc pas ce qu’il faut rechercher dans ce genre de texte. Non, le lecteur, en abordant un tel récit, recherche avant tout à combler un petit moment de lecture en pouvant lire une histoire entière en un court laps de temps.

Le but, alors, est de proposer une lecture, si ce n’est exaltante, du moins, agréable.

Henry Musnik, quel que soit son pseudonyme, parvient souvent à ce résultat, mais jamais plus (manque de talent, de temps, d’envie, d’ambition ??? je ne sais pas) contrairement à certains auteurs qui se font tout de même rares.

Ce sera une nouvelle fois le cas ici avec une intrigue basique, une narration linéaire, des rebondissements et des avancées dues uniquement à la chance et des personnages peu esquissés (ce qui permet de réutiliser plus facilement leurs aventures d’un héros à un autre).

Yves Michelot, comme pour les précédents épisodes, n’est quasiment dépeint qu’à travers son statut de détective réputé.

Pas grand-chose d’autre à dire si ce n’est un petit reproche, celui de proposer une version allongée par rapport à celle du commissaire Lenormand, mais en la purgeant du meilleur passage, celui ou le héros (et l’auteur, à travers lui), avouait et assumait le fait que son enquête n’ait avancé et abouti que grâce à des hasards fortuits.

Au final, rien de révolutionnaire dans ce texte, juste un petit moment de lecture agréable. La recherche des « emprunts » de Musnik à travers ses pseudonymes est une aventure plus exaltante que cela.