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On pourrait se demander comment ou pourquoi, un amateur éclairé (avec des ampoules à économie d’énergie) de littérature populaire policière comme moi n’avait, jusqu’à présent, encore jamais lu un roman de Pierre Véry.

Oui, on est en droit de se poser la question et même de me fustiger pour cette lacune.

Mais Pierre Véry fait partie de ces auteurs dont je connaissais une partie de son œuvre bien que cela ne soit que via des adaptations cinématographiques de ses récits.

Certes, j’ai vu, il y a fort longtemps, le film « Les disparus de Saint-Agil » de Christian-Jaque, datant de 1938 et réunissant pas moins que Michel Simon, Erich Von Stoheim et le tout jeune (à l’époque) Mouloudji.

Bien évidemment, j’ai regardé « Goupil mains rouges » de Jacques Becker, datant de 1937 et dont les comédiens sont tous désormais inconnus du grand public.

Oui, j’ai vu, ou, du moins, ai-je l’intention de voir « L’assassinat du Père Noël », un film de Christian-Jaque, encore, datant de 1941, ne serait-ce que pour l’immense Harry Baur et pour essayer d’apercevoir Bernard Blier bien qu’il ne soit pas crédité au montage.

Mais voilà, si je connaissais quelques histoires, la plume de l’auteur, elle, m’était encore inconnue. C’est chose désormais corrigée après lecture de « Le thé des vieilles dames ».

« Le thé des vieilles dames » est l’ultime épisode de la série « Prosper Lepicq », composée de 7 romans mettant en scène l’avocat-détective Prosper Lepicq.

Le thé des vieilles dames :

Jaufre, ce peu ragoûtant vieillard, cet escroc aux joues tremblotantes, est mort... Saigné comme un goret. Une lame de couteau enfoncée dans son cou gros et gras...
Les quatre cents habitants de Criquebec avaient tous une bonne raison de le détester. Mais de là à charger quelqu’un de lui régler son compte !
Me Lepicq – l’avocat-détective parisien qui se trouve par hasard de passage – est saisi d’un curieux sentiment. D’une espèce de méfiance instinctive, irraisonnée. Il lui semble qu’il se prépare quelque chose…

Prosper Lepicq est fatigué de toutes ses affaires, il décide de faire son baluchon, et de partir à pied sur les routes afin de voir du pays. Alors qu’il a établi un itinéraire bien précis, il dévie pour suivre des papillons et atterrit à Criquebec, un étrange petit village où les vieilles rivalisent de méthodes pour prédire l’avenir, ou certains se parlent par messages codés, ou tout le monde déteste le vieux Jaufre qui a vendu ses terres à la ville en viager pour qu’une maison de retraite y soit construite alors qu’aucun vieux ne veut y vivre, où les mêmes détestent un muet et un nain et où deux sœurs portent le deuil de leurs parents depuis des décennies.

Mais, quand le vieux Jaufre est retrouvé assassiné, un couteau planté dans la nuque, Lepicq décide de rester plus longtemps dans le bourg afin de découvrir le meurtrier.

Quelle étrange lecture que cette étrange lecture, serais-je tenté de dire.

Avec une histoire menée avec une certaine légèreté, Pierre Véry nous invite à espionner les mœurs des habitants et habitants d’un petit village. Depuis les enfants qui chantent sur la place la même ritournelle, sauf une, jusqu’aux petites vieilles qui rivalisent de pratiques pour prédire l’avenir. Qui les cartes, qui les chiffres, qui des lignes de la main, qui les astres... au point que cette quête de la connaissance de la destinée devient une obsession les empêchant de vivre à force de chercher à savoir si elles vont mourir.

Et, c’est peut-être bien ce qui m’a posé problème durant ma lecture, l’appesantissement sur chacune des pratiques de la part de l’auteur.

Certes, c’est le sujet même du roman et c’est même par cela que Prosper Lepicq va résoudre le mystère et découvrir le coupable, mais c’est un peu trop pour moi. Peut-être parce que ce sujet m’a toujours désintéressé (je me fous des horoscopes, des lignes de la main, de la chiromancie et toutes ces fadaises). Aussi, pourquoi m’être plongé dans un tel roman ? Probablement parce que j’ignorais, jusqu’à ce que je m’y noie, qu’il était à ce point présent.

Cependant, il faut reconnaître que la lecture ne fut pas totalement désagréable pour autant.

D’abord, parce que la plume légère, drôle, cynique, ironique, de l’auteur, permet de faire passer un peu la pilule. Ensuite, parce que le personnage de Prosper Lepicq est attachant. Enfin, parce qu’en dehors des nombreux passages concernant ces pratiques (même si c’est souvent pour s’en moquer gentiment), l’auteur propose une intéressante critique de ses prochains, des personnages hauts en couleur, et une plume plutôt agréable.

Au final, un roman policier qui vaut plus pour l’ambiance que pour l’intrigue et dont les personnages colorés compensent les quelques longueurs dues aux passages sur les pratiques de divinations.