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« Le Manoir aux Sanglots » est un court roman écrit par l’énigmatique H.-R. Woestyn, paru d’abord en 1922 dans la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi sous la forme d’un fascicule de 32 pages contenant un récit d’un peu plus de 13 000 mots avant d’être réédité au milieu des années 1930 dans une version quelque peu rallongée dans la collection « Police et Mystère », des mêmes éditions, sous la forme, cette fois-ci, d’un fascicule de 64 pages.

Je ne m’étendrais pas sur l’auteur dont on ne connaît rien si ce n’est quelques pseudonymes (Henri Sevin, Roger Nives, Jules France, Jacques Bellême...) et qu’il fut actif pendant quasiment toute la première moitié du XXe siècle.

Quant à sa production, outre les textes indépendants dans des genres et des tailles différentes, depuis le conte ou la très courte nouvelle policière, je retirerais deux séries qui ne furent pas, à l’époque, identifées comme telles, celle des enquêtes de l’Inspecteur Pinson, de très courtes nouvelles de 2 000 à 3 000 mots développées pour le magazine « Mon Bonheur » à partir de 1908 si je ne me trompe pas, pour les éditions Tallandier, et les quelques enquêtes des détectives Ned Burke et Romain Farel, disséminées, principalement, au sein de la collection « Le Roman Policier » dans les années 20 puis rééditées en version à peine allongée dans la collection « Police et Mystère » une quinzaine d’années plus tard avec, probablement, un ou deux titres supplémentaires.

LE MANOIR AUX SANGLOTS

En vacances à la campagne, au village des Menoux, le détective américain Ned BURKE entend parler du mystère qui entoure le château local habité par un étrange comte russe et dont, la nuit, s’échapperaient de lugubres cris glaçant le sang des autochtones qui n’osent plus s’approcher de la propriété.

Bien décidé à percer l’énigme du « Manoir aux Sanglots » comme le surnomment les paysans, Ned BURKE fait appel à son élève Romain FAREL afin de l’aider dans sa tâche…

Ned Burke, en vacances dans la campagne, prend connaissance d’un mystère se déroulant dans « Le Manoir aux Sanglots », une bâtisse délabrée habitée par un étrange comte russe et sur laquelle courent des rumeurs depuis que d’horribles cris se font entendre de la propriété la nuit.

Bien décidé à élucider ce mystère, Ned Burke demande à son élève Romain Farel de le rejoindre afin de l’aider dans sa tâche.

Très rapidement, les deux hommes sont convaincus qu’un meurtre a été commis par le comte et que les cris proviennent de sa nièce retenue prisonnière...

Si le précédent titre mettant en scène les deux enquêteurs faisait déjà figure d’exception dans le fait que les héros, du moins Ned Burke, apparaissaient plus rapidement que de coutume dans le récit (la plupart du temps, ils se contentaient d’arriver, la moitié de l’histoire déjà contée), ici, l’exception se confirme et se durcit puisque Ned Burke apparaît dès les premières lignes (du moins, dans la version de 1922).

Par conséquent, l’auteur nous prive des premières parties qu’il avait coutume de livrer dans les enquêtes de ses deux détectives, c’est-à-dire un début sous forme de roman de mœurs avant de basculer dans le roman policier d’aventures classique de l’époque.

Cette fois-ci, Woestyn entre directement dans le vif avec une scène dans laquelle Ned Burke attend l’arrivée de Romain Farel à la gare de Menoux après l’avoir convié à l’y rejoindre.

À partir de là, l’auteur développe une histoire assez classique de roman policier d’aventures à la sauce des années 20 en tentant d’y apporter une dose de mystère.

À ce point classique qu’il est amusant de faire le rapprochement entre ce récit et celui de son confrère Marcel Vigier qui, quelques mois auparavant, proposait une intrigue assez proche, du moins construite sur le même canevas, avec « La pierre qui bouge », également dans la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi, mettant également en scène deux détectives, Florac et La Glu, amenés à résoudre le mystère de bruits étranges provenant la nuit d’une propriété habitée par d’étranges personnages.

Dans les deux cas, la bâtisse servait à abriter un trafic de fausse-monnaie mis en place par des ressortissants russes.

Si la littérature populaire a souvent été propice aux plagiats, voire aux réécritures sous différents pseudonymes des mêmes textes afin de multiplier les contrats et les revenus, on ne peut parler ici vraiment de plagiat, mais plus d’une inspiration commune.

Une inspiration qui se veut doublement influencée par les diverses affaires de fausse-monnaie de l’époque, d’une part, et de la récente vague d’immigration russe suite à la révolution de 1917...

Chacun des deux auteurs développant, en parallèle, régulièrement des titres mettant en scène leurs deux personnages respectifs, rien de bien étrange qu’au final, chacun ait usé de cette double inspiration pour mener à bien une enquête et un récit avec leurs héros.

D’ailleurs, on retrouve dans « Le Manoir aux Sanglots » des thèmes et des inspirations que l’on retrouvera ou que l’on a déjà retrouvés dans de nombreux textes de l’époque dont, notamment, « Les Puits mystérieux », déjà évoqués par Maxime Audouin en 1902 dans « Le Puits qui pleure », mais également, par la suite, « Le puits qui parle » en 1919 « L’auberge du puits sans fond », en 1920 de Marcel Priollet, « Le puits sans fonds » de Paul de Garros en 1922, « Le puits de la mort lente » par Maurice Limat dans les années 50, « Le secret du puits » par Claude Ascain, au milieu des années 1930, « Le mystère du puits » par Rodolphe Bringer... et bien d’autres depuis.

Le thème des faux-monnayeurs est également présent ainsi que celui du « Château hanté »...

Malgré le classicisme de l’ensemble, ou grâce à lui, H.-R. Woestyn nous livre un court roman agréable à lire malgré une intrigue une nouvelle fois très faible (rappelons que l’intrigue n’a jamais été le point fort de ces fascicules dont la concision empêche tout développement de l’histoire ou des personnages) avec une enquête linéaire (qui résulte du même problème de concision) et des personnages à peine esquissés (toujours ce souci de faire court).

Pourtant, quand on est régulièrement plongé dans des romans policiers actuels, il est bon de revenir à une certaine linéarité de l’histoire qui, si, dans le cas des fascicules, est inhérente au format, est également un genre narratif qui a été malheureusement totalement banni par les auteurs récents qui privilégient des narrations alternées pour faussement rythmer leurs récits.

Au final, un titre qui n’entre plus vraiment dans le canevas dans lequel l’auteur avait plongé ses personnages jusqu’à présent, mais qui, de par son aspect classique et la plume sans fioriture, mais sans faille, de l’auteur, délivre un bon moment de lecture.